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Olli Rehn, commissaire européen à l'Elargissement: "le blues de l'élargissement, un symptôme, pas une cause"

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Olli Rehn, commissaire européen à l'Elargissement: "le blues de l'élargissement, un symptôme, pas une cause"

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Olli Rehn est commissaire européen chargé de l’Elargissement. A ce titre, il est concerné au premier chef par le blues de l‘élargissement qui travers l’Europe. Un sentiment qui atteint le processus d‘élargissement lui-même. Interviewé par EuroNews, Olli Rehn donne son avis sur ce phénomène, il revient sur le gel partiel des négociations d’adhésion avec la Turquie et sur l’entrée dans l’Union de la Roumanie et de Bulgarie le 1er janvier.

EuroNews: Monsieur le commissaire, bienvenue sur EuroNews, pensez-vous que, comme cela a été dit au Conseil Européen, il y a un blues de l‘élargissement au sein de l’Union Européenne? Olli Rehn: Nous parlons beaucoup de la fatigue de l‘élargissement, de blues de l‘élargissement, mais l’on pourrait tout aussi bien parler du blues du chômage, du blues de la globalisation, ou du blues de l‘état providence. En d’autres termes, la fatigue de l‘élargissement est un symptôme, plutôt qu’une cause, et les causes, on les trouve dans le mécontentement social né du taux de chômage élevé et du sentiment d’insécurité auprès de nos concitoyens. EuroNews: Les états membres admettent qu’un nouveau traité est nécessaire avant de procéder à un nouvel élargissement, c’est la première fois qu’ils l’expriment…. Olli Rehn: C’est l’essence même du pouvoir de persuasion de l’Union Européenne, encourager la transformation démocratique et économique des pays candidats, dans l’Europe du sud-est, dans les Balkans, et en Turquie. En même temps, le processus de réformes qui y est lié, avance. L’un n’exclue pas l’autre. Il est important de continuer en même temps à renforcer l’Union Européenne, et à l‘élargir progressivement. C’est l’histoire même de l’Union Européenne. Par conséquent, nous devons continuer à la fois à renforcer l’intégration de l’union, et à développer la paix et la liberté. EuroNews: Si les citoyens européens ne prennent pas part à ce processus, comment pouvons-nous justifier le fait que l‘élargissement permet d’exporter nos valeurs démocratiques? Olli Rehn: Il est effectivement extrêmement important que la politique d‘élargissement de l’Union Européenne, comme toutes les politiques de l’Union Européenne, bénéficie d’un large soutien de l’opinion. C’est pourquoi en premier lieu, nous devons faire quelque chose qui tienne la route. Cela signifie que nous devons consolider l’agenda de l‘élargissement, sans être trop ambitieux. Et en même temps, nous devons mieux communiquer sur les succès et les défis de l‘élargissement. La capacité d’intégration est aussi une considération très importante dans le futur. Cela signifie que nous devons effectivement faire de l’ordre chez nous, cela concerne la révision de notre système de prise de décision, et celle aussi de nos capacités financières. EuroNews: Etes-vous personnellement inquiet de perdre la Turquie? Olli Rehn: Je dois dire que j’ai très peur d’une certaine manipulation : que l’Europe est en train perdre la Turquie…. Ceux qui spéculent ainsi, spécialement les média britanniques et américains, doivent faire attention à pas jouer aux apprentis sorciers. Certains en Turquie prennent le débat au pied de la lettre, et cela contribue à créer une spirale négative, un cercle vicieux, que nous ressentons actuellement dans nos relations. Certaines personnes dans le débat public ont tendance à oublier que si l’Union Européenne a décidé de geler les négociations sur huit chapitres, tout en les poursuivants sur 27 autres, c’est aussi parce que la Turquie n’a pas respecté ses obligations légales, contractuelles. EuroNews: La Bulgarie et la Roumanie vont bientôt devenir membres de l’Union Européenne. Pensez-vous que les choses vont changer? Olli Rehn: Cela va changer la vie, ou tout du moins les conditions de vie, de trente millions de personnes, les trente millions de Bulgares et de Roumains qui seront au 1er janvier citoyens européens. Pour les Européens, c’est un pas important, car il clôt le 5e round de l‘élargissement qui a pris place en 2004. Il efface les décombres du mur de Berlin, du rideau de fer, il amène l’Union Européenne jusqu‘à la Mer Noire, et en fait une puissance très importante dans le sud-est de l’Europe.