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La réforme du marché de l'emploi en Europe : une priorité pour Rodrigo Rato

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La réforme du marché de l'emploi en Europe : une priorité pour Rodrigo Rato

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L’espagnol Rodrigo Rato dirige le Fonds Monétaire international. Cet ancien ministre des finances du gouvernement Aznar était cette semaine de passage à Bruxelles pour une visite de courtoisie aux Institutions européennes après sa participation au G20 de Pékin oú l’Europe avait été accusée de tendances protectionnistes. C’est dans ce contexte que le directeur général du FMI a bien voulu répondre à nos questions.

Euronews “Rodrigo Rato, bienvenu sur Euronews; l’inflation augmente dans la zone euro, et si l’on considère qu’elle augmente aussi aux Etats Unis, pensez-vous que la Banque centrale européenne devrait relever ses taux d’intérêts ? R. RatoNous pensons que la Fédérale Réserve doit poursuivre sa politique de hausse des taux comme la conséquence de la situation économique aux Etats Unis, alors que la politique monétaire actuelle de la BCE est appropriée. Au moins jusqu‘à la consolidation de la reprise, la politique actuelle de la BCE est adéquate. La hausse du taux d’inflation est une des premières conséquences de l’augmentation des prix pétroliers. Si on met de côté le coût du pétrole, la pression inflationniste n’est pas si importante dans la dans la zone euro. Maintenant cette politique doit s’adapter s’il existe une menace d’effets secondaires. EuronewsMême si le rythme de croissance 2005 ne dépasse pas 1,5%. R. RatoUn petit peu moins, autour de 1,2% selon notre prévision. Euronews Quoiqu’il en soit, que devrait faire l’Europe pour fabriquer plus de croissance ? R. RatoDans quelques pays européens il y a un problème de confiance de la part des consommateurs c’est clair. Les niveaux de consommation intérieure dans certains pays européens sont très bas, alors que les niveaux d‘épargne sont parallèlement très élevés. Ceci veut dire qu’il y a un manque de confiance et c’est lié à beaucoup de choses et évidemment à la capacité des pouvoirs politiques à envoyer un message clair sur leur politique future. L’explication on la trouve surtout dans le marché du travail. Généralement c’est un marché du travail qui n’inspire rien de bon aux gens. EuronewsMais c’est aussi vrai que des pays comme l’Allemagne par exemple, oú le gouvernement a entrepris des réformes, les résultats électoraux n’ont pas été très clair pour l’ancien gouvernement comme pour le nouveau qui préconisait des réformes encore plus radicales. R. RatoLes gens n’ont pas voté contre. Il aurait du y avoir un éparpillement des votes mais le vote de la majorité des allemands s’est dirigé vers les partis qui proposaient des réformes. Je ne pense pas que votre interprétation est la bonne je pense que les électeurs européens veulent des changements positifs. EuronewsA l’intérieur du marché unique européen des voix s‘élèvent pour soutenir le patriotisme économique et le besoin de défendre des secteurs industriels européens. Selon le FMI est-ce la bonne politique à suivre ? R. RatoJe n’aime pas faire les choses contre les intérêts des consommateurs. Regardez au vingtième siècle, le capitalisme américain était très nationaliste, il y avait un slogan qui disait : ce qui est bon pour General Motors est bon pour l’Amérique. Je ne partage pas cette opinion et je pense que les succès les plus importants de l‘économie américaine sont dûs à ce que cet état d’esprit a changé. Euronews Mais les gouvernements européens, les gouvernements nationaux portent la responsabilité de tels comportements. R. RatoOui, les gouvernements sont responsables; un gouvernement doit prendre ses responsabilités, sinon ce serait trop facile… Euronews Sont-ils coupables ? R. RatoLe mot “coupables” est trop fort, “responsables” est le mot juste. Je crois que les gouvernements doivent accomplir ce qu’ils promettent c’est à dire deschangements. Il s’agit de donner aux citoyens de meilleures opportunités. Ce serait bon que l’Europe ait marché flexible du travail oú quelqu’un qui perd son emploi peut en retrouver un autre. Il serait bon d’avoir un sytème européen de services qui permettrait que dans chaque pays les services soient les plus efficaces possibles, capables de créer plus d’emplois. Ce serait bien qu’en Europe on puisse donner aux gens la possibilité de travailler plus pour ceux qui le veulent…dans les limites fixées par la législation européenne, mais nous ne parlons pas de l’Europe industrielle du XIX ème siècle n’est-ce pas ? EuronewsEn Europe, des pays ont des problèmes avec la Commission à cause de leur déficit; parallèlement les Etats Unis ont un énorme problème à cause de ça. Est-ce que ces déficits sont préoccupants pour le FMI ? R. RatoL’Europe entière a aussi un problème de déficit public, celà dépend des pays mais l’Europe a un problème même pire que celui des Etats Unis qui est l‘âge de sa population. Mais tous les deux doivent faire preuve de prévoyance. Le problème de l’Europe n’est pas l‘épargne mais la croissance. Les Etats Unis ont un problème d‘épargne. Les deux ont un problème de vieillissement de la population mais les conséquences sont différentes. D’un autre côté, les Etats Unis enregistrent une dette publique qui n’atteint pas 30% du Produit Intérieur Brut. Mais les dimensions ne sont pas les mêmes. L’Amérique doit encore épargner plus et l’Europe doit créer plus de croissance. C’est notre analyse. EuronewsLe FMI est une institution créée dans les années quarante. Depuis, le monde a complètement changé. Pensez-vous que celà requière une profonde réforme et quel rôle le FMI doit jouer ? R. RatoJe reconnais qu’il y a eu des périodes oú nos recommandations n’ont pas été des meilleures et nous l’avons reconnu publiquement, mais la plupart du temps nos consignes n’ont pas été suivies quand nous demandions de réduire les dettes publiques, d‘élargir l’assiette fiscale, ou quand nous avons demandé plus de transparence et plus d’indépendance pour les banques centrales. Quans un pays est en cessation de paiement personne ne veut lui prêter de l’argent. Euronews Pourtant, à propos de la crise argentine, Domingo Cavallo a suivi les recommandations du FMI n’est-ce pas ? R. RatoEn ce qui concerne la crise argentine, le Fonds a fait ce que personne n’a fait c’est à dire expliquer comment nous prenons les décisions et pour qui nous les prenons. Nous avons fait un effort de transparence et de vérité. Je ne dis pas que quelqu’un d’autre aurait du le faire, mais il est difficile de croire qu’une catastrophe économique de ce genre a pu se produire à cause des recommandations d’un organisme international. ça me paraît difficile de le croire. C’est vrai que je n‘étais pas encore au FMI pendant la crise argentine. Mais je le répète, c’est difficile de le croire.