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La Russie partage les "valeurs européennes", selon la présidente finlandaise

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La Russie partage les "valeurs européennes", selon la présidente finlandaise

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Tarja Halonen est la présidente de la Finlande. C’est la première femme dans l’histoire à avoir accédé à ce poste suprême. Elle vient d’entamer son deuxième mandat de 6 ans. Son pays, la Finlande, assure la présidence de l’Union européenne, jusqu‘à fin décembre. Tarja Halonen a accepté de répondre aux questions d’EuroNews dans sa résidence d‘été de Kultaranta, au bord de la mer Baltique, à quelque 200 km à l’ouest d’Helsinki.

EuroNews : Un des thèmes développés durant la présidence finlandaise est la “dimension nordique”. Qu’est-ce que cela veut dire dans le contexte européenne ?

Tarja Halonen : Il s´agit de rassembler les pays autour de la mer Baltique, de la même façon que depuis dix ans autour de la mer Méditerranée, on a compris qu´elle était partie intégrante de l’Union européenne. Comme dans le sud, certains pays sont membres, d´autres cherchent à adhérer et d´autres ne seront peut-être jamais intéressés par une adhésion à l´Union. Dans le nord de l´Europe, nous avons aussi des pays membres et puis, bien sûr, le pays voisin de la Finlande, la Russie, qui est un partenaire avec beaucoup de potentialités. Sans oublier encore plus au nord, des pays comme la Norvège et l´Islande qui sont riches et très développés, mais qui ne cherchent pas à adhérer pour le moment.

EuroNews : L´Etat-providence, style nordique, qui marie la sécurité dans la structure sociale avec une forte compétitivité, intéresse de plus en plus les politiciens européens. Est-ce que ce modèle est applicable ailleurs en Europe ?

Tarja Halonen : En Europe, nous sommes obligés de jouer le jeu de la concurrence. En Finlande, en Suède et dans toute l´Union, nous devons mettre la qualité devant la quantité. Et pour trouver cette qualité, nous devons chercher les facteurs de qualité, dont l´élément le plus important est l´homme lui-même. Je crois que l´Europe se positionne bien dans la concurrence internationale dès lors qu’elle mise sur l‘éducation, l‘éducation et l‘éducation ! Je le répète pour que l’on s’en souvienne. Et bien sûr, la recherche et les autres domaines de la société de la connaissance.
Dans ce contexte, la stratégie de Lisbonne, qui date de quelque temps déjà, est un excellent programme, mais encore faut-il l’appliquer. Et je pense que le mécontentement des populations envers l´Union européenne est due partiellement au fait qu’on ne répond pas à leur souhait. Et leur souhait, bien légitime, c’est que l’Union sache combiner ces facteurs de concurrence dans un grand marché intérieur.

EuroNews : Dans la marche vers l‘égalité, que faudrait-il faire pour que l‘élection d’une femme ne soit plus exceptionnelle ?

Tarja Halonen : Bien sûr, il faudrait que l‘élection d´une femme se fasse aussi souvent que celle d’un homme, contrairement à la vieille idée qu’il faut à la femme trois fois plus de considération qu‘à un homme pour pouvoir être élue. La moitié de la population mondiale est constituée de femmes. Si on n’utilise pas cette moitié aussi efficacement que l’autre, alors, on perd des possibilités.
Les quotas constituent une étape de soutien et d’incitation. Les femmes en Finlande ont obtenu tous leurs droits il y a tout juste 100 ans. En ce moment, près de 40% des parlementaires sont des femmes. Mais dans le gouvernement, les femmes ministres dépassent les 40%, parce que les partis politiques ont décidé de traiter la question de l‘égalité très sérieusement.
En ce moment, en Finlande, nous avons une vive discussion au sujet des femmes au pouvoir. Et le débat porte surtout sur le secteur privé. Parce que, visiblement, l’accès des femmes au sommet des entreprises est encore limité.

EuroNews : Cette année marque le 20ème anniversaire de l’explosion de Tchernobyl. Dans plusieurs pays d’Europe, il y a une certaine réticence vis-à-vis du nucléaire. Pourquoi la Finlande a-t-elle choisi d’agrandir son parc ?

Tarja Halonen : Je crois qu´en Finlande et ailleurs en Europe, nous sommes plus mûrs qu’avant pour débattre des sources d‘énergie et pour prendre chacun nos responsabilités.
Nous souhaitons que la présidence finlandaise soit l’occasion d’intensifier les débats sur cette question.
Dans plusieurs pays, le nucléaire s’impose comme un moyen pour réduire la dépendance énergétique. Cela dit, il ne faut pas aborder le débat uniquement sous cet angle. Ce qu’on souhaite, c’est de pouvoir en débattre en toute sérénité.

EuroNews : Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la Finlande est entrée en guerre contre l’Union Soviétique. Mais depuis, une relation d’amitié s’est créée entre les deux pays. Comment cette expérience pourrait-elle être utile pour l’Union européenne ?

Tarja Halonen : Cela a été une expérience de voisinage “peau contre peau”, le fait de cohabiter côte à côte pendant des décennies indépendamment du nom de nos pays. Alors cette expérience concrète, nous pouvons la faire partager, d’autant plus que cela s’est renforcé dans les dernières années.

EuroNews : La Russie monte en puissance. Est-ce qu’elle peut constituer une menace pour ses voisins ?

Tarja Halonen : Il s’agit plus d’une chance que d’une menace. J’ai dit à plusieurs journalistes que la Russie d’aujourd’hui est la meilleure Russie que nous ayons jamais eue. La Russie partage avec nous aujourd’hui les mêmes valeurs européennes et lutte pour les faire respecter.
Cela dit, dans un changement, il y a toujours des risques, et ils ne concernent pas seulement la Finlande et la Russie, mais aussi toute l’Europe.

EuroNews : Souvent des représentants de petits pays sont élus à des postes importants, dans des organisations internationales. Si on vous demandait, est-ce que vous accèpteriez le poste de Secrétaire général de l’ONU ?

Tarja Halonen :
Bien sûr, tout le monde serait intéressé par une telle perspective. Mais en ce moment, c’est un Asiatique qui est candidat à ce poste. Il n’y a aucun règlement en la matière. Je souhaite simplement qu’il y ait de bons candidats, et au final, un titulaire dans la fonction. L’ONU doit être une organisation représentative du monde entier. Donc, j’espère qu´un équilibre sera trouvé. Mais il ne faut pas exclure la candidature de femmes compétentes, quel que soit leur continent d’origine…