DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

José Sócrates : "avant nous étions à l'arrêt et maintenant nous avançons."

Vous lisez:

José Sócrates : "avant nous étions à l'arrêt et maintenant nous avançons."

Taille du texte Aa Aa

Le Portugal assume la présidence tournante de l’Union Européenne de juillet à décembre. Le Premier ministre portugais José Sócrates, a accordé une interview à EuroNews. Il y détaille sa vision de l’Europe, des relations entre les 27, et évoque les trois grandes priorités de l’agenda portugais : le nouveau traité, le Brésil et l’Afrique.

Voilà un an que le Portugal est associé de près aux agendas européens, grâce aux “présidences tripartites”. Cette innovation que l’on doit à la Finlande associe la présidence en cours avec les deux suivantes. José Sócrates loue les bienfaits de ce système :

José Sócrates :
Une chose m’a surpris : le fonctionnement entre les trois présidences a été si positif ! Au début, j‘étais un peu sceptique, mais c’est vrai que cette expérience est très positive. Cette décision de faire un programme conjoint a donné plus de stabilité à l’agenda européen.

EuroNews :
La présidence allemande avait établi comme objectif de relancer la Constitution européenne. Tant bien que mal, elle a réussi. Quel est l’objectif essentiel sur lequel la présidence portugaise ne doit pas échouer ?

José Sócrates :
L’Allemagne a réussi ce qu’elle voulait pour sa présidence : un mandat. Et nous devons transformer ce mandat en un traité. Nous savons tous que les dernières lignes droites sont toujours les plus difficiles, où surgissent toujours des sujets délicats. Mais nous sommes prêts. Bien sûr, cela va être très exigeant mais, comme je vous l’ai dit, nous sommes prêts. Je pense que les Européens, les politiciens européens, l‘économie européenne, les citoyens européens souhaitent que nous dépassions la crise le plus rapidement possible. Nous ne sommes ni trop ambitieux ni excessivement optimistes. Notre optimise n’est pas irréfléchi au point d’accélérer le calendrier. Je pense que le plus important est d’ouvrir la CIG le plus vite possible. Et nous allons l’ouvrir le 23 juillet, et nous verons s’il est possible d’achever tout le travail de concertation et de négociation pour qu’au prochain sommet européen, les dirigeants puissent discuter du texte. Et l’approuver !

EuroNews :
Et ce nouveau traité, au niveau national, sera-t-il soumis à référendum ?

José Sócrates :
Bon, je pense qu’il est prématuré de discuter de la méthode de ratification d’un traité qui n’existe pas. Nous n’avons pas de traité. Nous avons un mandat pour élaborer un traité. Qui sait comment sera le texte ? Personne ! C’est pour cela qu’il me paraît prématuré de discuter de la question de la ratification avant de connaître le texte. Je pense qu’ultérieurement nous devrons organiser un débat sur le sujet et j’y suis prêt.

EuroNews :
Ce que l’on sait déjà à propos de ce nouveau traité c’est que le système de vote par double majorité n’entrera en vigueur qu’en 2014, avec une période de transition qui va jusqu‘à 2017. Est-ce que cela signifie encore dix ans d‘éventuelle paralysie pour l’Europe?

José Sócrates :
Comme vous le savez, j’aimerais qu’il entre en vigueur immédiatement. Mais il se trouve que les traités n’entrent en vigueur que quand les 27 l’ont décidé. C’est le compromis qui a pu être trouvé. Et je pense qu’il est raisonnable. Si un pays a éventuellement des craintes, s’il estime que ses intérêts stratégiques sont menacés, cet ajournement est un ajournement raisonnable. Mais je comprends la position polonaise et je pense que l’accord auquel nous sommes arrivés, c’est l’accord qui a permis à l’Europe d’avancer. La vérité c’est qu’avant nous étions à l’arrêt et maintenant nous avançons.

EuroNews :
Avec les frères Kaczynski, comment est-ce que la présidence portugaise va s’y prendre ?

