DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Libéria : priorité à l'emploi des jeunes, dans un pays qui compte 80% de chômeurs

Vous lisez:

Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Libéria : priorité à l'emploi des jeunes, dans un pays qui compte 80% de chômeurs

Taille du texte Aa Aa

Première femme élue démocratiquement en Afrique, la présidente du Libéria était à Strasbourg dernièrement. Elue en novembre 2005, Ellen Johnson Sirleaf a appelé l’Union Européenne à s’engager plus pour aider son pays. Des années de guerre civile ont rendu le Libéria exsangue. Dans ce pays qui compte 80 pourcent de chômeurs, créer des emplois pour les jeunes, est l’une des priorités d’Ellen Johnson Sirleaf. Dans un entretien accordé à EuroNews, la présidente du Libéria parle aussi du sida, et de la situation des femmes en Afrique.

EuroNews : Il y a un an, le peuple du Libéria vous a élu à la présidence, il vous a donné sa confiance pour ramener la stabilité dans le pays, après 14 ans de guerre civile. Le Libéria fait figure de laboratoire sur le continent africain, en matière de reconstruction. Quelle est votre priorité aujourd’hui ?

Ellen Johnson Sirleaf : Notre plus gros défi, c’est de tout faire pour que nos jeunes retournent à l‘école, qu’ils aient des programmes d‘éducation appropriés, et de créer des emplois pour eux. 120.000 jeunes ont fait la guerre…. Ils ont été démobilisés, maintenant ils ont réintégré leur communauté, et nous devons être sûrs de pouvoir les intégrer, car ils sont vulnérables, ils peuvent facilement être influencés et retourner se battre. C’est à mon avis, notre plus gros défi.

EuroNews : L’ancien président du Libéria Charles Taylor comparaîtra seul au mois d’avril devant le tribunal de la Haye, la date a été fixée. Il sera seul à la barre. Qu’en est-il de ses associés, toujours actifs, dit-on, au Libéria ?

Ellen Johnson Sirleaf : Je vais dire les choses autrement : Mr. Taylor n’a pas été inculpé par un tribunal du Libéria. Il a été inculpé par un tribunal spécial des Nations-Unies, au Sierra Léone. Et le procès se déroulera uniquement dans ce cadre là. Jusqu‘à présent, au Libéria, nous n’avons pas décidé la mise en place d’un tribunal pour les crimes de guerre. Ce que nous avons voulu d’abord, c’est une commission pour la Vérité et la Réconciliation. Le travail de cette commission a commencé. Quand cette commission rendra ses recommandations, et si elle conclut à la nécessité d’une procédure judiciaire, alors nous prendrons en compte ces recommandations, et nous agirons en fonction.

EuroNews : En tant que première femme présidente d’Afrique élue démocratiquement, vous parlez beaucoup des droits des femmes et de l‘égalité des sexes. Qu’est-ce qui est entrepris pour la condition des femmes dans votre pays… Un pays qui ne se distingue pas particulièrement pour son respect des droits de l’homme ?

Ellen Johnson Sirleaf : D’abord, j’espère que nous nous sommes en train de corriger cette image, que nous allons vers une administration, un gouvernement qui respecte effectivement les droits de l’homme. Qui refuse les violations des droits de l’homme quelles qu’elles soient. D’abord je crois que les femmes se sentent en bien meilleure position depuis que je suis présidente. Nous avons nommé des femmes à des places stratégiques au gouvernement… Nous venons d’adopter une loi dure sur le viol, une loi qui prévoit la prison à vie pour quiconque viole une femme. Nous agissons aussi sur deux points : nous allons lancer un programme national pour que les femmes du pays apprennent à lire et à écrire, et nous avons aussi un programme spécifique d‘éducation pour les jeunes filles.

EuroNews : Une autre question importante concernant les femmes en Afrique : chaque année en Afrique, deux millions de femmes et d’enfants sont excisées. Quel est votre sentiment sur cette pratique, quelle est la meilleure façon d’aborder la question selon vous ?

Ellen Johnson Sirleaf : Ce problème touche notre pays aussi. C’est un problème d’ordre culturel, lié aux traditions. A mon avis, il doit être abordé à travers l‘éducation. Dès l‘école primaire, nous devons commencer à dire combien il est important de respecter l’intégrité physique des femmes, expliquer les conséquences de ce genre de pratiques. Ce serait très difficile d’adopter un loi tout de suite, et d’essayer de l’appliquer.

EuroNews : Cette pratique doit-elle être condamnée ?

Ellen Johnson Sirleaf : Non, c’est un problème sur lequel il faut agir, nous devons nous y opposer. Mais nous devons savoir aussi qu’il faut traiter le problème avec des personnes qui ont cette culture-là, cette tradition, profondément ancrée dans leur mode de vie. Par conséquent il ne s’agit pas seulement de condamner, cela concerne l‘éducation, c’est la seule façon de résoudre le problème définitivement. Ca ne sert à rien de voter des lois, de poursuivre des gens si clandestinement, ils continuent à faire la même chose…

EuroNews : Un autre fléau majeur pour l’Afrique, c’est bien sûr le sida, et aussi, les réticences de certains chefs d‘état à reconnaitre réellement le problème. Que faut-il faire pour que les choses changent ?

Ellen Johnson Sirleaf : Avant tout, je vous le dis, nous avons reconnu le sida comme étant un problème croissant pour nous. Les malades du sida sont passés de 4 pourcent il y a quelques années, à 10 à 12 pourcent aujourd’hui. C’est inquiétant. Nous allons bientôt nommer une commission sida. On a déjà adressé une proposition au fonds mondial contre le sida, pour obtenir de l’aide. Nous essayons de combattre le problème sur deux fronts : d’abord, il faut avoir plus d’antiviraux, nous n’en avons pas assez… Et ensuite, il faut changer le comportement des gens, à travers l‘éducation, et l’instruction. Nous avons placardé des affiches dans tout le pays, nous introduisons des mesures préventives à l‘école… Nous sommes très conscients du problème et déterminés à le traiter.