DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Haider: Nous ne sommes pas un parti d'extrême droite

Vous lisez:

Haider: Nous ne sommes pas un parti d'extrême droite

Taille du texte Aa Aa

À dix jours des élections législatives anticipées en Autriche, euronews a rencontré Jörg Haider, le leader du BZÖ, traduisez “alliance pour l’avenir de l’Autriche”. Son parti né de la scission avec le FPÖ, aux idées résolument encrées à droite est crédité de 4 à 8% des intentions de vote. Un score qui pourrait permettre à Jörg Haider de revenir aux affaires au sein d’une coalition, comme en l’an 2000. L’extrême droite au pouvoir : une situation qui avait fait couler beaucoup d’encre, choqué la plupart des pays européens, et isolé diplomatiquement l’Autriche. Si les sondages se confirment le 28 septembre, les deux grands partis qui recueillent moins de 30% des voix, devront faire alliance avec les petits partis. Des manoeuvres politiques qui seront sans doute observées à la loupe par les 26 autres membres de l’UE.

euronews : Merci de nous recevoir. Ma première question concerne votre slogan de campagne : “Nous sommes contre la dictature de l’UE”. Qu’est ce que cela veut dire, expliquez nous.

JH : Au cours des dernières années l’Autriche a perdu beaucoup de son indépendance, et de liberté d’action au profit de Bruxelles. Tout cela inquiète bien sûr la population. Par exemple, le traité de réforme de l’Union européenne prévoit que nos compétences dans les domaines de la justice, du droit d’asile et des droits des étrangers seront transférées à Bruxelles. Cela n’est pas tolérable.

EN : Vous voulez donc un référendum sur le traité européen ?

JH : Nous voulons un référendum parce que nous croyons que le peuple doit être consulté dès qu’il y a des changements fondamentaux dans les relations entre Bruxelles et les pays membres de l’Union européenne.

EN : Tout à l’heure Vous avez utilisé le bonjour autrichien, Bonjour seigneur. Est ce que vous croyez en Dieu ?

JH : Oui, bien sûr.

EN : Eh bien croyez vous vraiment que Dieu regarde avec plaisir le fait que vous empêchiez la construction de lieux de prière avec des minarets ?

JH : Je pense que les lieux de prières lorsqu’ils sont détournés de leur fonction première, pour propager le message des islamistes fondamentalistes, eh bien ces lieux n’ont rien à voir avec la religion. Je suis contre l’islam fondamentaliste. Il prend d’ailleurs de plus en plus d’importance en Europe. C’est pour cela que je lance un avertissement. Prenez par exemple le Premier ministre turc qui disait, “nos minarets sont nos baïonnettes, nos coupoles sont nos casques, nos mosquées sont nos casernes, nos croyants, nos soldats.” Ça n’a rien à voir avec la religion, avec la paix. C’est une fausse pensée. L’Autriche n’a pas besoin de ça. C’est pour cela que j’ai dit par le passé que mon pays devait voter une loi pour ne plus construire de minarets.

EN : De telles opinions existent peut être. Pourtant la grande majorité des gens qui croient à Allah et à l’islam, a le désir de s’intégrer en Autriche. N’est ce pas une insulte à tout ces gens ?

JH : Pas du tout !

EN : C’est comme nier la liberté de religion ?

JH : Ils ont quitté leur pays, souvent parce qu’ils ne voulaient plus de cette approche fondamentaliste de leur religion. Ici en Europe, en Autriche, ils trouvent la possibilité de pratiquer leur religion. Ils ont des lieux de prière, ils ont leurs mosquées. Mais on n’a pas vraiment besoin de minarets.

EN : Vous venez de mentionner la Turquie. A-t-elle une place dans l’Europe ?

JH : La situation de la Turquie a quelque chose d’ambigu. Ce n’est ni un Etat asiatique, ni un Etat européen. C’est pour cela que l’on doit trouver un chemin particulier, spécifique, pour la Turquie. C’est un partenaire important pour l’Europe, notamment dans le domaine de l‘énergie. Nous devons acheminer notre gaz et notre pétrole du Caucase et de l’Asie centrale avec l’aide de la Turquie pour ne pas être uniquement dépendant de la Russie.

EN : En lisant votre programme, je suis un peu déconcerté. Pourquoi tenez vous des propos incendiaires envers les demandeurs d’asile ?

JH : Je ne tiens pas des propos incendiaires. Un politicien qui s’emploie à assurer la sécurité de ses ressortissants ne tient pas des propos incendiaires. En ce qui me concerne, j’attends d’un demandeur d’asile qui vient en Autriche, qui cherche une protection, qu’il fasse des efforts pour bien se comporter, comme un hôte. Car sa présence n’est tolérée que pendant une durée limitée. Et si un hôte ne parvient pas à se comporter normalement, je lui souhaite “bonne chance”, et je le renvoie. C’est tout simple. C’est le même principe pour les demandeurs d’asile qui enfreignent la loi, ils doivent quitter le pays.

EN : En 2000, il y avait un consensus dans l’Union européenne qui disait qu’après 1945, aucun parti d’extrême droite ne serait accepté dans le gouvernement d’un Etat membre.

JH : Nous ne sommes pas un parti d’extrême droite. Depuis 1948/49, nous sommes un mouvement politique qui est représenté au parlement autrichien et qui defend une position de centre-droit.

EN : À l‘époque en 2000, aucun politicien européen de premier rang ne voulait serrer la main d’un membre du gouvernement autrichien à cause de votre participation à la coalition. Cet isolement a duré pendant plusieurs mois. Aujourd’hui en 2008 qui a changé ? Vous ou l’Europe ?

JH : L’Union européenne a pris acte qu’on ne peut influencer de l’extérieur des élections démocratiques. Sinon l’UE aurait dû prononcer des sanctions contre l’Italie, contre Silvio Berlusconi, contre la Ligue du Nord et tous ses partis qui partagent beaucoup de nos idées. L’UE aurait dû sanctionner le Danemark où le gouvernement a pris ses distances vis à vis de la politique d’immigration européenne. Mais elle n’a emis aucune sanction contre l’Italie et le Danemark. Cela montre bien que l’UE a voulu prendre l’Autriche comme bouc émissaire, et lancer un avertissement aux autres pays membres.

EN : Les élections approchent en Autriche. Avec qui voulez vous former une coalition. Une fois encore avec les conservateurs de l‘ÖVP ? Un parti qui est pourtant pro-européen et désireux de voir l’Europe s’agrandir, alors que vous défendez tout le contraire. Comment une telle coalition pourra donc fonctionner ?

JH : Les conservateurs ont changé durant ces dernières années, dans le domaine de la politique sécuritaire, de la politique d’immigration. Ils ont beaucoup appris avec nous pour tout ce qui concerne le droit d’asile. Pendant la campagne électorale, ils ont développé des thèmes qui sont tout à fait en accord avec notre programme. Cela montre bien que notre parti est écouté.