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L'oléoduc BTC, un enjeu stratégique pour Ankara et ses relations avec l'Europe et l'Asie

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L'oléoduc BTC, un enjeu stratégique pour Ankara et ses relations avec l'Europe et l'Asie

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Les nouveaux enjeux énergétiques mondiaux jouent en faveur d’Ankara. C’est la conviction d’Abdullah Gul, le chef de la diplomatie turque. Il s’est confié au micro d’EuroNews mi-juillet, en marge de l’inauguration d’un oléoduc stratégique pour l’approvisionnement du marché européen. Entre le géant russe et l’instabilité au Proche-Orient, le BTC, autrement dit le Bakou-Tbilissi-Ceyhan ouvre ce que les Turcs appellent une “route de la soie du XXIème siècle”.

Christophe Midol-Monnet, EuroNews :Avec cet oléoduc la Turquie développe de nouveaux liens avec le Caucase et l’Asie Centrale. Quelles conséquences cela entraîne-t-il sur la politique étrangère turque ?

Abdullah Gul, ministre turc des Affaires étrangères : “Vous avez raison. C’est vraiment un projet stratégique. Désormais, nous allons faire transiter un million de barils de pétrole chaque jour. C’est un projet énorme et très important. Il ne s’agit pas seulement du pétrole du Caucase mais aussi de celui de l’Asie centrale qui va également transiter dans cet oléoduc. C’est déjà une réalité. Le pétrole du Kazakhstan transite donc dans cet oléoduc et est commercialisé ici”.

EuroNews : Est-ce une ouverture vers l’Est de la politique étrangère turque ?

Abdullah Gul : “Jusqu‘à présent, nous ne relions pas les continents excepté à Istanbul avec un pont. Et désormais nous relions l’Est et l’Ouest et plus précisément l’Asie centrale à l’Ouest. C’est pour cela qu’il s’agit d’un projet stratégique”.

EuroNews : Qu’en est-il de la Russie, un très gros producteur de pétrole. Est-ce un concurrent ou un allié pour la Turquie ?

Abdullah Gul : “La Russie est notre allié. Comme vous le savez, le pétrole russe va également transiter dans cet oléoduc. Nous avons également inauguré le gazoduc Blue Stream et il fonctionne très bien depuis la Russie et la Mer Noire vers la Turquie. Notre pays est un vrai carrefour pour l‘énergie. De l’Est vers l’Ouest, du Nord vers le Sud et du Sud vers le Nord. Le gaz égyptien est en train d‘être relié au réseau turc”.

EuroNews : Le nouveau rôle énergétique de la Turquie peut-il avoir une influence dans les négociations qu’elle mène avec l’Union européenne ?

Abdullah Gul : “Et bien tout d’abord, l‘énergie est cruciale pour la Turquie et la Turquie a également un rôle très important à jouer. L’Union européenne veut sécuriser son approvisionnement énergétique et la demande européenne le sera grâce aux routes de l‘énergie en Turquie qui deviennent plus sures. C’est donc très important.”

EuroNews : Vos négociations d’adhésion semblent commencer difficilement. Les critiques de Bruxelles sur Chypre et la liberté d’expression ne cessent d’augmenter. Comment y répondez-vous ?

Abdullah Gul : “Chypre est un problème particulier. Mais nous avons entamé les négociations d’adhésion et nous avons passé avec succès le processus préliminaire à ces négociations. Il ne reste que 3 ou 4 chapitres à étudier. Nous sommes conscients de nos responsabilités, nous allons les remplir. La Turquie poursuit ses réformes notamment économiques et démocratiques”.

EuroNews : Que pensez-vous des récentes critiques sur le code pénal et la liberté d’expression ?

Abdullah Gul : “L’expression est libre en Turquie. Et personne n’a été emprisonné pour cela. Nous avons modifié la constitution, nous avons changé des lois et vous pouvez vous exprimer librement”.

EuroNews : Selon vous, du G8 ou de l’Union européenne, où la Turquie adhèrera t-elle en premier ?

Abdullah Gul : “ll s’agit d’organisations différentes. Nous avons déjà entamé les négociations d’adhésion à l’Union européenne. Nous nous concentrons sur ce point et je suis sur que nous allons surmonter les difficultés. Nous sommes vraiment très attentifs à nos responsabilités et à ce que nous faisons. Nous allons donc continuer dans cette voie”.