DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Nino Burdjanadze : "Nous avons besoin d'institutions plus solides, des leaders ça ne suffit pas"

Vous lisez:

Nino Burdjanadze : "Nous avons besoin d'institutions plus solides, des leaders ça ne suffit pas"

Taille du texte Aa Aa

Malgré les manifestations anti-gouvernement de novembre 2007 à Tbilissi, le président Mikhail Saakashvili reste populaire auprès d’une majorité de Géorgiens. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles l’ancienne présidente du Parlement de 2001 à 2008, et ex-alliée du président, Nino Burdjanadze, a décidé de prendre ses distances avec les dix mille protestataires descendus dans les rues :

“Bien sûr l’administration, le président lui-même et notre équipe avons réalisé beaucoup de bonnes choses, cela ne fait aucun doute, et au cours de ces quatre années nous avons conduit de nombreuses réformes positives et mis en oeuvre beaucoup de choses qui auraient été impensables quatre ans plus tôt. C’est certain, mais en même temps nous avons commis beaucoup d’erreurs : il fallait mettre un terme à la révolution et j’avais la certitude qu’il fallait modifier notre manière de gouverner, que nous devions renforcer le développement démocratique de ce pays parce que c’est primordial.
Comment ? Il faut soutenir l’indépendance des médias, soutenir l’indépendance de la justice, il faut renforcer la décentralisation, renforcer l’autonomie”.

Cinq ans après la Révolution des roses, pendant laquelle Nino Burdjanadze s‘était rangée aux côtés du jeune Saakashvili, elle pense aujourd’hui que celui-ci a fait son temps et qu’il est l’heure pour la Géorgie de franchir une nouvelle étape :

“Le niveau de démocratie dans notre pays n’est pas satisfaisant. Disons que d’accord, la Géorgie est plus démocratique que d’autres pays de l’ex-Union soviétique, mais pour moi comme pour beaucoup de Géorgiens, ce n’est pas le meilleur exemple. Je ne veux pas comparer la Géorgie et son degré de démocratie avec d’autres pays d’ex-URSS, je veux comparer le niveau de démocratie de mon pays avec celui des pays baltes, avec la Pologne, la République Tchèque et les autres pays dans lesquels la démocratie est assez forte. C’est très important, nous avons besoin d’institutions plus solides, des leaders ça ne suffit pas dans ce pays”.

Son parti large vainqueur des législatives de mai, le président reste très populaire, malgré les attaques de l’opposition. Il est aux yeux de nombreux Géorgiens celui qui résiste à la Russie, et c’est toute la difficulté pour l’opposition : faire tomber le gouvernement sans faire le jeu de Moscou :

“Les Géorgiens sont unis aujourd’hui face à l’agression russe et bien sûr la population s’est rassemblée autour du président quand la Russie a essayé de changer notre régime, parce que ce n’est pas à la Russie de décider qui doit être le président de notre pays. C’est uniquement aux Géorgiens de décider qui doit parler en leur nom, et pas la Russie, ni personne d’autre”.

En avril dernier, Moscou signait des accords de rapprochement avec les deux régions séparatistes d’Abkhazie et d’Ossétie du sud, prélude à ce qui allait suivre. Pour Nino Burdjanadze, il était clair que Moscou préparait un piège et Tbilissi n’a pas su l‘éviter :

“La Russie a vraiment tout fait pour arriver aux provocations. Il était très clair que la Russie essayait de provoquer la Géorgie. On a pu s’en rendre compte en avril quand la Russie a mis en place – Vladimir Poutine, le président à ce moment, a signé cette déclaration – des relations directes avec l’Abkhazie et l’Ossétie du sud, un document totalement illégal, bien sûr. Il était évident que la Russie cherchait à faire naître une crise avec l’Abkhazie mais heureusement nous avons pu éviter une telle crise à ce moment-là.
Aussi au mois d’août, il était absolument clair que lorsque Kokoïty tirait sur les villages géorgiens c‘était pour essayer d’entraîner la Géorgie dans le jeu de la provocation. Ils ont mis en place un piège, et ils voulaient attirer la Géorgie dedans. Mes inquiétudes et mes critiques partent de ces questions. Et l’une des questions que j’ai posées au président et au gouvernement était : “Pouvions-nous éviter ce piège, quand nous savions tous qu’il s’agissait d’un piège, ou pas ?” Mais je n’ai pas reçu de réponse”.

Pour autant, Nino Burdjanadze marche sur des oeufs dans cette affaire car il ne s’agit pas de donner l’impression de minimiser l’action russe :

“La Russie a envoyé son armée dans un pays souverain, violant les frontières d’un pays souverain. Elle a bafoué la souveraineté et l’intégrité territoriale d’un pays membre des Nations Unies. Et si la Russie avait voulu protéger les Ossètes, si elle avait voulu tenir ses engagements en tant que force de maintien de la paix, elle aurait du faire appel à l’Onu, elle n’avait pas le droit d’agir”.

Deux pays ont reconnu l’indépendance des deux provinces, la Russie et le Nicaragua. Quelle est la réponse à donner ? Faut-il isoler la Russie sur le plan international? Nino Burdjanadze ne veut pas en arriver là :

“Je ne pense pas qu’une isolation totale de la Russie produira des résultats positifs. Je ne suis pas favorable à ce qu’on érige un nouveau rideau de fer, entre la Russie et le reste du monde. Bien sûr, pour être totalement honnête, nous attendions une réaction plus forte et plus dure de nombreux pays, parce qu’il était assez évident que la Russie était coupable, organisant l’agression de la Géorgie. Mais d’un autre côté je comprends qu’une isolation totale de la Russie n’aiderait pas. Je pense qu’il est très important de pousser la Russie à mettre en oeuvre l’accord qui a été signé, l’accord Sarkozy. Il était très important de pousser la Russie à participer aux négociations internationales et de ne pas bloquer les discussions, comme elle peut le faire à Genève en ce moment. Ce serait très important que peut-être, peut-être… je veux être optimiste, peut-être les pays qui ne tiennent pas une ligne dure contre la Russie essaient d’utiliser leurs bonnes dispositions pour la convaincre de venir à la table des négociations. Peut-être faut-il faire pression avec douceur”.

Nino Burdjanadze a récemment créé le Mouvement Démocratique pour la Géorgie Unie, un parti conservateur modéré. Son objectif, la prochaine élection présidentielle.