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Romano Prodi parle avec détermination de son engagment politique européen

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Romano Prodi parle avec détermination de son engagment politique européen

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“A trois mois des élections législatives italiennes le 9 avril prochain, Romano Prodi le chef de file de la coalition italienne d’opposition, dans l’entretien qu’il a accordé a Euronews parle avec détermination de son engagment politique européen, des thèmes qui agitent la campagne électorale en Italie et de la coalition de centre-gauche qu’il souhaite mener é la victoire le 9 avril prochain sous la bannière du Parti démocratique du centre-gauche.

Euronews :
Compte tenu de l’aile la plus radicale de votre coaliton : les communistes et les verts et de son aile la plus libérale formée des membres de l’ancienne démocratie chrétienne, quelle programme politique allez-vous présenter aux électeurs, entre ce qui est selon vous souhaitable et ce qui est possible ?

R. Prodi :
“On a créé un programme réformiste fort mais qui ne renferme pas d’excès ni d’intransigeances. Par contre c’est un programme réformiste courageux. J’ai déjà dit que l’Italie se traverse une crise profonde, il faut donc réformer le pays en profondeur. Et ce qu’on a fait c’est une très bonne synthèse entre ce que vous appelez l‘âme radicale et l‘âme libérale…Sur l’Irak on a été d’accord dès le début, mis à part quelques points marginaux
comme les modalités du retrait en accord avec le gouvernement irakien. Mais l’accord est clair : si nous gagnons les élections, nous allons immédiatement construire un calendrier de retrait. ça ne veut pas dire qu’on va s’enfuir, ce ne sera pas un retrait immédiat comme Zapatero. Cela signifie un retrait arrêté dans le temps avec des étapes pré-établies.

Euronews :
La loi éléctorale approuvée en fin de législature par la majorité de centre-droit a réintroduit le système proportionnel au dépens du système majoritaire : un système qui privilégie la fragmentation des coalitions politiques. Voter réponse a été d’accélérer le projet d’un grand Parti Démocratique pour le centre-gauche. Mais vos alliés sont moins enthousiastes. Quelle est la feuille de route pour la création de ce parti unique ?

R. Prodi :
“Avec le système majoritaire on a eu des gouvernements qui ont duré toute une législature. Moi, le gouvernement Berlusconi je ne l’ai pas aimé. Il a certainement été le pire gouvernement italien de l’après-guerre, mais il a duré. A la fin, pour nous empêcher de gouverner ils sont revenus au système proportionnel. Et bien moi j’ai réagi en poussant pour la création d’un grand parti démocratique. Je savais très bien que ça ne pouvait pas se faire tout de suite mais mais on a réussi à placer des boulons importants qui nous empêchent de revenir en arrière. Nous, nous prenons la décision solennelle de composer un seul groupe parlementaire après les élections. C’est une décision très forte.

Euronews :
Si Prodi gagne, qu’est-ce qu’il va garder de la législature Berlusconi ?

R. Prodi :
IL y a certaines lois qui sont désormais appelées par l’opinion publique “lois ad personam” : les lois faites pour défendre les intérêts personnels du premier ministre et de son entourage. Ces lois, il faut les effacer. Pour le reste, même à propos des réformes que nous n’avons pas appreciées – je pense à la réforme de l‘éducation ou à celle sur le travail précaire, on n’a pas l’intention de les supprimer. On va faire les modifications nécessaires pour les adapter à nos objectifs politiques. Mais on ne va pas faire “table rase”.

Euronews :
Entre 1996 et 2001, quand le centre-gauche était au gouvernement, il n’a pas voté de loi contre les conflits d’intérêts : c’est à dire une réglementation capable de séparer les intérêts privés des intérêts publics de personnes candidates à l’administration du pays. Si vous revenez au gouvernement, comment pensez-vous régler la question ?

R. Prodi :
Tout d’abord c’est vrai, nous n’avons pas fait de loi sur le conflit d’intérêts. Parce qu‘à l‘époque c‘était inimaginable que cette question représente une telle catastrophe pour le pays. Maintenant on sait que c’est une priorité. Et donc, on va adapter notre législation à celle de toutes les autres démocraties occidentales de façon à prévenir et contrôler les conflits d’intérêt de ceux qui occupent des responsabilités publiques. Les instruments de cette loi sont : la révision des régimes d’incompatibilité, la création d’une autorité de surveillance, et s’il existe des activités économiques, réputées justement incompatibles, que leur gestion soit confiée à des gestionnaires tiers, comme cela se fait dans le monde entier.

Euronews :
L’Italie de Prodi se rapproche-t-elle de l’Allemagne de la chancelière chrétienne-démocrate Merkel ou de l’Espagne socialiste de Zapatero ?

R. Prodi :
C’est clair que la politique italienne ce sera l’Europe avant tout et la reconstruction du noyau dur des pays fortement pro-europe. J’ai beaucoup apprecié les premiers pas de la chancelière Merkel.
Elle a une sensibilité européenne qui intègre la notion de sacrifice pour l’Europe. Moi je le pense aussi et l’Italie réaffirmera qu’il n’existe pas de politique étrangère, dans aucun pays d’Europe, qui puisse être efficace si elle n’est pas une politique étrangère commune européenne. Moi je suis convaincu que le rapprochement de l’Allemagne de Merkel avec les Etats Unis n’est pas du tout en contradiction avec une forte politique européenne. La paix, il faut la défendre à l’aide d’un rapport étroit entre Europe et Etats Unis. Bien évidemment dans un rapport de parité.
Moi j’ai été cinq ans Président de la Commission européenne. Mon plus grand problème a été de faire face à la force grandissante de ceux que j’appelle moi les minimalistes : ça veut dire ceux qui regardent l’Europe comme une zone de libre-échange et pas plus. Aucun leader fort ne s’est opposé efficacement à ça. Personne, dans les grands pays européens, n’a joué sa carrière politique pour l’Europe, alors, l’Europe s’est essouflée. Il faut revenir au principe de remise en jeu de sa propre carrière politique pour l’Europe. Moi je vais le faire, si je gagne les élections, dans les limites de ce que peut faire l’Italie. Je crois fortement que Mme Merkel va le faire aussi. En 2007 il y aura les législatives en France et la France sait très bien qu’elle ne peut pas retrouver un rôle et une identité si elle n’est pas capable d‘être leader européen… A partir de là on peut recommencer, on recommence à construire autour de ça une Europe qui travaille ensemble.