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Constitution européenne, relation avec les Etats-Unis, le président portugais nous livre ses points de vues

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Constitution européenne, relation avec les Etats-Unis, le président portugais nous livre ses points de vues

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Anibal Cavaco Silva a été élu président du Portugal en janvier, le conservateur a été plébiscité par le peuple dés le premier tour du scrutin. Le pouvoir n’est pas pour lui une surprise. Cet économiste, européen convaincu, a déjà gouverné le pays en tant que premier ministre de 1985 à 1995. Lors d’un entretien accordé a EuroNews au moment de prêter serment, le nouveau président portugais demande un autre texte de Constitution pour l’Europe et défend la liberté de circulation pour les travailleurs et les services.

EuroNews:
Monsieur le president, bienvenue sur EuroNews. Vous avez été élu au moment ou les questions sociales sont inscrites à l’agenda européen. Le débat porte notament sur l’ouverture anticipée du marché du travail aux citoyens des nouveaux états membres (de l’Europe) de l’est, et sur la libéralisation des services. Quel est votre position sur ces questions?

Anibal Cavaco Silva:
Le principe général dans toute l’Europe c’est le principe des quatre libertés: liberté de circulation des marchandises, des services, des capitaux et des gens. Voilà la base du marché intérieur, le grand pilier de la construction européenne. La limitation de la liberté de circulation pour les travailleurs venus de l’est ne peut être acceptée qu’en tant que mesure temporaire. Il a toujours été plus difficile de mettre en place la libre circulation des services, mais je crois que l’on est sur la bonne voie suite à la décision prise par le Parlement européen, et j’attends que cette avancée très importante puisse contribuer à la revitalisation de l‘économie européenne.

EuroNews:
Ce sujet nous amène à une autre question : l’immigration et le multiculturalisme. Qu’en est-il des libertés culturelles et religieuses des immigrés qui arrivent en Europe, doivent-ils s’intégrer et respecter absolument les règles édictées dans leurs pays d’accueil?

Anibal Cavaco Silva:
Le principe des démocraties occidentales est celui du respect de toutes les formes culturelles et religieuses des citoyens venus d’autres pays, dans le respect, bien sûr, des lois en vigueur dans les pays d’accueil. Et je crois que c’est de cette manière que les choses doivent continuer à se passer.

EuroNews:
Parlons maintenant des relations entre l’Europe et les Etats-Unis. En abordant ce sujet on pense toujours au sommet des Açores. Est-ce de cette façon que doit continuer la coopération des deux côtés de l’Atlantique?

Anibal Cavaco Silva:
Je ne le pense pas. Ce sommet n’a pas été un bon moment de dialogue entre les pays de part et d’autre de l’atlantique. L’Europe et les Etats-Unis partagent des valeurs de société communes et doivent maintenir un dialogue fluide, sérieux et engagé dans la sécurité, la paix, le combat contre la misère et la mise en place d’un développement durable. J’espère que le temps de la guerre en Irak est terminé, j’espère que le dialogue entre l’Europe et les Etats-Unis sera à l’avenir plus facile et plus fertile.

EuroNews:
L’Europe a entamé un profond débat sur son avenir. Plusieurs possibilités sont évoquées: enterrer la Constitution européenne, la ressusciter, ou bien encore s’orienter vers une Europe à deux vitesses. Pour vous, quelle serait la meilleure option?

Anibal Cavaco Silva:
Je ne crois pas que le texte actuel du traîté constitutionel, le texte tel qu’il est, puisse être ressuscité. Mais je ne crois pas non plus à une Europe à deux vitesses où certains pays seraient exclus de certaines décisions politiques. Malgré tout, je crois que le texte actuel est un bon point de départ, il faut maintenant que les leaders européens arrivent à mobiliser les opinions publiques et à montrer à quel point l’intégration européenne est importante pour trouver des réponses à leurs préoccupations.

EuroNews:
Mais croyez-vous que le problème réside véritablement dans le contenu du traité ? Ou s’agit-il plutôt d’un manque de confiance des citoyens dans les institutions européennes. A quoi doit-on ce manque de confiance et que faut-il absolument faire pour retrouver cette confiance?

Anibal Cavaco Silva:
La Constitution européenne ne peux pas être construite dans le dos des opinons publiques européennes. Je crois que ce manque de confiance est lié à plusieurs questions: d’abord une stagnation économique européenne trop prolongée; ensuite la difficulté qu’a l’Europe a relever le défi de la globalisation, et aussi peut-être le manque de débat sur les vraies conséquences de l‘élargissement. A présent il faut, encore une fois, essayer de convaincre les citoyens que l’approfondissement de la construction européenne est la réponse aux problèmes d’emploi, de protection sociale, de sécurité, une réponse aussi aux problèmes de globalisation. L’Europe a du mal à relever le défi de la globalisation, avec notament l‘émergence des pays asiatiques comme la Chine, l’Inde bientôt, et d’autres pays de la région.

EuroNews:
Le Portugal commémore cette année le vingtième anniversaire de son intégration européenne. Quel est le rôle et le grand défi pour votre pays dans cette Europe élargie?

Anibal Cavaco Silva:
Le grand défi du Portugal, c’est de retrouver un niveau de dévélopement économique proche de la moyenne constatée dans l’Union européenne.
Le rôle du Portugal est également d’apporter sa contribution à la construction européenne de façon à résoudre les problèmes et les préoccupations des citoyens. Enfin le Portugal peut aider l’Union européenne grâce à ses capacités de médiation avec l’Afrique, le Brésil, l’Amérique latine et les Etats-Unis, voilà les “plus” du Portugal.