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Interview de Mahmoud Abbas

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Interview de Mahmoud Abbas

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A Strasbourg oú il a brandi devant les députés du parlement européen la menace d’une catastrophe humanitaire dans les territoires palestiniens si la suspension des aides est maintenue, le président de l’autorité palestinienne Mahmoud Abbas a répondu aux questions d’Euronews mercredi dernier alors que ces derniers jours son pouvoir
présidentiel semble ouvertement défié par le Hamas.

Euronews : Monsieur le Président, comment voyez-vous la situation dans les territoires palestiniens ? Est-il réaliste de parler d’un retour à la table des négociations au moment oú la crise humanitaire bat son plein ?

Mahmoud Abbas : La situation économique est sans doute très difficile voir catastrophique. Les aides au peuple palestinien sont coupées depuis 2 mois. L’important maintenant, c’est de trouver un moyen d’acheminer les aides le plus vite possible.
Concernant le processus de paix, nous appelons le gouvernement israélien et le quartet à oeuvrer pour un retour à la table des négociations entre nous et les israéliens sur la base de la feuille de route. Et je pense qu’une rencontre est possible avec le premier ministre israélien à son retour de Washington afin que nous puissions débattre sérieusement de cette question.

Euronews : Quels sont les résultats de votre visite à Strasbourg et que pouvez-vous dire de la position de l’Union européenne depuis que le Hamas est au pouvoir ?

Mahmoud Abbas : La position de l’Union européenne vis-à-vis du Hamas est claire : elle ne peut traiter avec ce mouvement tant qu’il n’a pas répondu aux trois conditions posées par Bruxelles : (NDLR : il s’agit de la reconnaissance d’Israël, de celle des accords passés, et du rejet de la violence). Ceci dit, j’aimerais souligner un point important : l’Union Européenne est chargée par le Quartet de trouver un mécanisme pour l’acheminement des aides au peuple palestinien. Nous espérons que cela se fera dans les plus brefs délais pour répondre aux besoins de la population. De plus, les parlementaires européens en général, ainsi que les présidents de groupes ont été très réceptifs quant à la nécessité de continuer à aider le peuple palestinien parce qu’ils sont conscients qu’il y a eu des élections démocratiques et peu importe l’issue de ces élections. C’est pour ça que les aides doivent continuer.

Euronews : Vous avez rencontré il y a deux jours le président Vladimir Poutine à Sotchi. Est-ce que cette visite a contribué à rechercher des solutions aux questions que soulève le problème de l’aide aux territoires et au peuple palestinien ?

Mahmoud Abbas : Je pense que ma visite était importante et réussie. Ma rencontre avec le président Poutine était excellente vu les liens étroits qui nous lient. Nous avons évoqué les moyens de sortir de la crise car la Russie a un rôle positif à jouer à ce propos. Nous avons également parlé des aides directes. Vous savez que la Russie nous a fait don de 10 millions de dollars affectés à des projets qui ont reçu l’aval de Moscou. Il y a aussi d’autres aides en nature qui concernent l’entraînement et les équipements nécessaires à nos forces de sécurité en particulier et des aides pour le peuple d’une manière générale.

Euronews : Certains analystes parlent d’une autorité palestinienne à deux têtes : la présidence et le gouvernement oú les prérogatives s’entremêlent. L’histoire serait-elle en train de se répéter, comme lorsque vous étiez premier ministre du temps du président Arafat ?

Mahmoud Abbas : Lorsque j‘étais Premier ministre du Président Arafat, il n’y avait pas une Autorité palestinienne à deux têtes.
La loi fondamentale stipule clairement que le gouvernement assiste le Président dans l’accomplissement de ses tâches.
Le Président est le chef de l’Etat, par conséquent de droit, il n’y a pas deux têtes. Il y a un Président assisté par un gouvernement et un chef du gouvernement. Le Président est le chef de l’exécutif de droit comme de fait. Il y a un Président assisté je le répète, par un chef de gouvernement. C’est ce qui existait par le passé, et c’est ce qu’il faudrait qu’il y ait à l’heure actuelle. Je le répète : l’Autorité palestinienne n’a qu’une seule tête selon la loi et nous veillerons à ce qu’il en soit ainsi.

Euronews : Qu’allez-vous faire si le gouvernement du Hamas, en raison du blocus, n’arrive pas à subvenir aux besoins de la population, qu’il admette son échec et se retire ou pas ?

Mahmoud Abbas : Je l’ai déjà dit et je le répète. Nous, tout comme la communauté internationale, devons donner plus de temps au Hamas et à son gouvernement. Ce mouvement est arrivé subitement au pouvoir après avoir été dans l’opposition la plus radicale, c’est pour cela qu’il a besoin de temps pour qu’il change de politique. D’autre part, nous sommes à une semaine d’une conférence-dialogue nationale qui débattra justement de ces questions. Nous avons également des projets de solutions élaborés par els prisonniers incarcérés en Israël et particulièrement ceux du Fatah, du Hamas et du Djihad. Il y a aussi une plateforme présentée par les hommes d’affaires e la société civile palestinienne pour sortir de la crise. Nous affrontons une crise qui demande des solutions mais je ne veux pas brûler les étapes et spéculer sur ce qui va se passer. La responsabilité de sortir de cette crise incombe à tout un chacun.

Euronews : Au vu de la dégradation de la situation sécuritaire dans les territoires, certains médias ont évoqué la possibilité de proclamer l’Etat d’Urgence d’autant plus que la loi vous donne ce droit.

Mahmoud Abbas : Il est vrai que la loi fondamentale nous donne le droit de proclamer l‘état d’urgence, mais nous n’avons nullement l’intention de le faire à l’heure actuelle. Nous avons mis tous les services de sécurité à la disposition du ministre de l’intérieur pour lui permettre de réatblir l’ordre, c’est dans le cadre de ses prérogatives. J’ai eu à ce propos un entretien avec le premier ministre hier et j’ai insisté sur la nécessité de coordonner les efforts de tous les services de sécurité y compris ceux qui dépendent de la Présidence avec le ministre de l’intérieur afin de l’aider dans le rétablissement de l’ordre le plus vite possible.

M. Le Président je vous remercie infiniment.

Merci à vous.