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"La politique de l'Union européenne avec la Russie doit être plus cohérente", affirme Carl Bildt à EuroNews

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"La politique de l'Union européenne avec la Russie doit être plus cohérente", affirme Carl Bildt à EuroNews

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Carl Bildt est le ministre des affaires étrangères du gouvernement de centre-droit récemment élu en Suède. La Suède comme tous les pays nordiques, est très attentive aux difficultés que l’Union européenne rencontre pour établir des relations stables avec la Russie. Et en ce qui concerne la politique européenne, Carl Bildt pense que les Etats membres devraient suivre la voie libérale des réformes économiques qu’a choisie la Suède.

EuroNews
“Selon vous, est-il difficile pour les Etats membres de l’Union de trouver une solution et d’atteindre un accord global avec la Russie. Est-ce que c’est un sujet qui vous inquiète ?

Carl Bildt
Je ne suis pas forcément inquiet. Je ne pense pas que ce soit un si grand problème pour l’instant. Je veux dire que le fait que nous soyons confrontés à un retard dans le déroulement des négociations sur l’accord de partenariat et de coopération; ce n’est pas la fin du monde. Je pense que le débat s’est porté en se développant sur le dossier russe et quoi d’autre ? Deux ou trois problèmes ont été mis en lumière comme l’utilisation du commerce des armes par la Russie à plusieurs reprises, et comme le nouveau débat en cours sur la situation des droits de l’homme et l‘évolution politique en Russie. Ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose mais j’aimerai que ceci conduise à une politique plus cohérente en quelque sorte, et à laquelle il faut ajouter bien sur tous les problèmes liés à la politique énergétique russe.

EuroNews
Oui mais il y a des différences entre les pays membres : on le voit par exemple avec la Pologne, l’Allemagne et les pays baltes pour la construction de ce pipeline qui doit relier la Russie à l’Allemagne sans passer par la Pologne ni par les pays baltes.

Carl Bildt
L’Union européenne comptera bientôt 27 pays membres et l’histoire de ces différents pays membres est différente. Je veux dire qu’il est naturel que la perception de la Lettonie et la perception du Portugal, disons sur des dossiers comme la Russie ou le Brésil, soient différentes quelque part. Et ce sera toujours une relation compliquée avec un pays qui est lui-même complexe.

EuroNews
Mais la Pologne n’est pas un petit pays…

Carl Bildt
La Pologne n’est pas un petit pays non, ce que je veux dire c’est que tous ces pays sont importants, que ce soit le Portugal, la Pologne, que ce soit la Lettonie ou que ce soit la Grèce : mais ils sont entrés dans l’Union européenne avec leurs points de vue nationaux, tout comme la Suède. Et alors on fusionne tout ça et on le modèle pour obtenir une position commune qui inclut également la politique avec la Russie. Je ne trouve pas ça si mauvais !

EuroNews
La Suède ne semble pas si contente que ça de la construction de ce pipeline.

Carl Bildt
Bon….ce n’est pas notre pipeline, donc nous n’avons pas d’intérêt dedans. Il passera sous la Baltique, dans les eaux internationales et les zones économiques finlandaise, suédoise et danoise. Il y a une certaine responsabilité environnementale à observer dans ce dossier et nous la prenons très au sérieux. La mer Baltique est un environnement maritime assez fragile comme on a pu le voir par le passé à plusieurs reprises.

EuroNews
Bien que La Suède ne fasse pas partie de l’OTAN, quelle est votre opinion sur les problèmes que rencontre l’organisation pour engager de nouveaux soldats en Afghanistan ?

Carl Bildt
Nous ne sommes pas membre de l’OTAN comme vous venez de le dire mais nous participons aux opérations de l’OTAN, que ce soit au Kosovo ou en Afghanistan. Et actuellement nous sommes préoccupés par la discussion que nous avons sur le fait de changer ce qui doit l‘être pour ajuster notre mission en Afghanistan et augmenter ses chances de succès. ça peut être une question de troupes en quantités supérieures, je ne sais pas, mais ce que je voudrai dire en premier c’est qu’il faut renforcer les aspects économiques, civils et politiques de cette opération. Et c’est une tâche qui correspondrait mieux peut-être à l’ONU qu‘à l’OTAN et à l’Union européenne.

EuroNews
Ne pensez-vous pas que les membres de l’Union européenne qui sont aussi membres de l’OTAN devraient faire une effort supplémentaire pour envoyer plus de troupes ?

Carl Bildt
Bon, je ne crois pas qu’il faille considérer l’Afghanistan comme une opération de construction d’un Etat. J’ai participé à un certain nombre d’opérations de ce type et ce ne sont pas forcément des opérations militaires. La sécurité est nécessaire bien sur mais si vous échouez en termes politiques et économiques, alors…. Par exemple le dossier de la drogue a atteint un point extrêmement critique. Si vous ne vous débarrassez pas du problème que constitue l‘énorme augmentation, des énormes quantités de pavot produites en Afghanistan, aucun rassemblement de troupes ne vous aidera. Donc il faut qu’on porte notre effort sur les vrais problèmes, et pas seulement en se mettant d’accord sur des objectifs militaires, sur un ratio de pertes humaines, que sais-je encore… de comptage de victimes, enfin bref de ce qui est je pense la tendance depuis un moment déjà.

EuroNews
Que pensez-vous de l‘élargissement de l’OTAN à d’autres pays comme l’Ukraine ou la Géorgie ?

Carl Bildt
Bon…ça ne nous concerne pas vraiment, mais nous avons trouvé que c‘était très positif cette expansion de l’OTAN avec l‘élargissement de l’Organisation en Europe centrale et aux pays baltes. Je pense que cela a contribué à la stabilité de cet espace géographique particulier et à la poursuite des politiques engagées par ces pays. Donc, sans aucun doute, cette stratégie de l’Alliance Atlantique est une des pierres angulaires de la sécurité pour des secteurs très importants en Europe. L’Ukraine ne cherche-t-elle pas à intégrer l’OTAN en cette période particulière de son histoire ? La Géorgie est un autre dossier mais c’est vraiment à l’OTAN de prendre en premier ce genre de décisions.

EuroNews
La Suède entreprend actuellement un important processus de réformes de libéralisation de son économie : pensez-vous que l’Europe devrait suivre cette initiative courageuse ?

Carl Bildt
C’est clair. Nous avons pris la décision ensemble avec la Finlande, je dirai… au début des années quatre vingt dix. Les télécommunications par exemple… Nous étions encore plus libéraux et radicaux dans notre politique libérale que Margaret Thatcher ne l‘était au Royaume Uni. Et nous avons particulièrement réussi dans les télécommunications en raison de cette politique ultralibérale, il y a eu d’autres facteurs aussi. Et cette politique que nous avons appliquée au début des années quatre vingt dix, est devenue la politique de l’Union européenne à la fin des années quatre vingt dix. Donc je pense que nous avons montré par un certain nombre d’exemples que si nous mettons en place des économies plus flexibles, plus ouvertes sur le monde, nous aurons plus de chance de générer de la croissance et finalement – ce qui a posé un problème dans notre cas – de créer de l’emploi également.

EuroNews
Serez-vous le prochain Monsieur Diplomatie de l’Union européenne ?

Carl Bildt
Non je ne le serai pas…. Je suis le ministre des affaires étrangères de la Suède et je le resterai encore pendant un certain temps. Nous avons beaucoup de dossiers importants à venir; nous avons la présidence tournante à assurer au second semestre 2009 et je pense que cela va suffisamment m’occuper.