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Henry Kissinger : il n'y a pas de confrontation entre les Etats-Unis et l'Iran

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Henry Kissinger : il n'y a pas de confrontation entre les Etats-Unis et l'Iran

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Pour l’ancien secrétaire d’Etat américain le dialogue est une priorité mais des limites doivent être posées en matière de prolifération nucléaire. Quand à l’Europe, il salue son organisation de plus en plus structurée et s’attend à des liens plus étroits avec les Etats-Unis.

Sergio Cantone – correspondant à Bruxelles, EuroNews:
“Docteur Kissinger, bienvenue sur EuroNews, parlons de l’Iran. Pensez- vous que les Etats-Unis et la communauté internationale doivent dialoguer avec ce pays ? “

Henry Kissinger

“Nous devons être certains d’avoir épuisé toutes les possibilités de parvenir à un accord avec l’Iran. Je ne crois pas qu’il existe un conflit direct entre l’Iran et les Etats-Unis. Les Etats-Unis n’ont aucune raison d‘être opposés à un Iran fort et prospère. La chose à laquelle nous nous opposons, et ce pour n’importe quel pays y compris l’Iran, c’est la tentation de vouloir instaurer une domination au Moyen Orient. Et le problème de l’arme nucléaire ne concerne pas spécifiquement l’Iran, c’est une condition générale. “

EuroNews

“Oui mais les officiels iraniens disent qu’ils ne fabriquent pas d’armes nucléaires, ce qu’ils veulent, c’est simplement développer un programme nucléaire civil.”

Henry Kissinger

“Effectivement c’est ce qu’affirme tout pays qui fabrique des armes nucléaires quand il est justement en train de les concevoir. On franchit un cap quand la prolifération nucléaire est un danger pour le système international, alors il faut établir une limite quelque part. C’est le cas avec l’Iran mais on doit appliquer cette règle dans n’importe quelle autre situation.”

EuroNews

“Les relations entre l’Union européenne, l’Europe et les Etats-Unis: il y a des points de vue différents en ce qui concerne les relations avec la Russie; par exemple, nous avons des problèmes avec les systèmes de défense anti-missiles, qu’en pensez-vous ?

Henry Kissinger

“Je suis très réticent à admettre l’idée qu’une défense sur le territoire européen, que les Russes peuvent toujours éliminer, est une menace à la survie de la Russie. Je peux comprendre la position russe sur l’extension de l’OTAN à de nouveaux territoires. Mais je suis déçu de voir qu’ils créent une polémique autour du programme de défense anti-missile en Pologne et en République tchèque; Et je suis aussi franchement déçu par certaines réactions européennes. “

EuroNews

“Ne pensez vous pas que ces pays européens ont besoin de la Russie, en particulier pour des raisons énergétiques ?”

Henry Kissinger

“C’est en partie parce qu’ils ont besoin de la Russie et en partie parce qu’il existe cette sorte d’attitude romantique envers la Russie dans certains pays. Et en partie aussi parce que depuis des années, une sorte d’anti-américanisme s’est développé dans ces pays, et donc chaque fois qu’une question de ce genre arrive, il y a des réactions quasi instinctives. “

EuroNews

“Pensez-vous que l’Union européenne en tant qu’union politique a un avenir ?”

Henry Kissinger

“ Il est évident qu’il est très difficile de créer une entité politique qui s‘étend de la Bulgarie au Danemark et d’obtenir une politique commune. Mais quand j‘étais secrétaire d’Etat, il n’y avait pas d’entité organisationnelle clairement définie avec laquelle on pouvait négocier. On a rapporté des propos selon lesquels j’aurais dit que je ne savais pas quel numéro de téléphone composer.. Je ne suis pas certain d’avoir dit cela mais je pense aujourd’hui que c’est une bonne phrase alors pourquoi ne pas me l’attribuer” .

EuroNews

“Et vous savez qui appeler maintenant?”

Henry Kissinger

“Aujourd’hui, non seulement nous avons un numéro de téléphone mais c’est de mieux en mieux organisé ! Avant, pour chaque étape, il fallait l’approbation des ministres, maintenant il y a Javier Solana. Je pense donc que l’Union européenne va dans la bonne direction. Bien sûr, certains voudraient que les Européens évaluent le danger de la même manière que les Etats-Unis. Mais je ne crois pas qu’il y ait une crise. Des élections vont avoir lieu en France, des élections vont avoir lieu aux Etats-Unis. Il y a déjà un nouveau gouvernement en Allemagne. Et je pense que quand tous ces processus seront terminés, ce sera le bon moment pour aller vers des échanges plus étroits.”