DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Interview de Miguel Angel Moratinos, Ministre des Affaires étrangères espagnol

Vous lisez:

Interview de Miguel Angel Moratinos, Ministre des Affaires étrangères espagnol

Taille du texte Aa Aa

L’incertitude règne sur le sommet de Bruxelles. Les 27 parviendront-ils à se mettre d’accord sur un nouveau traité qui remplacerait la constitution européenne ?
Nous avons rencontré Miguel Angel Moratinos, Ministre des Affaires étrangères espagnol, à l’issue d’une réunion avec ses homologues européens dimanche à Luxembourg. L’Espagne et la France ont présenté une position commune sur les éléments de la Constitution à garder dans le traité. Parmi eux, le mode de calcul des votes, point auquel est formellement opposée la Pologne.

EuroNews :
Monsieur le ministre, bienvenue sur EuroNews. Tout d’abord : qu’attendez vous du prochain Conseil ? Il y a cette initiative franco-espagnole, qui a obtenu pas mal de succès auprès des autres ministres et des autres pays… Mais l’opposition de Varsovie ne semble pas avoir changé.

Miguel Angel Moratinos :
Cela a été important aujourd’hui que deux pays qui partaient de positions différentes, un pays comme la France qui avait refusé par référendum le traité constitutionnel, et un pays comme l’Espagne, qui l’avait approuvé et ratifié par référendum avec un oui massif, aient envoyé ce message politique : Comme quoi nos deux pays veulent, avec la présidence allemande, parvenir à un accord lors du prochain Conseil européen. Je pense que ce message est passé. Il y a des éléments que nous considérons comme substantiels dans le sens de pouvoir parvenir à un accord et à un mandat clair pour la prochaine présidence portugaise. Il y a des pays qui ont des problèmes, mais ces problèmes je pense que nous pourrons les résoudre avec la volonté de tous.

EuroNews :
Un problème fondamental persiste : Comment votera-t-on au Conseil ? Est-ce qu’on pourrait trouver une compensation, par exemple, au Parlement européen, en augmentant le nombre de députés ?

Miguel Angel Moratinos :
Par rapport aux milliers de décisions que prend l’Union européenne, il s’agit là de moments très particuliers, pratiquement sans importance. Ce qui compte c’est que les pays aient une capacité d’influence. Capacité d’influence dans les trois organes de l’Union : dans le Conseil, dans la Commission, dans le Parlement. Il y a donc beaucoup de marge de jeu, beaucoup d‘équilibres qui peuvent être atteints pour que chaque pays se sente à l’aise. Logiquement la Pologne est un grand pays, La Pologne a beaucoup d’habitants, elle a besoin de compter lors des grandes décisions, mais elle peut le faire en gardant la double majorité.

EuroNews :
L’Espagne et la Pologne se sont retrouvées d’un point de vue institutionnel dans une situation parallèle… Mais l’Espagne a réagit d’une autre façon, elle a ratifié la constitution par référendum, un référendum qui fut un succès du point politique, et marqué son soutien à l’Union européenne. Sont-ce des visions de l’Union européenne différentes et représentent elles les deux âmes qui coexiste actuellement dans l’Union européenne ?

M.A. Moratinos :
L’Espagne, qui est dans l’Union européenne depuis déjà 21 ans, a analysé les pour et les contre du changement de position, le système de voix pondérées du traité de Nice, et le passage au système de double majorité où l’on donne 65% à la population et 55% aux Etats. Nous avons mesuré les différentes options, étudié comment nos intérêts pouvaient en être affectés, et nous avons considéré que cela répondait pleinement aux intérêts de l’Espagne. Nous avons essayé de convaincre nos amis polonais qu’ils pouvaient vivre confortablement avec ce système.

EuroNews :
Y a-t-il un prix politique au fait d’avoir renoncé au mot “constitution” après l’avoir ratifié par référundum, après que le peuple espagnol ait dit “oui” à un traité qui se nommait constitution ?

M.A. Moratinos :
C’est logique, je l’ai dit au début. Nous avons cette volonté de nous rapprocher de ceux qui ont des difficultés avec le référendum, parce que le traité a été refusé. Mais il ne faut pas pour autant nous mettre dans une situation où nous serions obligés de refaire un référendum parce que la substance et l‘équilibre ne seraient plus respectés.
Par conséquent c’est un prix très élevé que nous payons, nous qui avions dit que nous accepterions de laisser tomber la référence constitutionnelle. Mais ce que nous n’allons pas permettre c’est que l’on élimine et que l’on ampute les éléments substantiels des avancées de l’Europe.

EuroNews :
Le cas de Cuba par exemple. L’Espagne parait avoir une position différente à celle d’autres pays vis à vis des relations avec l‘ìle ?

M.A. Moratinos :
Nous faisons une offre pour dialoguer avec les autorités cubaines sur tout. Et le plus important, même si ça n’a pas été souligné, c’est qu’il y a une nouvelle situation à Cuba, une situation politique différente. Et par conséquent devant cette situation politique l’Union européenne réagit comme l’a fait l’Espagne : en dialoguant avec les autorités. La logique voudrait que l’on parle avec les autres acteurs de la société cubaine, mais nous faisons une offre de dialogue sérieuse, constructive avec les autorités cubaines.

EuroNews :
Vous avez été envoyé spécial au Proche-orient, vous connaissez très bien la région, et celle-ci est est au coeur de la politique extérieure de l’Union européenne. La situation parait très difficile, le projet de grand Proche-orient des Etats Unis ne semble pas avoir fonctionné. Les projets européens ont également des difficultés, ils n’arrivent pas à décoller ?

M. A. Moratinos :
Avec cette situation critique, énormément complexe en ce moment dans les territoires palestiniens, nous ne pouvons pas permettre qu’il y ait une séparation ou deux entités différentes au sein de ce qui doit être un Etat palestinien unifié, un Etat palestinien sur les bases des frontières de 1967, l’Europe doit réaffirmer l’unité et l‘éventualité de cet Etat palestinien , et doit se mettre au travail immédiatement pour répondre aux difficultés vécues par la population palestinienne, mais en même temps avec un message clair et déterminé.

EuroNews :
Des militaires européens à Gaza, ce serait la solution ?

M.A. Moratinos :
Non, pas pour l’instant, parce que nous ne pouvons pas entrer dans un territoire dans lequel de façon absolument inacceptable les mouvements du Hamas ont cassé ce qui était la valeur de l’Autorité nationale palestinienne, et la légitimité du président Mahmoud Abbas. Et par conséquent nous devons signaler au Hamas qu’avec ce genre d’agissements l’Union européenne ne peut pas être complaisante, et nous devons rétablir l’ordre publique, la légalité à Gaza. Nous n’allons pas tolérer l’existence de deux Etats ou deux entité différentes dans ces territoires. Et pour cela nous avons besoin d’une Union européenne déterminée et engagée avec ces principes et ces engagements.

EuroNews :
Merci beaucoup monsieur le Ministre.