DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Ursula Plassnik, ministre autrichienne des Affaires étrangères

Vous lisez:

Ursula Plassnik, ministre autrichienne des Affaires étrangères

Taille du texte Aa Aa

La campagne électorale autrichienne commence à chauffer. La future politique européenne de l’Autriche est au centre du débat. Europhobes et europhiles se livrent une véritable bataille. En cette semaine pré-électorale, euronews s’est rendu à Klagenfurt, capitale de la région de Carinthie, et ville natale de la ministre autrichienne des Affaires Etrangères, Ursula Plassnik. Membre du parti conservateur “ÖVP”, elle est pourtant ouvertement pro-européenne. Pour les eurosceptiques, de plus en plus nombreux au sein des sociaux-démocrates, ainsi que pour les europhobes au sein de la droite nationaliste, Ursula Plassnik est devenue un vrai bouc-émissaire. Les attaques contre elle se multiplient dans les journaux populistes du pays et dans les discours politiques.

Hans Von der Brelie, euronews : Pour arriver ici, à Klagenfurt, nous avons traversé toute l’Autriche. Partout, nous avons vu des grandes affiches électorales qui disent : “nous voulons des représentants du peuple ! Pas des traitres de l’Union Européenne”! Ce sont des affiches du FPÖ, parti d’extrême droite. Leur cible, c’est vous, et d’autres membres du gouvernement. “Trahir le peuple”, comment réagissez-vous à cette accusation ?

Ursula Plassnik : C’est un reproche qui vient de plusieurs directions, un reproche formulé pas seulement aujourd’hui, durant cette lutte électorale, mais déjà auparavant : cela vient d’un média autrichien assez important, d’un quotidien qui prétend être lu par la moitié des Autrichiens. Et dans ses pages, on n’exprime plus des opinions eurosceptiques mais carrément europhobes. Ce journal construit de toutes pièces une campagne politique en prétendant que dans le contexte du Traité européen de Lisbonne, il y aurait des choses louches et qu’on aurait trahi l’Autriche. C’est une véritable campagne politique.

euronews : Pourtant, 30% des Autrichiens partagent ces opinions europhobes!

Ursula Plassnik : Eh bien, nous sommes au 21e siècle et personne ne peut interdire un débat autour des questions européennes. Pourtant, il y a des gens qui transforment cette ambiance eurosceptique en europhobie sous-jacente ou même en europhobie ouverte. Et pour cela, en Autriche, il y une codification très nette et claire, on parle d’un référendum, on réclame un référendum. C’est très populaire et les gens qui plaident pour cette idée bénéficient de beaucoup de soutiens différents.

euronews : Et pourquoi pas des référendum ? En principe, un référendum n’est pas un mal : le peuple a le droit de s’exprimer ! Pourquoi pas des votes sur les grands changements essentiels de l’Union Européenne, sur les grandes problématiques de l’Union ? C’est l’exigence de votre concurrent politique, Werner Faymann, tête de liste des Sociaux-Démocrates. Vous êtes contre. Pourquoi ?

Ursula Plassnik : Je ne suis pas contre le principe du référendum ; mais j’exige qu’on respecte la constitution de l’Autriche – qui permet et prévoit des référendums dans très peu de cas. Exiger un référendum sur les changements futurs des textes européens – car concrètement le débat tourne autour de cela – n’est pas un moyen de guérir l’euroscepticisme. Cela vaut également pour d’autres cas de figure : avec un référendum, vous ne pouvez pas ralentir le changement climatique, et caetera. Généraliser la méthode des référendums ne résoudra pas les problèmes d’aujourd’hui. Et maintenant nous avons au parlement autrichien pour la toute première fois une sorte de coalition informelle autour d’un média de masse – qui joue un rôle dans cette histoire – avec trois partis politiques. Ensemble, ils ont une majorité au parlement autrichien : je parle des sociaux-démocrates avec les deux partis d’extrême droite, le FPö et le BZö. Ils proposent une révision de la constitution fédérale de l’Autriche ; ils veulent que tous les “changements essentiels” dans les textes de l’Union Européenne soient soumis à un vote du peuple, d’une façon contraignante. Donc nous ne sommes pas seulement dans le domaine des manoeuvres purement tactiques pour exploiter une ambiance anti-UE, afin de favoriser une réussite électorale, mais nous sommes entrés dans la phase d’une véritable et sérieuse discussion parlementaire ! Ainsi donc, je ne souhaite vraiment pas que nous ayons une majorité anti-européenne ou europhobe au parlement autrichien, après les élections.

