Yves Leterme vient d‘être nommé Premier ministre en Belgique, après une longue et turbulente négociation politique et communautaire, entre flamands et francophones. La Belgique est restée presque un an sans gouvernement. Le moment est donc très délicat pour une coalition gouvernementale disparate, composée de partis d’habitude opposés sur plusieurs dossiers. Il s’agira donc de trouver la solution magique pour des problème telles que le séparatisme, l’autonomie et les équilibres entre régions riches et régions pauvres du pays. Entretien.
EuroNews: Monsieur le Premier ministre, merci de nous avoir accordé cette interview, bienvenue sur EuroNews. La Belgique traditionnellement est un pays très pro-européen, certains de vos prédécesseurs se disaient fédéralistes européens, est-ce que vous êtes un fédéraliste européen aussi ? Est-ce que ça existe encore surtout à votre avis ?
Yves Leterme: Je le suis en effet, d’ailleurs j’ai encore suivi des cours de fédéralisme européen durant mes études universitaires, j’ai travaillé aux institutions européennes, donc je suis vraiment un européen convaincu, donc je crois même qu’il est difficile d‘être d’aujourd’hui Belge sans être vraiment convaincu de la valeur ajoutée de l’Union européenne.
EuroNews: Est-ce qu’on peut être fédéralistes en Europe et confédéraliste en Belgique?
Yves Leterme: Oui, ça doit être possible, je veux dire les institutions évoluent, mois je suis le Premier ministre d’un gouvernement qui a un programme de réformes des institutions, réformes de l’Etat aussi et donc ce programme de gouvernement cadre très bien dans l‘évolution européenne aussi.
EuroNews: Mais vous venez quand même d’une phase assez difficile, d’un point de vue justement équilibre interne de l’Etat avec une forte polémique entre une approche fédérale et une approche confédérale, donc vous devrez maintenant trouver un équilibre entre les deux positions. Est-ce qu’elles sont conciliables ?
Yves Leterme: Disons que l’attractivité de la Belgique… Mais la difficulté parfois dans la gestion journalière c’est vraiment d‘être à cheval sur la frontière non seulement linguistique mais aussi sur la frontière des grandes cultures européennes et donc ça rend le modèle belge tres attrayant, mais parfois il est difficile de trouver des accords. Il est vrai que durant les mois passés pour arriver à un bon équilibre, un nouvel équilibre de nos institutions, une meilleure répartition des compétences et des responsabilités, il a fallu négocier et il a fallu trouver des possibilités d’accords, des procédures et donc pour l’instant, il y a un gouvernement qui a une majorité assez large et qui a déposé au Sénat une proposition de loi spéciale concernant un rééquilibrage des institutions et un transfert des compétences vers les régions et communautés. L’objectif est pour l‘été prochain d’arriver à un deuxième accord encore une fois sur, d’une part ,des garanties quant au fonctionnement de l’Etat fédéral, et d’autre part des transferts supplémentaire des compétences.
EuroNews: Comme par exemple la régionalisation de l’emploi ? Est-ce que vous pensez que par exemple la partie wallonne de la Belgique pourrait être intéressée par un transfert comme ça ?
Yves Leterme: Mais je crois que chacun qui regarde avec une certaine objectivité la situation, enfin, doit constater d’abord qu’il y a le drame social du taux de chômage quand même très élevé, plus particulièrement dans certaine parties de la Wallonie. Il ne faut pas généraliser. Il y a d’autre part Bruxelles, le drame bruxellois. Bruxelles tout en étant le moteur économique de notre pays, le moteur principal économique de notre pays, n’arrive pas à insérer, à donner assez d’opportunité, de possibilité aux demandeurs d’emploi sur son propre territoire. Et donc je crois qu’il faut surtout essayer dans les mois qui viennent de trouver des moyens pour permettre aux régions, aux parties de la Belgique d’avoir un travail sur mesure. Les problèmes dans la plupart des territoires de la Wallonie ne sont pas les mêmes que les problèmes qu’on trouve en Flandre. Pour donner un exemple le taux de chômage est en Flandre un tiers ou la moitié du taux de chômage existant en Wallonie.
EuroNews: Les partenaires plus durs actuellement au gouvernement, qui étaient les plus durs même dans les négociations pour la formation du gouvernement, comme certains partis francophones sont-ils d’accord avec cette approche là ?
Yves Leterme: En tout cas dans l’accord gouvernemental et aussi dans l’exposé des motifs de la proposition de loi qui a été déposée au Sénat, qui est souscrite par non seulement les partis de la majorité, mais aussi une grande partie des partis de l’opposition, il est dit, il est écrit, que nous voulons des réformes au niveau du fonctionnement du marché du travail et au niveau des responsabilités des divers gouvernements de la Belgique en ce qui concerne les politiques de l’emploi.
EuroNews: La Commission européenne a regardé, disons avec une certaine difficulté la question du code de logement pour les logements sociaux, qu’est-ce que vous pensez de cette position européenne ?
Yves Leterme: En tout cas pour avoir décidé, j‘étais un des décideurs concernant le wooncode, le code de logement, je défends ce wooncode. L’objectif du wooncode c’est d’essayer d’utiliser la demande qu’ont des personnes individuelles, des foyers familiaux pour une maison sociale, une maison qui est mise à disposition à des conditions sociales, c’est d’utiliser cette demande comme méthode d’intégration et donc l’intégration ça passe entre autre par la disponibilité pour apprendre une langue et je crois qu’au-delà de tous le traités, accords, règlements etc, il est important qu’il soit offert aux gens la possibilité de s’intégrer, de se sentir disons le bienvenue dans une communauté et ça passe par la maîtrise ou au moins la disponibilité d’apprendre une langue.
EuroNews: Est-ce que à votre avis il n’y a pas un peu de discrimination là-dedans ?
Yves Leterme: Ce n’est pas à moi de juger.
EuroNews: Pour les Nations unies peut-être…Les Nations unies ont une position à ce sujet.
Yves Leterme: Quelle est votre question ?
EuroNews : Justement est-ce qu‘à votre avis il y a une forme de discrimination sur la base linguistique ?
Yves Leterme : Monsieur, moi j’ai participé à la prise de décision sur le wooncode, je crois que l’objectif est très clair et net, c’est d’utiliser la demande que peuvent avoir des individus des foyers familiaux pour une maison sociale, comme moyen, comme moment, comme méthode d’intégration, je note d’ailleurs que plusieurs spécialistes francophones aussi dans ce pays ont dit qu’en effet l’intégration d’individus des familles, par exemple issues de l’immigration passe par une connaissance de la langue… Je crois que par exemple les juristes qui approchent ce dossier devraient savoir qu’au delà de leurs cogitations très intéressantes au niveau juridique, il y a un drame sociale qui se passe. Vous savez la connaissance insuffisante d’une langue, par exemple le Français ou le Néerlandais en Belgique est source d’injustices sociales: il y a des gosses, maintenant, des enfants qui débutent leur scolarité sans connaître ni le Français, ni le Néerlandais. Et donc au-delà de Nations unies, l’Union, la Commission européenne etc, et les rapports très savants qu’ils ont publiés, il faut surtout essayer de résoudre cette question sociale et je crois qu’offrir tant aux enfants, à leur famille, en ce qui concerne le logement social, les demandeurs d’un logement social, la possibilité de s’intégrer via la langue, c’est vraiment offrir aussi un moyen d‘émancipation sociale.
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