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Pat Mac Quaid: "Travailler avec ASO"

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Pat Mac Quaid: "Travailler avec ASO"

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Le Tour de France a retrouvé ses vieux démons du dopage. Alexandre Vinokourov, Micha¨l Rasmussen, Iban Mayo ou encore Patrick Sinkewitz: comme prvu, ils ont animé la course…mais pas franchement comme on l’attendait. Ces quatre coureurs ont été exclus de la Grande Boucle.
Malgré ce climat tendu, Pat MacQuaid, le président de l’UCI, l’Union Cycliste International, souhaite continuer sa collaboration avec ASO, les organisateurs du Tour.

On a de nouveau appris qu’une star du cyclisme, l’Espagnol Iban Mayo, a été testé positif à l’EPO. Quel est le sentiment de l’UCI par rapport à cette information ?

De la stupéfaction et du chagrin parce qu’une fois encore, une grande star s’est fait prendre, mais en même temps du réconfort, tout simplement parce que ce contrôle montre que le système fonctionne, que les tests et les contrôles que nous mettons en place permettent d’arrêter les tricheurs et de les exclure.

Il semble peu probable que quelqu’un avec une certaine connaissance de ce sport, comme Mayo, puisse prendre quelquechose d’aussi facilement détectable, comme l’EPO de nos jours.

ça semble incroyable en effet et ça montre comment la stupidité de ces coureurs peut être mis à jour avec toute la pression qui entoure le Tour de France. C’est la principale course, donc les coureurs veulent vraiment obtenir un bon résultat, et c’est encore plus vrai pour les plus âgés d’entre eux : c’est peut-être leur dernière chance de faire un résultat sur le Tour. Donc ils sont prêts à prendre des risques.

Selon l’UCI, Michaël Rasmussen pouvait prendre le départ de la course. Qu’est ce qui a motivé la décision de l‘écarter de la course alors qu’il avait endossé le maillot jaune et qu’il était en passe de gagner le Tour ?

C’est simplement que son équipe a découvert qu’il était allé s’entraîner au Mexique. Dans le même temps, David Cassani, un ex-cycliste italien et désormais commentateur TV, l’a vu s’entraîner dans les Dolomites, en Italie. Il a donc donné de fausses informations à son équipe, et par extension à l’UCI, sur son lieu d’entraînement.
Rasmussen a donc menti à son employeur et dans ce cas, il doit être considéré comme un tricheur. Donc son équipe a perdu confiance en lui et l’a exclu de la course.

Ce week-end, devant des millions de téléspectateurs, ASO, l’organisateur du Tour de France, a qualifié l’UCI d’incompétente et a demandé votre démission. Quelle est votre réponse à ses critiques publiques ?

Je ne peux pas l’accepter du tout. Et je ne peux certainement pas accepté non plus ces attaques visant l’UCI. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi les responsables d’ASO effectuent une telle sortie médiatique.
Je veux bien croire qu’ils sont sous pression et qu’il y a beaucoup d‘émotion dans leurs paroles en ce moment à cause de tout ce qui s’est passé dans les derniers jours du Tour de France, ce qui les a peut-être influencés. Mais comment peuvent-ils proclamer que l’UCI est incompétente quand l’UCI met en place des contrôles anti-dopages sur le Tour et que l’UCI, toujours, attrape les tricheurs et les exclut.
Les responsables d’ASO cherchent un bouc-émissaire et ont une stratégie qui consistent à expliquer qu’ils ne font pas d’erreurs.
Durant les dernières années, l’UCI a très bien développé le cyclisme à travers le monde. C’est une menace pour ASO, et ils ont peut-être pensé, à tort, que c‘était une menace contre le Tour de France.

L’UCI a été récemment critiqué par ASO et également l’AMA, l’Agence Mondiale Anti-dopage. Son président, Dick Pound, a affirmé que vos tests étaient inadaptés parce que vous contrôlez le maillot jaune, le vainqueur de l‘étape et quelques autres coureurs dans un peloton de 150-200 coureurs. Quel est votre réponse au sujet de ces attaques de Dick Pound.

