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"Le Pays Basque, un jour comme le Monténégro : Arnaldo Otegi, dirigeant de Batasuna

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"Le Pays Basque, un jour comme le Monténégro : Arnaldo Otegi, dirigeant de Batasuna

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Arnaldo Otegi est le dirigeant du parti indépendantiste basque Batasuna, illégal. Arnaldo Otegi a répondu aux questions d’EuroNews. L’entretien s’est déroulé en langue basque. L’interview a eu lieu mercredi 19 juillet à San Sebastian, au pays basque espagnol. Il y a quatre mois l’ETA instaurait un cessez-le-feu permanent de l’ETA. Fin juin, le gouvernement espagnol annonçait l’ouverture prochaine de négociations pour en finir avec le terrorisme.

EuroNews : “Comment expliquez-vous que des gens tuent et meurent pour le Pays Basque, où pourtant l’autonomie est très large ?”

Arnaldo Otegi : “Le peuple basque est l5;un des peuples les plus anciens d5;Europe. Les Basques aiment par-dessus tout la liberté et la liberté de décider. Tant que ce droit leur sera refusé et renié, des gens seront toujours prêts à se battre.”

EuroNews : “Vous avez reconnu avoir eu plusieurs réunions avec les socialistes avant la trêve il y a quatre mois ; quels ont été les résultats de ces réunions ?”

Arnaldo Otegi : “Ces réunions ont permis la construction d5;un climat de confiance entre les deux partis qui ont pu exprimer leur volonté de construire les choses différemment et proposer des solutions démocratiques aux problèmes. Le dialogue est toujours bénéfique. La gauche indépendantiste basque s5;y est toujours montrée favorable. Penser qu5;il peut y avoir une possibilité de résoudre le conflit par le dialogue, c’est le fruit
de cet important travail en profondeur et mené dans la durée.”

EuroNews : “Avez-vous défini une feuille de route ?”

Arnaldo Otegi : “Non, nous n5;avons pas défini ensemble de feuille de route, mais ces réunions sont une preuve de volonté de la part des deux partis de résoudre le conflit par le dialogue. De plus, nous pensons que cette feuille de route ne doit pas être notre chasse gardée. La feuille de route doit être définie par tous les acteurs sociaux, syndicaux et politiques ainsi que par le peuple du Pays Basque.”

EuroNews : “Le gouvernement espagnol a déclaré ne vouloir parler qu’avec les partis légaux. Votre parti a été déclaré illégal pour avoir refusé de condamner la violence. Qu5;êtes-vous prêts à accepter pour revenir à la légalité ?”

Arnaldo Otegi : “Avant tout, il faut souligner qu5;il est très rare en Europe qu5;un parti soit illégal. L5;excuse invoquée pour nous rendre illégaux repose sur notre refus de condamner la lutte armée de l5;E.T.A. Sinn Féin faisait de même en Irlande, ainsi que Nelson Mandela lorsqu5;il était en prison.
En fait, il ne s’agit pas de condamner telle ou telle situation. La question,c’est qu5;un parti politique doit, avant toute chose, résoudre les conflits de manière efficace. Et nous, nous sommes prêts pour cela. D5;après moi, c’est paradoxal : le Parti Populaire ne condamne pas le franquisme, et le Parti Populaire n’est pas illégal pour autant. Le Parti Populaire nous demande d’entrer dans une dynamique de condamnation alors que lui-même
ne condamne pas un régime ayant conclu des pactes avec Hitler. Nous devons être dans la légalité, parce que telle est la volonté de nos citoyens et de notre peuple.”

EuroNews : “Territorialité, droit de décider pour peuple basque, prisonniers de l5;E.T.A…. Quels sont, pour vous, les points non négociables ?”

Arnaldo Otegi : “Nous avons une ligne rouge, délimitée par la démocratie, la liberté et la justice. Nous pensons qu5;il faut admettre, sans dramatiser, qu5;il existe un pays qui s5;appelle le Pays Basque. De même, il faut reconnaître que ce pays est une nation, au sens large du terme. Nous revendiquons une position de gauche, et donc, nous affirmons que nous sommes une nation. Il faut également admettre ce qui, pour nous, est un simple principe démocratique : le respect des décisions du peuple basque. En d5;autres termes, il faut qu5;il arrive ici la même chose qu’au Monténégro, qu’en Lituanie, qu’en Lettonie, qu’en Estonie, qu’en Europe, et bientôt à Gibraltar : que que la volonté du peuple basque soit respectée.”

EuroNews : “Pensez-vous que le gouvernement espagnol acceptera une consultation sur l5;autodétermination ?”

Arnaldo Otegi : “Nous espérons que oui. En effet, notre espoir ne repose pas seulement sur la volonté du gouvernement espagnol. En revanche, il est clair pour nous que telle est la volonté de la majorité du peuple basque. De plus, nous pensons qu’il ne s’agit que de la revendication d5;un principe démocratique qui a une base solide. Le gouvernement espagnol, comme le français, s5;ils sont réellement démocratiques et républicains, et, dans le cas des Espagnols, de gauche, ces gouvernements devront accepter la règle démocratique suivante : écouter le peuple basque et respecter ce qu’il revendique. C5;est le cas au Monténégro, en Lituanie, pourquoi pas au Pays Basque ? En tant qu5;Européens, et certainement en tant que peuple parmi les plus anciens d5;Europe, nous exigeons l5;égalité des droits avec les autres Européens.”

EuroNews : “Vous considérez qu5;une partie du Pays Basque se trouve en France. Vous demandez donc à l5;Etat français de participer au processus. Or, selon Paris, ‘la question de l5;E.T.A. concerne seulement l5;Espagne’. Votre demande est-elle réaliste ?”

Arnaldo Otegi : “Plus que réaliste, la participation française est absolument indispensable. La France affirme que la question basque est un problème qui concerne l5;Espagne mais je pense que les Français eux-mêmes n5;y croient pas : c5;est un mensonge flagrant, puisqu5;il y a des Basques dans l5;Etat français. Qui plus est, en ce moment, ils revendiquent une institution propre au Pays Basque et un statut politique qui leur donnerait une reconnaissance institutionnelle. Je suis convaincu que si les choses se développent au Pays Basque du Sud et dans l5;Etat espagnol, la
France sera obligée de changer sa position.
Les Basques ont un problème avec ces deux Etats.
La question basque est un problème européen, et l5;Europe doit elle aussi trouver une solution.”

EuroNews : “L5;E.T.A. doit-elle demander pardon pour la souffrance causée ?”

Arnaldo Otegi : “D5;après moi, lorsque de telles conditions sont posées au début d5;un processus, on cherche à humilier la partie adverse, ou bien à lui mettre des bâtons dans les roues. Un tel geste sera sûrement bienvenu lorsque le processus sera plus avancé. Mais au début, cela crée plutôt des obstacles. Si le processus se développe, et si, finalement, comme en Irlande, il y a un accord final, alors ces déclarations seront sûrement nécessaires des deux côtés. De plus, je suis convaincu que cela ne sera pas un obstacle, une fois que le processus et le conflit seront surmontés.”