euronews : Quelles conséquences, très concrètement? Que se passerait-il en cas de changement de la constitution autrichienne pour y introduire des référendums sur des questions européennes ? Expliquez-nous avec un ou deux exemples précis !

Ursula Plassnik : La formulation choisie par ces trois partis, le SPÖ, le FPÖ, le BZÖ est : un référendum en cas de “changements essentiels” des bases contractuelles avec l’Union Européenne. Autrement dit si un nouvel état veut adhérer. Le prochain candidat aux portes de l’Union est la Croatie. Effectivement, c’est un “changement essentiel”, si l’Union passe de 27 à 28 états membres. Donc, ce serait un exemple concret de référendum. Et peut-être même pas le premier, puisqu’on ne peut pas exclure, aujourd’hui, qu’après le référendum irlandais, nous allons changer un ou deux détails du Traité de Lisbonne. Je ne le souhaite pas. Et l’Union ne l’envisage pas. Pourtant, nous ne pouvons plus l’exclure, aujourd’hui. Et si l’Autriche changeait sa constitution pour y ancrer des référendums sur des changements essentiels dans l’UE, une telle formulation exigerait un référendum chez nous sur le Traité de Lisbonne !

euronews : Beaucoup de gens, un peu partout dans l’Union européenne, disent aujourd’hui: “nous avons élargi l’UE très vite et nous sommes allés très loin, il nous faut à présent une pause dans l‘élargissement”… Pourtant vous êtes toujours adepte d’un élargissement qui va encore plus loin!?

Ursula Plassnik : Je suis quelqu’un qui lutte pour une Autriche forte dans une Europe réunifiée. L’Union européenne est un projet de paix. Et cela veut dire, pour moi en tous cas, que notre génération accueille, pas à pas et en respectant des critères stricts, tous les pays des Balkans européens au sein de l’Union. – De mon point de vue, il n’est juridiquement pas correct et politiquement pas malin de dire que maintenant, à cause du référendum irlandais, il faut arrêter l‘élargissement, qu’il faut refuser la Croatie… Ce n’est juridiquement pas tenable, et c’est une bêtise politique!

euronews : Nous nous trouvons ici en Carinthie, c’est votre région, vous êtes née ici. C’est aussi le fief de Jörg Haider, du parti eurosceptique BZÖ. Comment faites-vous campagne ici? Comment expliquez-vous aux gens d’ici que l’Union Européenne a aussi ses cotés positifs?

Ursula Plassnik : Avec mon collègue slovène, le ministre des Affaires Etrangères Dimitri Rupel, j‘étais récemment ici pour ouvrir les frontières de l’espace Schengen au tunnel des Karawanken. C‘était un saut qualitatif en ce qui concerne notre voisinage, parce que cette frontière reste ancrée dans la mémoire de beaucoup des gens d’ici, comme une frontière historiquement très dure, très difficile à franchir. Aujourd’hui, nous pouvons vivre ensemble, travailler ensemble, échanger. Nous vivons ensemble dans une Europe nouvelle, les Slovènes et nous, les Autrichiens. Des deux cotés des Karawanken, nous utilisons la même monnaie. L‘économie autrichienne, et notamment l‘économie de la Carinthie, profite de l’ouverture des marchés de l’Europe du sud-est. Et tous ces avantages, il faut les rappeler aux gens.