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Carla Del Ponte, procureur général du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie

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Carla Del Ponte, procureur général du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie

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A 60 ans, Carla Del Ponte est sur le point de quitter son poste de procureur général du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, un poste qu’elle occupe depuis 1999. Son mandat, qui expire en septembre, peut être prolongé jusqu‘à la fin de l’année. Quant au mandat du tribunal dans son ensemble, il peut être prolongé tant que ses principales missions ne sont pas accomplies. Vous le savez, Karadzic et Mladic n’ont toujours pas été arrêtés et le procès de Milosevic n’a pas été à son terme. Est-ce que c’est synonyme de défaite professionnelle pour Carla del Ponte? Elle répond dans une interview accordée à Euronews.

Carla Del Ponte: Pourquoi? Une mort naturelle, c’est quelque chose qui peut arriver dans la vie. Et malheureusement, Milosevic est mort deux mois avant la fin de son procès. Mais nous avons fait beaucoup d’autres procès. Le tribunal a inculpé 161 suspects et plus de 50 d’entre eux ont été jugés et condamnés; 17 sont en appel. Enfin je pense que nous sommes capables d’amener devant la Cour les principaux responsables des crimes commis dans l’ex-Yougoslavie durant le conflit: crimes contre l’Humanité, crimes de guerre et génocides. Et c’est cela qui est le plus important.

EuroNews: La Serbie et l’Union Européenne ont repris leurs négociations le 13 juin. Est-ce que ça signifie que la communauté internationale et vous, personnellement, avaient envoyé un signal très fort au sujet de l’arrestation de Karadzic et Mladic?

Carla Del Ponte: Ce qui est sûr, c’est que le nouveau gouvernement montre une réelle volonté polontique d’obtenir l’arrestation de ces fugitifs. Et au bout de quelques semaines, ils en ont livré deux: ZDRAVKO TOLIMIR et VLASTIMIR DJORDJEVIC. Donc je pense que maintenant, ils ont réellement la volonté d’arrêter les autres fugitifs, oui.

EuroNews: Imaginez que Belgrade n’arrête pas Karadzic et Mladic aussi rapidement que vous le souhaitez. Pensez-vous que dans ce cas, l’Union Européenne pourrait encore stopper les négociations?

Carla Del Ponte: Nous avons besoin d’une pression politique, nous avons besoin d’une aide politique de la part de l’Union Européenne pour obtenir l’arrestation des fugitifs. Et le commissaire Olli Rehn a dit l’autre jour que la Serbie, avant d‘être considérée comme candidate à l’entrée dans l’Union Européenne, devrait pleinement coopérer avec nous. Donc, en d’autres termes, cela signifie que la Serbie doit livrer les fugitifs avant d‘être en mesure de poursuivre son chemin vers l’Union Européenne.

EuroNews: Que pensez-vous des propositions internationales sur le futur statut du Kosovo? Leurs réalisations peuvent-elles devenir un obstacle pour la coopération entre la Serbie et le Tribunal?

Carla Del Ponte: J’espère que non. J’espère vraiment que non. Mon but est d’obtenir mes fugitifs. Bien sûr, je préférerais ne pas avoir d’autres obstacles que la bonne volonté du gouvernement serbe pour transférer les fugitifs.

EuroNews: Le manque d’initiative des Casques bleus néerlandais a créé les conditions pour le massacre de Srebrenica. Ne pensez-vous pas que la loi internationale devrait également être appliquée pour les Néerlandais?

Carla Del Ponte: Non, je suis la procureure pour la commission des crimes commis durant le conflit. Je ne suis pas autorisée à instruire sur les responsabilités morales et politiques, je ne suis pas chargée de la prévention des crimes. Les crimes doivent être commis avant que j’aie en charge la juridiction pour que je m’en occupe.

EuroNews: Lequel de ces cas était le plus important pour vous, d’un point de vue personnel?

Carla Del Ponte: Les réalisations du Tribunal ont rendu possible le fait de mettre les hauts responsables militaires et politiques devant cette commission. Ces gens qui n’ont pas exécuté les crimes, mais qui étaient assis à une table et ont organisé et planifié les crimes ont été amenés devant la justice. C’est ça, le principal accomplissement. Parce qu’après Nüremberg et Tokyo, cela n’avait jamais été fait, donc c’est un grande avancée. Je ne sais pas ce que je vais faire après car je suis tellement occupée en ce moment que je n’ai pas le temps de décider de ce que je vais faire après. Et bien sûr, cela dépend de mon gouvernement, auquel je suis rattachée. Quand je reviendrais, je serais encore rattachée au ministère suisse de la justice.