José Sócrates :
Le Portugal entretient un dialogue parfait avec la Pologne. La Pologne a tout intérêt à participer à l‘évolution et l’approfondissement du projet européen. Elle sait que l’Europe est un grand espace où elle peut s’affirmer et défendre ses propres intérêts. Et puis vous savez, nous sommes une union. Nous ne sommes pas une alliance. Et comme nous sommes une union, chacun est irremplaçable.

EuroNews :
En ce qui concerne le Royaume-Uni, pensez-vous qu’avec Gordon Brown il sera plus facile ou plus difficile de travailler qu’avec Tony Blair ?

José Sócrates :
Je ne connais pas Gordon Brown. J’espère le rencontrer bientôt. Je pense que nous avons déjà une réunion le 7 juillet. Mais je peux vous dire qu’avec Tony Blair – qui est un homme politique très réaliste et très pragmatique – l’entente a toujours été facile, car c’est un politicien pro-européen. Mais naturellement, il connait la singularité de l’Angleterre et, au Conseil, il a toujours eu des positions très claires, qui ont permis de maintenir l’Angleterre dans le bateau européen, tout en préservant ce que les Anglais considèrent être une sensibilité anglaise particulière.

EuroNews :
Les médias internationaux vous comparent à Tony Blair. Ils vous appellent “le Blair portugais”…

José Sócrates :
C’est un grand compliment. Mais je ne le mérite pas.

EuroNews :
Pourquoi pas?

José Sócrates :
Je pense que Tony Blair a apporté une très belle contribution au programme politique du centre-gauche en Europe. Cela a été très important, dans le sens de l’ouverture, dans le sens de la promotion d’une gauche cosmopolite et ouverte, une gauche moins défensive, plus offensive, plus tournée vers les réformes. Je pense que dans ce rôle, il a été irremplaçable et c’est pour cela que je pense que quelqu’un qui n’est que depuis deux ans et demi au gouvernement portugais ne mérite pas d‘être comparé à Tony Blair.

EuroNews :
En ce qui concerne la politique extérieure, la présidence portugaise débute par un sommet avec le Brésil.

José Sócrates :
Je ne cache pas ma grande satisfaction de commencer notre présidence justement par un sommet avec le Brésil, pays frère du Portugal. L’Europe a déjà un sommet avec la Russie, un sommet avec la Chine, un sommet avec l’Inde. Mais elle n’avait pas encore de sommet avec le Brésil. Si l’Europe veut avoir une politique compréhensive et cohérente il faut aussi intégrer le Brésil dans ces sommets.

EuroNews :
L’une de vos priorités c’est de donner un nouvel élan aux relations avec l’Afrique.

José Sócrates :
Entre 2000 et 2007, nous n’avons à aucun moment eu un dialogue politiquement structuré et institutionnalisé avec l’Afrique. Cela ne peut pas continuer ainsi. L’Europe a déjà décidé d’organiser un sommet avec l’Afrique pendant la présidence portugaise. Car il y a beaucoup de questions ouvertes qui en ont besoin : les questions de développement, les thèmes qui concernent les migrations et les flux migratoires, mais aussi les sujets relatifs aux maladies endémiques, à la lutte contre la pauvreté, aux questions du développement durable.

EuroNews :
C’est au cours de la dernière présidence portugaise de l’Union que l’Agenda de Lisbonne a été établi. Vous croyez toujours qu’en 2010 l’Europe sera l‘économie la plus compétitive du monde avec une situation de plein emploi ?

José Sócrates :
L’Europe est en phase de rattrapage. Non seulement elle va mieux, mais c’est aussi l’Agenda de Lisbonne qui commence à donner des résultats. Nous avons procédé à une très bonne révision de l’agenda en 2005. La tâche qui nous attend aujourd’hui, c’est une nouvelle révision, un nouveau cycle pour l’Agenda de Lisbonne. Et je pense que le Portugal est en mesure de réaliser ce travail. Nous sommes prêts à le faire, en conservant toujours cette pureté originale de la stratégie de Lisbonne : elle a une dimension économique très importante – la compétitivité – mais elle a aussi une dimension sociale et une dimension environnementale.