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Mehmet Ali Talat, dirigeant chypriote turc : "Si l'UE tient sa promesse et rompt l'isolement du nord, la Turquie ouvrira ses ports aux chypriotes grecs"

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Mehmet Ali Talat, dirigeant chypriote turc : "Si l'UE tient sa promesse et rompt l'isolement du nord, la Turquie ouvrira ses ports aux chypriotes grecs"

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A quelques jours de la publication du rapport de la Commission Européenne sur la Turquie, Mehmet Ali Talat, dirigeant de la République chypriote turque autoproclamée s’est entretenu avec EuroNews sur le compromis proposé par la présidence finlandaise de l’Union Européenne. Il propose la reprise du commerce entre l’Union et le nord de Chypre via le port de Famagouste qui passerait sous contrôle de l’UE. A Ankara alors, d’ouvrir ses ports aux chypriotes grecs. Autre condition posée, le transfert à l’ONU de la ville-fantôme de Varosha, banlieue de Famagouste, et le retour à terme des chypriotes grecs qui ont fui lors de l’invasion turque de 1974. Coté turc, on parle de levée sans conditions et globale de l’isolement, avec notamment l’ouverture de l’aéroport d’Ercan aux vols internationaux.

EuroNews: Comment réagissez-vous au compromis finlandais? Accepterez-vous de rendre Varosha aux chypriotes grecs en échange d’un commerce direct via Famagouste? Est-ce selon vous une proposition acceptable?

Mehmet Ali Talat: Pour nous, chypriotes turcs, la levée de notre isolement est cruciale. Et nous ne croyons pas avoir à donner quelque chose en échange de la levée de cet isolement. En effet les 26 et 27 avril 2004, le Conseil Européen s’est engagé à mettre un terme à l’isolement économique des chypriotes turcs, il n’a fait mention d’aucun marchandage, il n’y avait pas de donnant donnant. Maintenant, en échange seulement d’une levée limitée de l’isolement, qui porte sur le commerce direct, ils nous demandent de remettre Varosha aux Nations-Unies. Dans le cas d’une solution globale, nous sommes prêts à négocier sur Varosha, c’est vrai. Mais s’il s’agit de levée de l’isolement, de levée partielle de l’isolement, alors ce n’est juste de demander Varosha.

EuroNews: A votre avis, les réfugiés chypriotes grecs de Varosha peuvent-ils retourner dans leur maison?

Mehmet Ali Talat: Réfugiés, vous parlez de réfugiés… Mais, à mon sens, après plus de 30 ans, la plupart d’entre eux se sont réintégrés. Ce ne sont plus des réfugiés. Mais vous avez raison, ce sont des personnes déplacées, effectivement, et un certain nombre d’entre elles, un nombre conséquent d’entre elles saisira cette opportunité de rentrer.

EuroNews: Les chypriotes du sud assurent qu’ils n’accepteront pas un commerce direct via les aéroports chypriotes turcs. Quelle est votre réaction?

Mehmet Ali Talat: C’est une bonne question. En fait, nous demandons que l’ouverture de nos aéroports aux vols internationaux figure dans la proposition, mais que le volet de Varosha en soit exclu. Les vols directs, l’aide financière et le commerce direct avec l’Union Européenne ne sont pas liés à une solution globale du conflit, ils sont liés à la levée de l’isolement. En ce qui nous concerne, la mention dans la proposition des vols directs pour l’aéroport d’Ercan est un point très important.

EuroNews: C’est une condition que vous posez?

Mehmet Ali Talat: Je n’ai pas envie d’employer les termes de “condition”, “pré-condition”… Mais c’est en tous cas quelque chose de très important. La proposition en l‘état actuel des choses n’est pas juste, elle n’est pas équilibrée.

EuroNews: Pourquoi ne pas renvoyer les soldats turcs qui occupent ce territoire? Ne vous sentez-vous pas en sécurité ici?

Mehmet Ali Talat: Imaginez, Chypre dans l’Union Européenne, et la Turquie en dehors… Les chypriotes turcs ne peuvent pas se sentir en sûreté dans un tel environnement. Je parle des positions hostiles des chypriotes grecques. Aujourd’hui encore, ils cherchent à étrangler les chypriotes turcs dans tous les domaines. Compte-tenu de cette hostilité, oui, nous sommes inquiets, particulièrement sur le plan militaire.

EuroNews: Comment l’an prochain la présidence allemande de l’Union européenne pourrait-elle débloquer l’impasse chypriote selon vous, qu’est ce que vous proposerez?

Mehmet Ali Talat: L’Union Européenne a promis aux chypriotes turcs de rompre leur isolement. Si l’Union Européenne respecte sa promesse, alors la Turquie elle, n’hésitera pas à ouvrir ses ports aux chypriotes grecs.

EuroNews: Ne passe-t-on pas à coté d’une opportunité? Il y a des élections en Turquie l’an prochain, et ce sera difficile à ce moment-là de trouver un accord sur Chypre. Peut-être faudra-t-il attendre dix, voire vingt ans si un accord n’est pas trouvé maintenant?

Mehmet Ali Talat: Si nous ne trouvons pas une solution au problème chypriote, effectivement, vous avez raison… Mais je ne pense pas. Avec les efforts en particulier des Nations-Unies, qui sont le seul cadre dans lequel nous pouvons trouver une solution, s’entendre sur un règlement, il n’est pas imaginable que ce processus s’interrompe pendant dix ans.