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Liban : Entretien avec Walid Joumblatt, figure emblématique de la contestation anti-syrienne

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Liban : Entretien avec Walid Joumblatt, figure emblématique de la contestation anti-syrienne

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Walid Joumblatt est le Président du Parti Socialiste Progressiste libanais, le PSP, et le leader de la communnauté Druze.

Depuis deux ans, le pays connait une grave situation de blocage.
Toutefois un accord politique a été trouvé en mai, à Doha, au Qatar.

Il a abouti à l‘élection d’un nouveau président -Michel Sleimane – et prévoit la formation d’un gouvernement d’union nationale.

Notre correspondant Mohamed Abdel Azim a rencontré Walid Joumblatt au siège du PSP à Beyrouth pour faire le point…

Euronews : Walid Jumbalt bienvenue sur Euronews

Walid Joumblatt : Bonjour

E : Walid Jumblat est-ce que la vie politique libanaise est revenue à la normale?

WJ : En quelque sorte oui, la vie politique est revenue à la normale. L’opposition a levé le camp du centre de Beyrouth. Nous avons un président de la République. La vie reprend son cours oui, mais nous devons composer avec le fait que nous avons un Etat libanais et l’Etat de la Résistance, j’entends par là : l’Etat du Hezbollah.

E : Cela veut-il dire que le Hezbollah est un Etat dans l’Etat?

WJ : Tout à fait, je l’ai dit par le passé et je le redis aujourd’hui. Les puissances régionales que sont la Syrie et l’Iran ont fait en sorte que le Hezbollah devienne un phénomène politique militaire autonome avec lequel nous devons cohabiter. Ceci est, certes, bizarre comme situation mais nous devons faire avec.

E : Est-ce que l’Iran a encore une mainmise sur la politique libanaise?

WJ : J’espère que les dirigeants iraniens reconnaitront l’Etat libanais au lieu de fournir toute cette aide financière et militaire au Hezbollah. J’ose espérer qu’il est temps que le soutien de l’Iran en armes et en argent aille à l’Etat libanais.

E : Y’ a-t-il des obstacles qui empêchent la formation du nouveau gouvernement?

WJ: Il y a toujours des obstacles lorsqu’il s’agit de former un gouvernment. Car nous avons au Liban le système des quotas impartis à chaque communauté. En tout cas, c’est une mission que le Premier ministre Fouad Saniora est en train d’accomplir doucement mais sûrement.

E: Quels sont les scénarios possibles si jamais le nouveau gouvernement ne voit pas le jour assez rapidement?

WJ : Il est normal qu’il y ait des difficultés. Cela dit, je crois que les consultations entre le Premier ministre Saniora et le President Michel Sleimane aboutiront à une solution qui satisfait tout le monde.

E : Vous avez dit par le passé que le Liban a besoin du bras armé du Hezbollah pour se défendre. Maintenez-vous cette opinion ?

WJ : Je n’ai pas dit cela. J’ai dit qu’il est important d‘établir une stratégie défensive de manière à ce que l’armement du Hezbollah soit dans le cadre de l’Etat libanais. Aucun parti ne peut détenir des armes plus sophistiquées que celles en possession de l’Etat ou qu’il ait les mains libres pour décider de la guerre ou de la paix quand bon lui semble.
Mais ceci est lié, bien sûr, à la situation régionale.
Vous savez que le Hezbollah est un phénomène politique, sécuritaire et militaire avec une dimension régionale incarnée par l’Iran et la Syrie.

E: Lors de la rencontre entre le président syrien Bachar al Assad et l’Emir du Qatar, il y a eu des appels à la solidarité arabe afin de renforcer le consensus libanais.
Peut- on entendre par là que le consensus n’est pas encore au rendez-vous ?

WJ : Quel consensus?

E : Le consensus inter-libanais et la solidarité arabe.

