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Les craintes des producteurs sur le terrain

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Les craintes des producteurs sur le terrain

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Le vin, bien plus qu’un produit en Europe… Un art de vivre, un arôme attaché à son terroir. Alors forcément, la question de la réforme est sensible dans un milieu qui redoute l’uniformisation. Nous sommes dans le vignoble de la Moselle au Luxembourg, l’une des régions viticoles les plus au nord de l’Europe. Sur cette vallée, on revendique la production de vins de qualité. Et la perspective d’arrachages massifs inquiète. Pour Frank Linster, un viticulteur local, nul besoin d’y avoir recours ici : “Notre vignoble, qui est de très petite taille, produit tout juste ce dont on a besoin pour vendre, c’est-à-dire que l’on peut subvenir avec notre production aux besoins de nos marchés. On ne voit pas l’intérêt d’arracher dans nos régions.”

En réalité, seuls les producteurs les moins compétitifs seront incités à l’arrachage. Mais un autre volet de la réforme devrait s’appliquer ici : l’interdiction de la chaptalisation, qui consiste à ajouter du sucre dans le vin. Une pratique surtout utilisée par les viticulteurs du centre et du nord de l’Europe. Or ici, beaucoup estiment que la vraie raison de cette interdiction, ce sont les restrictions parallèlement imposées aux viticulteurs du sud. Ces derniers devraient être privés des aides à la fabrication du moût, le marc de raison pressé.

“On veut l’interdire parce que dans le sud on supprime les subventions pour la fabrication de moût concentré. Ca va augmenter les coûts de production dans nos régions”, explique le responsable de la chambre de l’agriculture du Luxembourg.

Bruxelles veut aussi et surtout mettre fin aux productions excédentaires, pour la plupart des vins de faible qualité, qui lorsqu’ils ne trouvent pas preneur sont distillés aux frais de l’Union européenne. En Espagne, on soutient l’interdiction d’ajout de sucre, mais pas les arrachages qui devraient toucher les grands pays producteurs. Le sentiment de l’eurodéputé vert David Hammerstein : “Il y a une connexion entre l’arrachage et le sucre. Ils veulent éliminer une grande partie de la production dans le sud de l’Europe, qui est la production la plus naturelle, et rendre l’Europe beaucoup plus dépendante des importations de moûts et de vins en provenance de l’extérieur de l’Europe.”

Andreas Schneider est un analyste spécialisé dans les dossiers agricoles. Pour lui, il ne s’agit pas d’une guerre du vin nord-sud, mais bien d’une question de qualité : “Allons, le vin devrait être un produit pur. Il ne devrait pas y avoir d’adjonction de sucre. Si vous n‘êtes pas capable de produire un bon vin, sans y mettre du sucre, alors, vous ne devriez peut-être pas en produire. Et je pense qu’une partie du problème en ce qui concerne le vin européen, c’est qu’il y a trop de vins de table.”

En Moselle luxembourgeoise, les vins les plus prisés viennent des coteaux les plus pentus et les plus difficiles à cultiver. Choisir la qualité, c’est le pari de Bruxelles pour défendre la place de numéro un de l’Europe. Mais en encourageant aussi l’industrialisation, la Commission remet en question toute une tradition, chère à bon nombre de producteurs.