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George Papandréou: "Nous pouvons donner une vision politique à l'Union européenne"

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George Papandréou: "Nous pouvons donner une vision politique à l'Union européenne"

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La gauche, une idée neuve en Europe? Pour le savoir, EuroNews est allé à Athènes, à la rencontre de George Papandréou, ancien ministre des affaires étrangères et actuel leader du PASOK, le parti socialiste grec fondé par son père et aujourd’hui principale force de l’opposition.

George Papandréou a été élu lundi à la présidence de l’Internationale socialiste. Héritière de la 2ème Internationale ouvrière, qui eut son heure de gloire entre les 2 guerres mondiales, l’Internationale socialiste est peu à peu tombée dans l’oubli. Mais à l’heure de la mondialisation, l’organisation pourrait bien retrouver un second souffle. C’est sans doute là l’enjeu majeur du mandat qu’inaugure ces jours-ci George Papandreou à la tête de l’Internationale socialiste.

Christophe Midol-Monnet, EuroNews:
George Papandréou, bienvenue sur Euronews. Peu de gens en Europe savent que votre organisation existe encore, vous avez donc pas mal de travail à faire, par quoi allez vous commencer?

George Papandréou, président de l’Internationale socialiste:
Tout d’abord, il y a, à mon avis, une très grande opportunité qui s’offre à l’Internationale socialiste. Nous comptons 161 partis à travers le monde, ce qui fait de nous la plus grande organisation politique au monde.
Nous avons la possibilité de montrer notre solidarité dans de nouvelles régions du monde, où des mouvements progressistes se développent, comme en Russie, en Chine, dans le monde arabe, nous devons également travailler avec les mouvements progressistes aux Etats Unis.
Notre base est traditionnellement en Europe, mais il existe des partis très puissants en Amérique du sud et ailleurs dans le monde.

Nous avons l’opportunité de montrer notre travail dans le domaine de la justice, de la lutte contre l’inégalité et la pauvreté, dans le domaine de la démocratie et de la participation, dans le domaine de la paix, en soutenant des initiatives telles que celle prise par le premier ministre espagnol Zapatero, l’alliance des civilisations, plutôt que le choc des cultures.

EuroNews:
On entend souvent dire que la social-démocratie n’est pas au mieux de sa forme en Europe aujourd’hui. Quel état des lieux faites-vous de la gauche sur le Vieux Continent?

George Papandréou:
Premièrement, nous avons plusieurs gouvernements socialistes au pouvoir dans l’Union européenne. Deuxièmement, l’Europe s’est construite par les luttes des travailleurs européens et cela a donné le modèle social européen. Troisièmement, nous proposons une alternative trés claire. Le modèle Nordique, source d’inspiration pour beaucoup d’entre nous, permet d’une part d’utiliser l‘économie de marché dans l’intérêt des citoyens, et il permet d’autre part de créer un cadre sûr pour le changement et le développement. C’est un système qui garantit aux citoyens un certain bien être et qui leur fournit ce dont ils ont besoin.

Enfin, j’aimerai vous dire qu’il y a un parti socialiste très fort sous la direction de Poul Rasmussen. Il travaille à fond pour unir nos partis autour d’une vision commune pour l’Union européenne. Et je crois que nous pouvons donner une vision politique à l’Union européenne.

EuroNews:
Identifiez-vous de nouvelles tendances chez les conservateurs européens?

George Papandréou:
Je pense que les conservateurs aujourd’hui penchent de plus en plus dangereusement vers le populisme. Le monde est confronté à des problèmes mais il n’a pas besoin du populisme, d’une propagation de la peur. Leur discours est une discours fondé sur la peur. Notre discours est un discours de sécurité.

Ils utilisent la grosse artillerie gouvernementale, ils forment de grands gouvernements, mais les conservateurs gouvernent au profit d’une minorité.
Notre conception du gouvernement, c’est de fournir aux citoyens les moyens de faire face au nouveaux défis d’aujourd’hui.

EuroNews:
Pourquoi les dirigeants socialistes européens actuellement en poste, comme Tony Blair – pas seulement lui – mais aussi José Luis Zapatero, Göran Persson et bien d’autres, pourquoi semblent-ils éviter toute action commune au niveau de l’Union européenne?

George Papandréou:
De plus en plus, nous travaillons ensemble, tous les socialistes de l’Union européenne. Bien évidement il y a une question essentielle, celle des institutions démocratiques de notre Union européenne. Cela doit être réglé par une nouvelle constitution. Après un premier essai, nous devons poursuivre les débats sur l’avenir de l’Europe. Mon opinion, c’est que nous devons renforcer les institutions démocratiques, pour que les partis politiques puissent y jouer leur rôle.

Le parti socialiste en Europe est, je pense, le mieux organisé, le plus actif et le plus unifié de tous les groupes politiques. Il sera capable de créer et il joue dès aujourd’hui un rôle important pour créer un autre chemin possible pour l’Europe.

EuroNews:
Qu’est-ce qui, dans la Grèce antique, peut être aujourd’hui une source d’inspiration pour les gens qui cherchent de nouvelles façons de faire de la politique?

George Papandréou:
La Grèce antique est bien sûr pour moi, et je pense pour beaucoup d’autres, une source d’inspiration. L’idée de démocratie, et ce que cela signifie aujourd’hui, est une question que nous devons aborder. Et se retourner vers les débuts et vers les concepts originels de la démocratie sera quelque chose de bénéfique pour nous tous.

Par exemple le mot “idiot” en anglais vient du grec “idiotis”, ce qui veut dire en grec celui qui ne prend pas part aux affaires publiques, qui ne s’investit pas dans la vie sociale et politique. Ce que nous devons retenir de cela c’est que Platon, Socrate et Aristote parlaient toujours de rassemblement, de participation, de démocratie directe, de la responsabilité sociale que nous avons tous à l‘égard de notre monde. Voilà une source d’inspiration.

Et comment traduire ces concepts dans la démocratie d’aujourd’hui dans un monde globalisé? Que veut dire le mot démocratie dans un monde globalisé? Comment s’assurer que nos concitoyens partout dans le monde ne sont pas privés de leurs droits civiques, qu’ils peuvent s’exprimer?
Voilà, je pense, l’un des plus grand défis à venir au sein de notre village global. Et je pense qu’ici, l’Internationale socialiste peut jouer un rôle très important, en proposant de nouvelles idées pour une gouvernace démocratique partout dans le monde.