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Le Patriarche de Moscou s'explique sur le rôle de l'Eglise orthodoxe en Russie

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Le Patriarche de Moscou s'explique sur le rôle de l'Eglise orthodoxe en Russie

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Visite inédite d’Alexis II en France. Sa Sainteté le Patriarche de Moscou et de toute la Russie a ainsi répondu à l’invitation de l’Eglise catholique. Avant de recontrer les évêques de France, à Paris, ce haut-dignitaire religieux s’est rendu à Strasbourg. Devant les parlementaires du Conseil de l’Europe, il a dénoncé une “fracture entre la morale et une nouvelle génération des droits de l’Homme”. “Les valeurs libérales qui ont cours en Occident sont en train de s’effondrer”, a-t-il affirmé.

A l’issue de ce discours, il a accepté de répondre en exclusivité aux questions d’Euronews. L’occasion de s’expliquer sur le rôle de l’Eglise orthodoxe dans la Russie d’aujourd’hui.

Euronews : “Votre Sainteté, bienvenue sur Euronews. L’Eglise Orthodoxe russe entretient des liens étroits avec l’Etat. Dans quel domaine se passe cette collaboration, et est-ce que cela vous paraît normal ?

Alexis II : Je pense que nous avons beaucoup de missions communes. Et ces charges, nous pouvons les assumer ensemble. Il y a, par exemple, la question de la sécurité sociale, le maintien des relations pacifiées entre les différentes religions dans notre pays, la prévention des tensions entre les communautés et les groupes religieux.
Cela prouve que l’Eglise orthodoxe russe n’est pas éloignée des préoccupations de la population. Notre Eglise et l’Etat russe ont tout deux les mêmes préoccupations sociales. Nous sommes soucieux du bien-être de la population et de son avenir.

Euronews : Plusieurs intellectuels russes ont récemment critiqué je cite “le rôle excessif joué aujourd’hui par l’Eglise orthodoxe dans la vie de la nation”. Comment est-ce que vous, vous qualifiez l’influence de votre Eglise en Russie ?

Alexis II : Je ne pense pas que le rôle de l’Eglise orthodoxe soit excessif. Au début des années 90, nous avons décidé qu’aucun de nos prêtres ne pouvait être élu au Parlement ou bien avoir des responsabilités au sein des pouvoirs publics.
Notre mission est pastorale. Nous devons répondre aux besoins des croyants, en évitant de nous impliquer dans la vie politique. Alors certes, nous avons suggéré que les fondements de la culture orthodoxe fassent l’objet de cours dans les écoles.
En effet, nous sommes convaincus que toutes les personnes éduquées en Russie doivent connaître l’histoire de leur pays, y compris l’histoire millénaire de la foi orthodoxe en Russie. Saisir la dimension éthique et comprendre les fondements de la culture orthodoxe, cela doit être une obligation pour tous les Russes.

Euronews : Est-ce que votre Eglise coopère avec les autres grandes religions représentées en Russie ?

Alexis II : Nous avons mis en place un Conseil inter-religieux qui se réunit quatre ou cinq fois par an. Nous discutons des problèmes qu’il pourrait y avoir entre nous, et nous essayons d’y apporter une réponse. Dans l’ensemble, il n’y a pas d’hostilité entre nous, nous avons de bonnes relations, même si il y a des désaccords sur certains sujets.
Chacun a le droit d’exprimer ses opinions. C’est le cas, par exemple, en ce qui concerne l‘éducation religieuse. Sur ce sujet, notre position est ferme.
Tant pis pour les Académiciens qui nous reprochent ce qu’ils appellent la “cléricalisation de la société” !
Nous sommes très respectueux du principe de séparation entre Eglise et Etat – un principe inscrit dans la constitution.
Ce qu’on voit, c’est que le nombre de croyants en Russie est en augmentation. Et notre devoir est de répondre à leurs besoins spirituels.

Euronews : Dans ce Conseil inter-religieux, est-ce que vous parlez de la situation des Droits de l’homme en Russie ?

Alexis II : Bien sûr. Nous sommes persuadés que les droits humains doivent être protégés, mais dans un cadre clair en matière éthique.

Euronews : Dernière question. Comment voyez-vous le dialogue entre l’Eglise orthodoxe russe et l’Eglise catholique romaine ? Quels sont obstacles éventuels au dialogue entre les deux ?

Alexis II : Je crois qu’il existe des défis communs aux deux Eglises, orthodoxe russe et catholique. Je pense notamment au respect des valeurs spirituelles et éthiques, à la défense des valeurs familiales. Il nous faut résister à la propagande immorale qui a tendance à envahir les médias.
Ensemble, nous devons faire front pour protéger les valeurs spirituelles et éthiques. Pour nous, cela est sacré. Et c’est ce que nous devons transmettre à nos fidèles.”