WJ : Ce qui est certain est que je ne veux pas que le président syrien vienne au Liban.
Et si cette visite est inéluctable, que le président Assad rencontre le président Michel Sleimane à la frontière syro-libanaise. Comme ce fut le cas avec le président Gamal Abdel-Nasser et le Président Fouad Chihab. Bien sûr la comparaison ne tient pas pour le Président Assad avec le Président Nasser.
Cette rencontre à la frontière peut être un premier pas dans la reconnaissance de l’entité libanaise.
Mais que le président Bachar vienne au Liban dans un contexte de division politique exacerbé, je ne suis personnellement pas pour.

E : Vous êtes en train de dire donc au Président syrien “Restez ou vous êtes, vous n’avez rien à faire au Liban” ?

WJ : Ceci est mon avis personnel.
Nous avons eu des divergences profondes avec le régime syrien après que Damas ait soutenu la prolongation du mandat du Président Emile Lahoud en 2004.
Le prix de cette prolongation a été le sang versé par le Premier ministre Rafik Hariri et celui de tous les martyrs du mouvement de l’indépendence du Liban.
C’est pour cela, je le dis: mon opinion n’a pas changé.

E : Depuis quelques temps, certaines thèses soutiennent que la Syrie ne serait pas impliquée dans l’assassinat de Rafik Hariri et que des puissances régionales ou des services de renseignement régionaux seraient à l’origine de l’attentat.

WJ : Tous ceux qui se sont opposés à la présence syrienne, à la prolongation du mandat du Président Lahoud, ont appelé à l’indépendence du Liban et à des relations d‘égal à égal avec Damas, pourquoi tous ces gens là ont été tués ? Qui d’autre que le régime syrien, qui n’a à ce jour pas reconnu l’indépendence du Liban?

E : Y a t-il encore des craintes au sein de la classe politique qu’il y ait d’autres assassinats politiques ?

WJ : Je ne sais pas, tout est possible…

E : Qu’en est-il du tribunal international chargé du dossier de l’assassinat du Premier ministre Rafik Hariri?

WJ : J’espère que ce tribunal verra le jour assez rapidement, mais il semble que les choses traînent un peu. Je ne sais pas si ce retard est technique ou politique.

E : Et s’il était politique?

WJ : Si ce retard est politique, alors les Nations Unies ou disons certaines parties au sein de l’ONU sont en passe de composer avec le régime syrien aux dépends du sang versé par Rafik Hariri et les autres martyrs de l’indépendence du Liban.

E : Parlons de la visite prévue du président français, qu’attendez vous du président Sarkozy ?

WJ : Nous espérons que la politique de la France soit moins ambigüe en ce qui concerne la question palestinienne comme ce fut le cas du temps du président Chirac.
Nous avons appris aussi que dans le cadre du lancement de l’Union Mediterranéenne, le président syrien a été invité pour assister au défilé du 14 juillet aux côtés du président Sarkozy. Si tel est le cas, je dirais que cette invitation est une insulte au peuple français.

E : Que pensez-vous du rôle de l’Union Européenne
au Liban, pensez vous qu’elle soit absente et voulez vous qu’elle soit plus présente ?

WJ : Il n’ y a pas de politique européenne commune. Il y a certes un géant économique qu’on appelle l’Europe mais il n’ y a pas une seule voix en matière de politique étrangère, et cela ne concerne pas que le Liban mais tout l’espace méditerranéen.

E : Croyez-vous que l’Union Méditerranéenne peut apporter un nouvel esprit capable d’isoler les dictatures dans le monde arabe?

WJ : Non, je ne le pense pas. Je crois que l’Union Mediterranéenne est malheureusement un moyen pour la France d’isoler la Turquie.
Et lorsque nous parlons de l’espace méditerranéen, la Turquie fait partie de cet espace.
Il y a aussi Israel qui poursuit une politique de discrimination raciale et de répression à l’encontre des Palestiniens.
Et je n’arrive pas à comprendre comment l’Europe
peut se désolidariser de la question palestinienne en adoptant une position aussi floue…