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Almunia : "En Europe, aucune banque ne fera faillite et ne disparaîtra"

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Almunia : "En Europe, aucune banque ne fera faillite et ne disparaîtra"

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Difficile d‘être Commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires en ces temps de crise financière. Joaquin Almunia a la lourde tâche de veiller à la bonne santé de l’euro et de l‘économie des 27. Euronews l’a rencontré ce mercredi juste après l’annonce de la baisse des taux directeurs par les banques centrales.

Sergio Cantone, correspondant d’Euronews à Bruxelles : “Commissaire, bienvenue à Euronews. Sept banques centrales, dont la BCE et la Fed ont décidé de baisser leurs taux directeurs. Quel impact cela peut-il avoir dans cette situation de crise, sur l‘économie en Europe et dans le monde ?”

Joaquin Almunia, Commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires :
“D’une part, cela représente un soulagement pour les marchés financiers, j’espère qu’ils vont l’apprécier ainsi, d’autre part c’est une bonne nouvelle que les banques centrales des principales économies mondiales réagissent de façon coordonnée. C’est un signe positif pour les marchés ainsi qu’un bon exemple incitant les gouvernements à améliorer leur coordination.”

euronews : “Vous ne pensez pas qu’il aurait mieux valu prendre cette décision avant que la crise ne prenne ces proportions ?”

Joaquin Almunia : “Etudions les raisons qui nous ont amené à avoir ce trop plein de liquidités. Les risques ont été sous-estimés et cela a poussé beaucoup d’investisseurs à prendre des risques irraisonnés, à cause du bas niveau des taux d’intérêts avant 2007. A présent, au point où nous en sommes, cette mesure prise par les banques centrales est censée soulager le marché et alléger les difficultés rencontrées par ses acteurs”.

euronews : “Cette baisse des taux est-elle vraiment opportune vu l‘état de santé de l‘économie mondiale ?”

Joaquin Almunia : “Dans le contexte actuel, il est essentiel de recapitaliser les établissements financiers. Il faut leur permettre d’avoir suffisamment de capital pour revenir à la normale dans leurs opérations de crédit. Il est aussi primordial de redonner confiance aux établissements bancaires pour qu’ils recommencent à se prêter de l’argent et que le marché interbancaire fonctionne à nouveau”.

euronews : “Certains ont proposé de recapitaliser les banques en créant un fond commun au niveau européen, qu’en pensez-vous ?”

Joaquin Almunia : “Il y a des propositions pour coordonner l’action des gouvernements européens et pour que chacun crée un fond dans son propre pays, nous avons parlé de cette possibilité lors de la dernière réunion des ministres des Finances des 27. Mais personne n’a suggéré de mettre en place un fond européen”.

euronews : “Certains pays font tout de même pression dans ce sens….”

Joaquin Almunia : “La proposition des Pays-Bas et d’autres gouvernements a pu être interprétée comme une tentative de créer un fond centralisé ici à Bruxelles, mais en réalité personne n’a fait une telle proposition”.

euronews : “La création d’un fond unique européen n’est donc pas une bonne idée ?”

Joaquin Almunia : “J’insiste. Nous devons être réalistes, l’utopie n’a pas sa place aujourd’hui. La proposition la plus réaliste c’est que chaque pays mobilise des ressources publiques ou privées. Si, en plus, c’est fait de manière coordonnée, cela aidera à développer la confiance entre les établissements financiers sur les marchés intérieurs, comme au niveau interbancaire”.

euronews : “Les citoyens européens ont-ils raison de s’inquiéter pour leur épargne ? Quelle est votre analyse ?”

Joaquin Almunia : “Personne ne verra s’envoler ses économies. Certains établissements financiers ont des problèmes mais grâce aux nationalisations partielles ou à la reprise des banques en difficulté par d’autres établissements bancaires, personne n’a perdu son épargne”.

euronews : “Dispose-t-on d’assez de fonds pour garantir l’intégralité des économies des épargnants dans chaque pays, au niveau national ?”

Joaquin Almunia : “Nous disposons de suffisamment d’instruments pour éviter une crise comme celle de Lehman Brothers aux Etats-Unis. Nous ne voulons pas et nous n’aurons pas de cas équivalent à celui de Lehman Brothers en Europe. Aucune banque ne fera faillite et ne disparaîtra. Aucune.”

euronews : “Pourquoi les marchés tardent-ils à réagir après l’annonce de ces mesures prises par les banques centrales ?”

Joaquin Almunia : “Il y a vraiment un manque de confiance entre les établissements financiers, faute de transparence et de visibilité. Les banques hésitent encore à se prêter de l’argent parce qu’elles ont peur que les autres banques soient dans une situation plus critique que la leur. Les marchés financiers ne fonctionnent que sur la base de la confiance.”

euronews : “Pensez-vous que cette crise va diminuer le rôle de la sphère financière à l’avenir ?”

Joaquin Almunia : “Nous n’avons vraiment pas besoin que les acteurs du monde de la finance perdent le contact avec la réalité, perdent conscience des risques et oublient d’où vient le capital qui leur permet d’effectuer toutes ces opérations.”

euronews : “L’injection de liquidités par les états membres pour nationaliser en partie les banques ne risque-t-elle pas de mettre en danger le pacte de stabilité ?”

Joaquin Almunia : “Le pacte de stabilité fonctionne et continue à fonctionner. Quand il a été réformé en 2005, nous avons inclus des clauses pour permettre une certaine latitude d’action en cas de ralentissement de l‘économie. A l‘époque on ne s’attendait pas à vivre une période aussi difficile qu’aujourd’hui. Cette flexibilité va être utile, parce que je sais que certains déficits publics vont augmenter, certains d’ailleurs se sont déjà accru. Mais je peux vous dire qu’il y a un consensus général sur le besoin de respecter le plus possible les règles budgétaires, de stabilité et de croissance prévues par le pacte. Cela a été redit lors de la dernière réunion des ministres des Finances, en début de semaine, comme lors de la rencontre au sommet à Paris, à l’unanimité totale.”