DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Carlos Ghosn : Pdg du groupe Renault : nous n'avons pas eu de résultats en 2006, mais nous travaillons pour que l'avenir soit bien meilleur

Vous lisez:

Carlos Ghosn : Pdg du groupe Renault : nous n'avons pas eu de résultats en 2006, mais nous travaillons pour que l'avenir soit bien meilleur

Taille du texte Aa Aa

Il a été le sauveur du constructeur automobile japonais Nissan; il compte bien être le redresseur du français Renault qui détient 44% du japonais. Carlos Ghosn, le patron du groupe Renault, est la vedette du salon de l’automobile à Paris en raison des négociations sur un projet d’alliance entre Renault/Nissan et l’américainGeneral Motors.

Pour Carlos Ghosn – avec qui EuroNews s’est entretenu au salon – on a beaucoup spéculé sur le sujet. Alors ? Alliance ou pas alliance ?

C. Ghosn: “Mi-octobre il y a une réponse très simple que nous devons apporter et qui consiste à dire : il y a suffisamment de synergies pour donner du sens à une alliance comme ça, ou pas suffisamment. Si nous disons : il n’y a pas suffisamment de synergies, nous arrêtons. C’est pas la peine de perdre notre temps à examiner quelque chose qui ne va pas se passer et qui n’a pas un fondement objectif. Si par contre nous estimons qu’il y a suffisamment de synergies, nous passons à une deuxième phase qui consiste à dire : comment fait-on ? Quel type d’organisation, quel type de process, et comment peut-on s’engager à ce que ces synergies se retrouvent dans les résultats de chaque constructeur. C’est ça qui est en cours. Alors derrière vous allez avoir beaucoup de spéculations sur : untel pense ceci, un autre pense celà, untel est enthousiaste, l’autre ne l’est pas !! Franchement ça n’a pas beaucoup d’importance parce que sur le fond, nous sommes des chefs d’entreprise et nous allons regarder de manière objective qu’est-ce qu’une alliance de ce type peut apporter à notre entreprise et nous la jugerons
sur ses mérites.

EuroNews: Vous avez lancé il y a quelque temps le plan “Renault Contrat 2009”, qui a pour objectif notamment la vente de 800.000 véhicules supplémentaires à l’horizon 2009. Quelles sont les conditions de réussite de ce plan ?

C. Ghosn: Vous savez, la seule chose qui compte pour moi en tant que patron de Renault, ce sont les engagements que j’ai pris, et que j’ai pris avec l’ensemble du personnel de l’entreprise sur ces trois objectifs que nous devons atteindre en 2009 : 6% de marge opérationnelle, 800.000 voitures de plus et la Laguna dans les meilleures voitures en matière de qualité dans le Top 3. C’est la seule chose qui compte. Donc si jamais nous répondons favorablement à une alliance, ça veut dire que cette alliance renforce nos engagements. En aucun cas je n’accepterai une alliance qui affaiblisse notre potentiel pour remplir nos engagements. Nous n’avons pris que ces trois engagements, il sont très importants et nous y tenons. Donc je peux vous assurer qu’une alliance potentielle avec General Motors sera examinée en fonction de sa capacité à renforcer et à solidifier les engagements que Renault a pris.

EuroNews: Le groupe Renault perd des parts de marché en Europe depuis le début de l’année, si vous aviez à la qualifier comment qualifiriez-vous l’année 2006 ?

C. Ghosn: Ô une année difficile pour nous, pourquoi ? Parce que premièrement, l’environnement n’est pas un environnement très favorable, le marché européen est stable, c’est un marché qui est marqué par un renchérissement des matières premières, un renchérissement de l‘énergie, à un moment oú nous avons très peu de produits arrivant en renouvellement. Et en même temps nous travaillons beaucoup, pour la préparation des 26 produits qui arrivent dans le cadre de “Contrat 2009”, de la réduction des coûts, de l’amélioration de la qualité, donc 2006 est une année difficile, nous l’avions un peu prévu comme ça parce qu’il y a beaucoup de boulot, il y a beaucoup de travail et très peu de résultats. Mais c’est un investissement que nous faisons pour que 2007/2008/2009 soient bien meilleures.

EuroNews: Que manque-t-il à l’alliance Renault/Nissan pour qu’elle soit vraiment mature ?

C. Ghosn: Je pense qu’il ne manque pas grand chose, c’est à dire que, ce qu’il faut uniquement c’est de continuer à travailler dans un bon esprit de coopération à l’intérieur des deux entreprises, que personne ne considère que finalement il n’y a plus de synergie : il y en a toujours. Et que nous allions encore plus à fond dans la coopération. Je pense que l’esprit a beaucoup muri dans le cadre de l’alliance. Je suis particulièrenment impressionné par le fait que c’est la seule alliance oú les gens passent plus de temps à coopérer qu‘à se battre.

EuroNews: Qu’est-ce que les constructeurs japonais ou sud-coréens peuvent apporter aux constructeurs européens ou américains ?

C. Ghosn: “Je pense que les asiatiques peuvent beaucoup apporter aux constructeurs européens et américains autant que les constructeurs européens et américains peuvent beaucoup apporter aux constructeurs asiatiques. Chaque fois que vous mélangez les entreprises, sans remettre en cause les identités – il ne s’agit pas de créer un hybride qui n’est plus ni japonais ni français, par exemple, pas du tout. Les japonais sont chez eux, les français sont chez eux, chacun se sent fermement dans son entreprise – mais le fait de pouvoir travailler ensemble, avec des méthodes différentes, des points de vue différents, des priorités différentes et une approche différente; c’est dur mais c’est extrêmement enrichissant et en général vous avez de bien meilleurs résultats.

EuroNews: Quels commentaires vous inspirent les efforts des indiens et des chinois actuellement pour construire une industrie automobile nationale compétitive ?

C. Ghosn: “Dans un certain nombre de secteurs tel que l’industrie automobile, la compétition est telle que voir l‘émergence d’un champion national quelque part ce sera très difficile. Pour une raison très simple c’est que tous les contructeurs automobiles aujourd’hui sont en Chine et je ne vois pas ce qu’un constructeur chinois pourrait faire en Chine qu’un constructeur global qui est implanté en Chine ne pourrait pas faire. C’est la même main-d’oeuvre, la même infrastructure, on embauche les mêmes cadres, on a les mêmes ressources. Donc, moi je trouve que c’est très bien que dans un monde qui se globalise il n’y a pas de raison que les pays émergents ne jouent pas un rôle beaucoup plus important, maintenant, je ne pense pas que ce sera facile.

EuroNews: On vous appelle parfois Monsieur “Seven-Eleven (24h sur 24)” : d’oú puisez-vous l‘énergie que vous dépensez chaque jour ?

C. Ghosn: “C’est une bonne question à laquelle je n’ai pas de réponse……”