Premièrement, Dick Pound nous a critiqués l’année dernière parce que nous ne faisions pas assez de contrôles en dehors des compétitions. Il déclarait que la meilleure période pour attraper les tricheurs était pendant leur préparation. Donc cette année, nous avons fait beaucoup de contrôles pendant cette période, et dans les faits, nous en avons effectué 180 dans les six semaines précédant le Tour de France, soit plus que durant toute l’année dernière. C’est même la majorité des tests.
Durant la course elle-même, nous contrôlons le vainqueur de l‘étape, le leader de la course ainsi que deux ou trois coureurs. En plus de ces tests, nous nous rendons chaque matin dans les hôtels de quatre ou cinq équipes pour d’autres contrôles, ce qui fait environ 40 contrôles sanguins par jour. Et nous avons accès aux résultats immédiatemment. Si nous constatons une irrégularité dans le sang d’un coureur, nous le visons particulièrement à la fin de l‘étape pour un nouveau test.

Donc dans le cas, par exemple, d’Iban Mayo, quelquechose dans le premier test vous a permis de constater qu’il pouvait être soupçonné de dopage ?

ça a pu être le cas, effectivement.

Voulez-vous poursuivre votre implication dans le Tour de France ces prochaines années ?

Je l’espère. Je sais qu’il y a eu beaucoup de règlements de comptes pendant le Tour de France alors qu’une partie de la stratégie d’ASO a été d‘ébranler l’UCI. Dans le même temps, la plupart d’entre eux ont subi une période difficile sur le plan émotionnel. Je voudrais penser que dans quelques semaines, lorsque tout le monde aura retrouver son calme, ils réaliseront que nous avons besoin de travailler ensemble pour le bien de ce sport.

Pensez-vous que le cyclisme est le champ de bataille sur lequel la guerre contre le dopage a été concentrée ?

Je pense que c’est certainement le champ de bataille sur lequel tout le monde est concentré en ce moment, parce que nous sommes en première ligne, nous offrons une énorme publicité et le fait est que nous avons deux cas de dopage, deux cas positifs sur le Tour de France la semaine dernière. Quand vous avez environ 1200 média qui couvrent la course, les proportions s’amplifient forcément.

Donc le cyclisme est en train de sortir doucement du côté obscur pour retrouver la lumière, si on peut dire.

Je suis complètement d’accord, et quand j’avais été élu président de l’UCI il y a deux ans, j’avais déclaré qu’il y avait une culture du dopage dans le cyclisme.

Imaginons Pat, je suis un jeune coureur. Je perds les courses, je veux m’améliorer avec certains produits, je prends ces produits et mes performances s’améliorent. Quel est la suite habituelle dans ce genre de cas ?

Au plus haut niveau, vous avez des situations comme celles rencontrées avec le Docteur Fuentes en Espagne, qui a une clientèle d’environ 60 ou 70 sportifs, pas uniquement des cyclistes mais venant de tous les sports. Il récupérait environ 30 à 40 mille euros par client pour un traitement. Il retirait du sang, le transformait avec des produits interdits et réinjectait le sang en fonction du besoin du client.
C’est vraiment une forme sophistiquée du dopage. Le dopage dans le sport n’est pas différent de la drogue dans le société. Dans ce cas, vous avez un groupe mafieux qui fournit de la drogue aux enfants au coin de la rue. C’est pareil en sport.

C‘était une année de purification pour le Tour de France. Pensez-vous que le cyclisme pourra chasser cette zone d’ombre pour retrouver sa bonne santé ?

Le Tour de France a déjà traversé des périodes noires dans le passé et a toujours réussi à s‘échapper. Il a plus de 104 ans et c’est une institution en France. Le cyclisme lui-même s’améliorera certainement, nous en avons les preuves.
Vous savez, je pense qu’entre l’année dernière et cette année, le cyclisme a pris un nouveau tournant. Grâce à tous ces scandales, tout le monde dans le sport, et moi inclus, a réalisé que nous ne pouvons plus baissé notre attention. Nous devons nous montrer rigoureux à 100% sur le principe de la tolérance zéro.