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Louis Michel, Commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire

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Louis Michel, Commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire

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Voyage-éclair de la Commission européenne au Darfour ce début octobre. L’exécutif européen a trouvé là l’occasion d’affirmer une priorité renouvelée de Bruxelles pour l’Afrique. Priorité humanitaire, priorité politique: il s’agit ici d’un véritable terrain vague sur l‘échiquier mondial. Tout y est encore à faire, entre massacres que personne n’ose qualifier de génocide et risques d’instabilité régionale. Louis Michel, ancien ministre des affaires étrangères belge, nous dit ce que l’Europe peut faire et veut faire dans la Corne de l’Afrique et au-delà.

Sergio Cantone, EuroNews : “M. le Commissaire, bienvenue sur EuroNews. Tout d’abord, pourquoi cette mission de la Commission européenne avec tout ce déploiement de moyens au Darfour ?

Louis Michel: D’abord, évidemment montrer clairement l’engagement et la préoccupation de la commission pour ce qui se passe au Darfour, nous y sommes le premier contributeur et de très loin, plus de 600 millions d’euros à la fois pour l’aide humanitaire et pour le financement de la mission de paix qui est menée par l’Union Africaine. Et donc nous voulons véritablement montrer nos inquiétudes et nos préoccupations. Aujourd’hui on a l’impression que la situation se détériore à nouveau, que l’on pourrait bien perdre tout l’acquis des avancées que nous avons connues jusqu’ici et auxquelles nous avons participé activement. J’ajoute que la crédibilité dont la Commission jouit auprès du gouvernement du Soudan nous met peut-être dans une position pour leur faire comprendre qu’il n’est pas possible de rester dans le statu quo actuel.

EuroNews : Par quel moyen pourrait-on convaincre le président soudanais Al Bachir d’accepter les casques bleus des Nations unies ?

L. Michel : Le président Barroso a, d’une façon extrêmement convaincante, expliqué pour quelle raison l’Union européenne et la Commission, ont soutenu la résolution des Nations Unies. Nous avons aussi écouté, bien entendu, les explications ou les raisons de refus du gouvernement soudanais de soutenir et d’accepter le transfert de la mission AMIS, de l’Union africaine, vers une mission des Nations unies. Tous ces éléments sont des éléments d’information qui ont conduit à un véritable échange de vues dynamique et qui ont conduit aussi, dans une certaine mesure, peut-être, à imaginer, de notre côté en tous cas, où étaient peut être les espaces pour avancer. Vous savez très bien qu’on ne renégociera pas cet accord, donc il faut maintenant du good will (de la volonté Ndlr)et nous allons, en tous cas pour ce qui nous concerne, faire tout ce que nous pouvons pour exercer un minimum de pression.

EuroNews : Est-ce que vous trouvez que les Etats-Unis mènent une politique trop musclée ici au Darfour et au Soudan ?

L. Michel : Moi je ne souhaite pas évidemment juger l’attitude de nos partenaires américains. Ils représentent évidemment une partie importante de la communauté internationale, comme l’Union européenne l’est; et je crois que notre rôle à nous c’est justement d’utiliser notre plus-value, qui est ce crédit dont nous jouissons auprès du président Bachir et des soudanais, pour les amener à rompre le statu quo et à faire avancer le dossier.

EuroNews : Donc Union Européenne : puissance humanitaire ?

L. Michel : Bon, vous savez c’est déjà pas mal : Union européenne puissance humanitaire ; Quand on est une puissance humanitaire, et je l’ai vu en tous cas lors de ce séjour, on est aussi une puissance politique ; indiscutablement l’influence politique de la Commission et de l’Union européenne auprès du gouvernement du Soudan, je crois que c’est une réalité, on nous écoute… Je crois que dans une (certaine) mesure on nous entend aussi.

EuroNews : Quel est l’intérêt pour le citoyen européen, pour l’union européenne en tant qu’entité politique, d’une intervention au Darfour ?

L. Michel : Je pense que l’objectif de l’Union européenne ce n’est pas de mettre de l’argent et puis de récupérer des bénéfices, d’avoir une sorte d’agenda économique, politique,…etc. Le rôle de l’Union européenne est de…

EuroNews : ….Non, non…Mais quand même de convaincre les autres acteurs d’accepter la persuasion…

L. Michel : Pour se convaincre de l’influence politique de l’Union européenne il faudrait peut être une fois s’interroger sur plein de conflits dans le monde, sur ce que seraient ces conflits sans le rôle humanitaire de l’Union européenne et sans le rôle de développement de l’Union européenne. C’est vrai qu’on pourrait avoir une plus grande influence, mais pour avoir une plus grande influence alors il faut que les Etats européens nous donnent un petit peu plus, si vous voulez, d’espace pour avoir une position commune un peu plus audacieuse, un peu plus forte politiquement. C’est une région entre deux. C’est une région ou vous avez concentré finalement tout un ensemble des risques explosifs, à la fois le fondamentalisme et éventuellement les divergences de civilisation religieuses et culturelles avec la tentation pour certains d’utiliser ces divergences à des fins de politique interne; donc si on ne règle pas ça stratégiquement, si l’on n’a pas un plan stratégique, une offre politique à faire à la Corne de l’Afrique, nous prenons des risques immenses.

EuroNews : Vous ne pensez pas que l’inquiétude du Président Bachir c’est que la force des Nations unies une fois ici au Darfour pourrait se transformer en une sorte de police des Nations unies et donc arrêter certaines grandes figures du régime ?

L. Michel : Sincèrement je ne peux pas dire ça. Je pense qu’il est indiscutablement déçu, d’après lui, d’avoir été mal récompensé des efforts qu’il a faits et des concessions qu’il a faites pour l’accord de paix et on a un peu l’impression qu’il est suspicieux à l‘égard de cette mission des Nations unies et il a un peu l’impression que cette mission pourrait être une sorte d’acteur cherchant à le déstabiliser ou à le remplacer , ce que moi je ne crois évidemment jamais, mais ce n’est pas facile de l’en convaincre et donc il faut travailler avec tous ces éléments-là. Comment fait-on pour lui donner des garanties en terme de souveraineté, comment fait-on pour lui renvoyer l’ascenseur par rapport aux concessions qu’il a faites, comment fait on pour lui faire comprendre que le statu quo n’est pas possible ? Et nous avons, je pense, un certain nombre d‘éléments qui nous permettent de travailler.

EuroNews : Merci Mr le commissaire”