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Abdullah Gul : "Au fond de leur coeur, les turcs soutiennent le processus d'adhésion à l'Union européenne"

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Abdullah Gul : "Au fond de leur coeur, les turcs soutiennent le processus d'adhésion à l'Union européenne"

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Islamiste modéré sans doute, européen convaincu sûrement, Abdullah Gul, le nouveau président de la République turque élu fin août, préfère parler de démocratie que de laïcité. C’est dans ce contexte qu’il a fait cette semaine le voyage vers Strasbourg. Controversé dans son propre pays, l’ancien chef de la diplomatie turque et membre fondateur du Parti de la Justice et du Développement, l’AKP au pouvoir, compte bien utiliser les dossiers internationaux pour asseoir sa toute fraîche autorité dans l’exercice de la charge suprême.

Christophe Midol-Monnet, European Affairs Editor, Euronews: Président Gul, bienvenue et merci d’accorder cette interview à Euronews dans les studios du conseil de l’Europe.

Abdullah Gul, Turkish President: Merci beaucoup

Euronews : Alors que les leaders politiques défilent à l’Assemblée générale des Nations Unies, vous avez choisi d’apparaître sur la scène internationale ici à Strasbourg plutôt qu‘à New York. Pourquoi ?

Abdullah Gul : La Turquie fait partie de l’Europe. C’est un pays qui partage les valeurs de l’Europe. Quand je parle des valeurs de l’Europe, je fais référence à la démocratie, au respect des droits de l’homme, à l’Etat de droit, à l‘économie de marché. Toutes ces valeurs, nous les partageons. La Turquie fait d’ailleurs partie des institutions européennes depuis le début. C’est un membre fondateur du Conseil de l’Europe et je ferai le maximum pour que la Turquie poursuive ses négociations avec l’Union européenne. Je soutiendrai ce processus.

Euronews : Tablez-vous prochainement sur un nouveau départ dans les négociations entre la Turquie et l’Union européenne ?

Abdullah Gul : Certains en Europe pensent que la Turquie va rejoindre l’Union pas plus tard que demain. Mais ce n’est pas le cas. Ce sera un long processus. La Turquie n’a pas une attitude dictée par l’urgence, une attitude rigide. Mais la chose la plus importante c’est d’accomplir le processus de négociations avec succès. Et ce qu’on entend par là c’est que la Turquie doit réaliser tout ce qu’on lui demande. Toutes les dispositions, les règlements, les normes qui doivent être traduites au niveau de l’Union européenne. Donc, la Turquie va travailler, va montrer des résultats qui seront examinés de près par l’Union européenne.

Euronews : Comment analysez-vous la réelle baisse du soutien à l’entrée dans l’Union européenne au sein de l’opinion publique turque?

Abdullah Gul : Bon, je ne pense pas qu’il faille voir cela de façon négative. En fait une grande majorité de la population turque soutien l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Mais il y a une certaine désillusion. Ouvertement, honnêtement je dois le dire : à mesure que la Turquie réalise de profondes réformes, le peuple turc trouve qu’elles ne sont pas suffisamment appréciées par l’Union. Malheureusement nous devons aussi lutter contre la terreur. Et des innocents perdent leur vie à cause de ça. Et nous ne trouvons guère de soutien dans notre combat contre le terrorisme. Tout ceci attriste le peuple turc. Il y a eu aussi certaines promesses qui ont été faites et qui n’ont pas été tenues, particulièrement après le Oui des chypriotes turcs au plan Annan. Tout ceci déçoit la population turque. Et puis il y a un autre problème: parmi les Etats membre de l’Union européenne, on instrumentalise parfois en politique intérieure l’hostilité à la Turquie. Cela déçoit aussi la population turque. Voilà les raisons pour lesquelles il semble que le soutien à l’adhésion décroisse. Mais en fait, tout au fond de leur coeur, les turcs soutiennent le processus d’adhésion.

Euronews : Un grand débat a été lancé en Turquie sur la réforme de la constitution. Qu’est-ce qu’il faudrait changer ou améliorer ?

Abdullah Gul : La Turquie est une société très ouverte. Chaque chose est discutée d’une façon très ouverte. Chacun met ses idées en avant. Même les idées les plus extrêmes sont discutées. Mais le point commun c’est que la constitution a besoin d‘être changée et deuxièmement, les principes prioritaires de la constitution qui sont la démocratie, la laïcité, la préoccupation sociale avec la prééminence de l’Etat de droit, ces principes doivent être maintenus. On ne doit pas revenir dessus. Tout le monde pense la même chose sur ce sujet. La Turquie restera toujours un Etat démocratique avec la suprématie de l’Etat de droit. Le contraire est impensable.

Euronews : Sur le dossier spécifique de la liberté d’expression, quand pensez-vous que l’article 301 du Code pénal turc sera aboli?

Abdullah Gul : Maintenant je voudrai dire la chose suivante. La liberté d’expression existe en Turquie. Mais il y a cette perception au sein de l’opinion publique européenne que la plupart des écrivains, des auteurs, des journalistes, même le Prix Nobel, notre grand auteur Orhan Pamuk, ou Elif Shafak : eh bien, il y a cette idée que tous ces gens ont été arrêtés et emprisonnés à cause de l’article 301, alors que cela n’a été vrai pour aucun d’entre eux. Mais puisque que cet article véhicule une si mauvaise image, je pense que certaines améliorations devraient être apportées à cet article. C’est pourquoi la Grande Assemblée nationale turque – le parlement turc – et le gouvernement vont commencer à travailler là-dessus.