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La Pologne veut dissiper le brouillard de son passé

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La Pologne veut dissiper le brouillard de son passé

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Varsovie a entamé un long processus de “décommunisation” avec l’entrée en vigueur ce jeudi d’une nouvelle loi qui oblige à déclarer si l’on a oui ou non collaboré avec la police secrète de l’ancien régime. 700.000 personnes sont concernées, universitaires, journalistes, avocats. Une telle loi existait déjà depuis 1997 mais elle ne concernait que les hauts-fonctionnaires, les députés et les ministres. “Dans ces domaines où les gens ont des responsabilités, le journaliste est un peu le quatrième pouvoir” explique Andrzej Geber de la Télévision publique polonaise. “C’est pour cette raison que ce n’est certainement pas une mauvaise chose de dire : je n‘étais pas un collaborateur!” La loi était l’une des priorités des frères conservateurs Kaczynski, arrivés au pouvoir à l’automne 2005. Ils estiment que la transition pacifique vers la démocratie organisée par Solidarnosc et les communistes en 1989 n’a pas permis une césure claire.

L’Affaire Wielgus, du nom de l’Archevêque de Varsovie qui a démissionné peu après sa nomination, en est l’exemple flagrant. La journaliste Ana Slojewska : “Il y a toujours de nouvelles informations, de nouveaux dossiers, des accusations publiées dans les journaux… De nombreuses personnes opposées à ce genre d’action par le passé admettent aujourd’hui qu’il faut en passer par là, qu’il faut ouvrir les dossiers, tout vérifier pour découvrir les gens qui sont coupables et aussi ceux qui sont innocents mais qui ont été accusés sur la base de fausses informations. Le mieux est de le faire très rapidement.”.

D’autres voient déjà les effets pervers de cette loi et estiment que les archives ne sont pas fiables car il a déjà été prouvé que certains policiers s’inventaient des collaborateurs… L’euro député libéral Bronislaw Geremek se prononce contre : “Je ne pense pas que la bonne solution c’est de demander à un enseignant qui doit enseigner en vérité, à un journaliste qui doit fournir l’information et l’interprétation en toute liberté de faire cet acte de soumission.” Le processus de décommunisation va prendre des années. Les procureurs spéciaux devront comparer les déclarations avec les archives de l’Institut de la mémoire national avant de décider de faire comparaître les anciens collaborateurs devant un tribunal.