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La recherche scientifique, nouvelle priorité de l'Europe

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La recherche scientifique, nouvelle priorité de l'Europe

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Hans Von Der Brelie s’entretient avec le Slovène Janez Potocnik, nouveau commissaire européen à la recherche scientifique.

Il existe aujourd’hui un paradoxe européen selon lequel la qualité de la recherche ne se traduit pas en innovations concrètes. Janez Potocnik a bien-sûr lu le fameux rapport Kok qui conclue que la baisse de la compétitivité est d’abord due à un manque d’orientation politique. Ce même rapport appelle donc et d’abord à investir fortement pour une société de la connaissance, c’est à dire augmenter l’attractivité européenne… et faire de la recherche une vraie priorité politique. Un sacré challenge pour Janez Potocnik. Hans Von Der Brelie:Après avoir rencontré plusieurs scientifiques dans toute l’Europe, je me rends compte que votre poste est très dangereux, car il y a dans votre bureau un monstre caché qu’on appelle bureaucratie… Janez Potocnik:Oui, cela est vrai. Mais d’un autre point de vue il y a aussi un énorme défi à relever. Et beaucoup d’attentes de la part de la recherche elle-même. Il faut nous concentrer sur le message très clair que nous envoie le rapport KOK. Nous devons changer les priorités, nous devons placer la connaissance à l’une des premières places, et il faut le faire vite! C’est vraiment là dessus qu’il faut se concentrer. Et le monstre dont vous parlez existe bel et bien, c’est vrai qu’il se cache quelque part… Cela ne va pas être facile mais nous alons faire de notre mieux. Hans Von Der Brelie:Les chercheurs disent qu’il est trop difficile d’obtenir des fonds et qu’ils perdent trop de temps avec la paperasse Janez Potocnik:Oui, c’est un de leurs principaux soucis. En ce qui concerne notre action en ce moment, et un plan d’action existe déjà, ma proposition était de constituer un groupe qui réunirait petites et moyennes entreprises et petits et moyens groupes de recherche afin de donner un écho à ceux qui font des propositions de simplification. Et c’est d’abord dans cette phase de préparation que nous alons aire du mieux que nous pouvons. Hans Von Der Brelie:Les chefs d‘état et de gouvernement des états européens se sont réunis à Lisbonne et ont compris que pour rattraper le Japon ou les Etats-Unis, il fallait investir beaucoup plus dans la recherche et le développement. Mais au vu des très mauvais chiffres aujourd’hui, ce n’est toujours pas le cas: Pourquoi? Janez Potocnik:Et bien, simplement parce que nous ne nous concentrons pas sur les bonnes actions. Mais au sujet du sommet de Lisbonne, il faut bien comprendre cela: D’un côté nous avons la croissance, la compétitivité, l’emploi… De l’autre côté nous devons penser à l’aveniret au développement durable, ce qui signifie prendre en compte les aspects sociaux et environnementaux. Au sein de l’Union Européenne il est impossible de ne pas prendre en compte ces enjeux. Ils font partie de notre vie. Donc pour résoudre ces deux problématiques qui peuvent paraîre contradictoires, la seule chose qui les relie est la CONNAISSANCE. C’est pourquoi je crois qu’il faut plus investir dans cette connaissance, car c’est la seule facon – à long terme – de lutter contre les problèmes dont vous avez parlé. Hans Von Der Brelie:Certaines personnes, certains états disent: Nous ne voulons pas plus d’argent pour la recherche. D’autres disent: nous avons besoin d‘énormément d’argent pour la recherche. Comment régler ce conflit? Janez Potocnik:Il s’agit bien-sûr d’un débat à l‘échelle de l’Europe, et quand nous discuterons du budget européen, j’espère que la proposition de la commission à ce sujet aura le dernier mot. Cette proposition est la suivante: Doubler pratiquement les fonds pour le prochain éxercice financier, et ce dans la perspective de les redistribuer ensuite d’une manière qui favorisera la croissance et l’emploi. Et puisque nous parlons de l’argent de la recherche scientifique, il faut aussi prendre en considération le fait que selon nos estimations 2/3 de l’argent va venir du secteur privé. Ceci signifie que nous devons créer les conditions pour que la recherche se fasse en Europe, pour que les chercheurs qui se trouvent hors d’Europe reviennent, et pour que les entreprises qui sont chez nous et dont certaines veulent peut-être partir, restent. Il s’agit là de points essentiels. Hans Von Der Brelie:Parlons justement de cette terrible fuite des cerveaux. Beaucoup de chercheurs de haut niveau quittent l’Europe pour aller travailler aux Etats-Unis. Comment stopper cette hémorragie? Ou comment la transformer en une circulation des cerveaux? Janez Potocnik:C’est effectivement un problème. Mais je ne suis pas contre la mobilité. Je pense qu’il est très important que les gens voyagent et qu’ils échangent des connaissances. Mais il faut quand-même endiguer cette fuite des cerveaux. D’un côté il faut tenter de garder nos scientifiques en Europe, d’un autre côté, nous aimerions aussi attirer en Europe les scientifiques étrangers, qui se trouvent dans les pays en développement par exemple. Créer un genre de visa scientifique serait une chose extrêmement intéressante. Il faut donc rendre les choses plus faciles et plus attractives. Hans Von Der Brelie:Vous êtes le commissaire à la recherche. Vous devez établir des priorités! Et vous devez dégager des actions à court terme avant d’envisager une approche à long terme pour la recherche. Comment allez-vous faire? Janez Potocnik:Il faut d’abord renforcer cette collaboration dans la recherche qui existe déjà. Il faut aussi mettre l’accent sur les sciences fondamentales. Il existe en ce sens une proposition pour créer un conseil européen pour la recherche. Il faut aussi améliorer les infrastructures. Nous aimerions enfin améliorer les questions de mobilité, dont nous avons parlé, qui ont beaucoup de succès, aujourd’hui comme par le passé. Mais c’est là tout le débat. Hans Von Der Brelie:Les politiques de recherche sont un sujet chaud en ce moment. Concrètement et par exemple, au sujet des cellules-souches. Il s’agit d’un sujet bouillant aujourd’hui car la religion est impliquée. Alors êtes-vous pour ou contre ces recherches? Faut-il selon vous les autoriser dans toute l’Europe? Oui ou non? Janez Potocnik:Ce n’est pas simple… Il existe plusieurs types des recherche sur les cellules souches. Par exemple personne n’est contre la recherche sur les cellules-souches d’adultes. Mais sur la question de la culture de cellules-souches d’embryons, il y a derrière un vrai problème éthique. Et ce n’est pas un dossier facile. On doit régler cette question éthique mais il faut aussi comprendre quels résultats et quelles promesses on peut espérer de ce type de recherches.