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Le président péruvien Alejandro Toledo : " il faut redéfinir l'architecture sociale de notre continent"

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Le président péruvien Alejandro Toledo : " il faut redéfinir l'architecture sociale de notre continent"

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Elu triomphalement au Pérou en 2001 après avoir contribué à la chute du régime autoritaire d’Alberto Fujimori, Alejandro Toledo ne se représente pas à l‘élection présidentielle, la constitution péruvienne ne l’autorisant pas à briguer un second mandat consécutif. Il laisse une bilan mitigé : malgré une économie au mieux de sa forme depuis cinq ans, sa politique néo-libérale a déçu les Péruviens. Premier président d’origine indienne avoir été élu en cinq cents ans en Amérique Latine, Alejandro Toledo soutient discrètement l’ancien président social-démocrate Alan Garcia, en course contre le nationaliste de gauche Ollanta Humala. Il répond aux questions d’EuroNews.

EuroNews :
Pensez-vous qu‘à la suite de votre politique de réformes tournées vers l‘économie de marché, le Pérou peut maintenant suivre la voie de la Bolivie et du Vénézuela?

Alejandro Toledo :
Si nous ne sommes pas capables de réduire le nombre de personnes vivant dans la pauvreté, la pauvreté peut menacer la démocratie. Plus encore, si nous ne sommes pas capables de mettre un véritable frein à la pauvreté, nous allons à court terme créer un terrain favorable à la montée du populisme… Et ce populisme, c’est comme une fête qui se transforme en enterrement. Et le prix, c’est les plus pauvres qui le paieront. Par conséquent, nous avons besoin d’une croissance économique soutenue, comme moyen d’agir, et non comme objectif en soi. Et nous devons utiliser les bénéfices tirés de cette croissance pour redéfinir l’architecture sociale de notre continent, pour réduire la pauvreté.

EuroNews :
Vous avez dit que c’est toujours le peuple qui paie, pensez-vous que c’est au tour des investisseurs étrangers de payer maintenant?

Alejandro Toledo :
Vous ne pouvez pas réduire la pauvreté en donnant seulement le produit de la pêche, vous devez aussi offrir à la population le droit d’apprendre à pêcher le poisson… Nous avons besoin d’une croissance économique qui nous permette de redéfinir l’architecture sociale de nos pays, mais pour arriver à cette croissance, nous avons besoin d’investissements privés, nationaux, et étrangers. Mais pour favoriser ces investissements, il faut des règles claires : stabilité économique, stabilité politique, stabilité juridique. Je ne connais rien de plus peureux que l’argent, il va là ou il y a un climat favorable à l’investissement. Et nous sommes dans la compétition mondiale des investissements de capitaux. Sans investissement, il n’y a pas de croissance, sans croissance, il n’y a pas d’emploi, et sans emploi, il n’y a pas de revenu, ni pour les gens, ni pour les caisses de l’Etat.

EuroNews :
Pourquoi alors, en dépit des efforts faits effectivement par votre gouvernement, les Péruviens ne sont-ils pas satisfaits?

Alejandro Toledo :
Oui, j’ai atteint un niveau de popularité très bas, 11, 10 pourcent… C’est parce que j’ai décidé de m’atteler à l‘économie de façon responsable, pour semer quelque chose. Parce que quand vous semez, vous devez payer le prix du grain, de l’engrais, de l’eau. Il faut des efforts avant de récolter, c’est difficile, j’ai payé le prix, mais maintenant, selon les journaux d’hier, j’obtiens 54 pourcent de satisfaction, quatre fois plus qu’il y a un mois. Je ne le dis pas avec triomphalisme, je le dis avec humilité. La région ne peut pas se permettre la frivolité au pouvoir, ce serait du luxe. Il faut faire des sacrifices, regarder loin. Le monde ne se regarde pas par le petit bout de la lorgnette. Et si le pétrole est votre point fort, tant mieux pour vous, mais si vous n’en avez pas, vous devez vendre ce que vous avez. C’est le cas du Pérou : lui doit vendre des produits agricoles ou du tourisme pour générer des profits, et de l’emploi.

EuroNews :
Le processus de négociations entre l’Union Européenne et le Pacte Andin en vue d’un accord politique et commercial est sur le point de commencer. Ne pensez-vous pas qu’en premier lieu, le Pacte Andin doit résoudre les problèmes politiques importants?

Alejandro Toledo :
L’empire inca, Bolivar, San Martin, tous ont été des facteurs d’intégration, et ils sont tous plus important que les présidents d’aujourd’hui. Je serai oublié, Evo Morales sera oublié, Hugo Chavez sera oublié. Le concept d’intégration lui restera. Par conséquent, nous sommes venus à Vienne. J’ai été le premier président d’origine indienne élu en Amérique Latine en 500 ans. c’est une grosse responsabilité, je pense que nous sommes en train de réduire les distances, nous avons des économies complémentaires, nous cherchons des marchés… Nous voulons de la place sur les tables d’Espagne et d’Europe pour nos asperges, nos mangues, nos pamplemousses, nos avocats, nos citrons, notre paprika, etc. Et oui, nous sommes prêts à importer des produits manufacturés d’Europe.