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Michel Platini : "Il faut éradiquer la violence des stades européens"

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Michel Platini : "Il faut éradiquer la violence des stades européens"

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Le calme règne à Nyon, sur les bords du lac Léman, ou est installé le siège de l’UEFA, l’Union Européenne de Football. Michel Platini, fraîchement élu président de la puissante institution, doit pourtant faire face au premier dossier brûlant de son mandat. Depuis quelques mois, la violence autour des stades fait la une de l’actualité, la mort a même frappé en France puis en Italie. Ancien footballeur de légende, Michel Platini apporte un regard et un discours différent. Il sera reçu et écouté avec attention, dès ce lundi 12 mars, par la Commission européenne.

En attendant, Michel Platini s’est confié au micro d’EuroNews sur cette montée incontrôlée de la violence dans les stades européens.

Valérie Zabriskie, EuroNews : En ce moment, on parle beaucoup de la violence autour du football. L’image d’un sport, que vous appelez le plus beau du monde, souffre de cette violence. Pour vous, quelle est la solution ou quelles sont les mesures à prendre ? La violence autour de ce sport est-elle inévitable ?

Michel Platini, président de l’UEFA : Aujourd’hui, nous avons une violence différente, avec plus de batailles, de bagarres. Et non, ce n’est pas inévitable. Il faut absolument combattre cette violence. On ne peut pas permettre que des gens viennent spolier notre sport. Je pense que, aujourd’hui, il y a soit la possibilité que le football prenne en charge ses propres soucis, en disant on interdit au club étranger de venir dans les stades, mais cela serait contraire à la libre circulation de tous les travailleurs. Sinon, il faut trouver des réglements, des lois et ce n’est pas facile. La deuxième solution serait de demander aux instances politiques, peut-être avec la FIFA, avec le comité olympique, avec les sports collectifs de créer une instance européenne de contrôle qui puisse surveiller toutes les dérives de notre sport. On est obligé aujourd’hui d’avoir un contrôle policier pour les dérives du sport. On en a bien pour internet, on en a bien pour l‘économie, on en a bien pour plein de choses.

EuroNews : Justement, j’allais vous demander, vous allez rencontrer Monsieur Barroso, le président de la Commission Européenne, le 12 mars pour, en partie, parler de ce dossier de la violence dans le football. Mais au niveau européen que pensez-vous que l’on puisse faire ?

Michel Platini : Il y a la violence mais il y a aussi tout ce qui concerne le sport en lui-même, sa spécificité. Je pense que aujourd’hui Monsieur Barroso doit avoir confiance en nous, en moi, en d’autres personnes, qui organisons le football. Nous devons réguler ce sport qui est devenu le plus populaire, le pus beau du monde. Nous devons le réguler.

EuroNews : Vous venez de dire qu’il était dommage de toujours pénaliser les clubs pour la violence alors que ce sont des personnes qui créent les problèmes. Comment responsabiliser les supporteurs ?

Michel Platini : Je pense qu’il faut les attraper et puis les empêcher de venir dans les stades. Il n’y a pas grand chose d’autre à faire. Pourquoi quelqu’un jette un fumigène, un pétard, un couteau ou même une bombe ? Il n’est pas géré par le club et pourtant ce sont ces gens-là qui devraient être pénalisés, pas le club. On est toujours en train de donner des amendes, des suspensions, mais ça ne change pas la violence.
Je pense qu’il faut éradiquer cette violence en enlevant les gens qui veulent détruire notre sport, il faut les enlever du stade, il faut les empêcher de venir.

EuroNews : Mais justement, existe-t il une solution pour empêcher ces supporteurs de se déplacer en grand groupe, je veux dire les supporteurs de l‘équipe adverse ?

Michel Platini : Il faut nous donner les moyens juridiques de le faire. Ce n’est pas l’UEFA ni les clubs qui peuvent le faire. Ce sont les juges, les policiers, ce sont les lois, les réglements. Je pense que nous devons avoir une bonne discussion entre les responsables du sport et les responsables politiques.

EuroNews : Vous avez parlé de protéger le jeu de football et de lui rendre son caractère universel. Mais en même temps le football reste un marché, un business. Comment lui rendre son caractère universel et en même temps empêcher un désastre économique ?

Michel Platini : Je ne savais pas que le football était un business, je croyais que le football était un jeu et un sport. En tout cas, le football reste pour moi un jeu et un sport et c’est grâce à cette popularité qu’il est devenu un business. Je suis absolument d’accord qu’il y a du business mais je ne veux pas que ce business garde le jeu. Je veux que ce business soit régulé, soit organisé et que ce ne soit pas les businessmen qui fassent les règles du football pour faire encore plus d’argent. Le football n’est pas une entreprise de marteaux ou de yaourts, c’est un sport. C’est un jeu. Donc protégeons l’aspect social de ce jeu.

EuroNews : Vous avez aussi dit qu’il était temps de remettre de vraies valeurs, de vraies règles dans le football. Pour vous, quelle valeur est la plus importante ?

Michel Platini : Le respect. Le football est respectueux. On doit respecter les décisions, on doit respecter les copains, on doit respecter ses amis, on doit respecter les règles du jeu, on doit respecter plein de choses. Avant, ce sport avait de fantatisques valeurs. Aujourd’hui, le sport est synonyme de fantastiques défauts. On parle de violence, de corruption, de dopage, d’argent. Mais, au départ, le sport a de grandes valeurs et je pense qu’il faut que Monsieur Barroso, sa commission, et tous les gens et tous les politiques du gouvernement, nous redonnent ces vraies valeurs, et redonnent au sport ses vraies valeurs et donc qu’ils nous aident à mettre en place de bonnes règles pour avoir des bonnes valeurs.

EuroNews : Le 13 mars – Manchester United contre un Onze Européen – ce match sert à commémorer le 50ème anniversaire du traité de Rome mais aussi l’anniversaire de la première participation d’une équipe anglaise à une compétition européenne de football. Il y a ceux qui disent l’Union Européenne est devenue trop grande, trop bureaucratique, que les dirigeants sont trop éloignés des citoyens. Est-ce qu’un tel risque plane sur le football européen ? C’est à dire que seuls les grands clubs comptent ?

Michel Platini : Ecoutez, moi je dis que le football sera social ou ne sera rien mais je pense que c’est un peu la même chose pour la politique européenne. Il y a cinquante ans l’Europe s’est faite. L’Europe s’est créée, L’Europe s’est créée à Rome. On va jouer à Manchester parce que cela fait aussi cinquante ans qu’a eu lieu la catastrophe de l‘équipe de Manchester. J‘éspere que ce sera une belle fête et que ça permettra de se rencontrer, et puis surtout je voudrais que ce match se joue dans la paix parce que n’oublions pas que le Traité de Rome a été fait après la guerre pour la paix, pour la paix dans notre monde. Et si, dans un match de football, cinquante ans après, il n’y a pas la paix dans le stade…alors ça veut dire que l’on aura pas réussi grand chose.