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Madrid, la nuit du 17 mars 2005. Après avoir trôné pendant 45 ans sur la place de San Juan de la Cruz, la statue équestre du général Francisco Franco est enlevée. Un tabou est tombé, d’autres villes espagnoles font à leur tour retirer des symboles forts de la dictature franquiste.

Bientôt, ce sera une obligation. L’article 15 de la loi dite de “mémoire historique” établit le retrait des monuments, plaques et noms de rues exaltant le soulèvement militaire du 18 juillet 1936, la guerre civile ou la répression de la dictature franquiste. Sont concernés tous les bâtiments publics et privés, y compris ceux de l’Eglise Catholique. Cependant, les églises pourront invoquer des motifs artistico-religieux pour conserver certains insignes franquistes.

El Valle de los Caídos, l’imposant site à la gloire du franquisme, se voit consacrer à lui tout seul l’article 16. Construit par des prisonniers républicains en 1942, il abrite la dépouille de Francisco Franco et de son mentor idéologique, José Antonio Primo de Rivera. Chaque année, le 20 novembre, le mausolée est le théâtre de manifestations des nostalgiques de la dictature. Elles seront interdites par la nouvelle loi, qui prétend ainsi dépolitiser le monument.

La loi reconnaît aussi l’aide à la localisation et à l’exhumation des corps jetés dans des fosses communes lors de la guerre civile. Un autre tabou levé ces dernières années.

Car la plupart des victimes républicaines ont été inhumées sans le consentement des familles. C’est le cas de la mère de Vicente, fusillée avec trois hommes, par des phalangistes, sur le bord d’une route, en août 1936. “En l’an 2000, j’ai dit à mon fils que j’avais presqu’envie d’aller moi-même excaver le sol avec mes propres mains pour trouver les restes de ma mère.”

La loi reconnait aussi le droit à la nationalité espagnole aux enfants et petits-enfants des exilés républicains, ainsi que la reconnaissance des victimes des deux camps. En revanche, elle se limite à déclarer “illégitimes”, et non pas nuls, les tribunaux d’exception franquistes, qui à partir de 1937, ont signé 50 000 condamnations à mort, certaines rétroactives comme celle de Blas Infante, le politicien andalou, fusillé en 1936 et jugé six ans plus tard.

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