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Loukachenko : "Notre intérêt pour les relations avec l'Union européenne ne fait aucun doute."

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Loukachenko : "Notre intérêt pour les relations avec l'Union européenne ne fait aucun doute."

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Le président du Bélarus Alexander Loukachenko est souvent qualifié de dernier dictateur d’Europe. Il dirige son pays d’une main de fer depuis 1994 mais rejette les accusations de dérive autoritaire. Alexander Loukachenko assure que son pays change et se félicite d’une certaine ouverture vers l’ouest et plus particulièrement vers l’Union européenne tout en justifiant sa proximité avec le grand frère Russe.

euronews: “Monsieur le président, bienvenue sur euronews. Tout d’abord je voudrais évoquer les relations entre l’Europe et le Bélarus, relations qui se sont réchauffées. Prague accueillera en mai un sommet de partenariat oriental. Viendrez-vous à Prague? Alexander Loukachenko: Notre intérêt pour les relations avec l’Union européenne ne fait aucun doute. Je vais vous donner un exemple : l’an dernier jusqu‘à novembre notre chiffre du commerce extérieur se montait à 22 milliards de dollars, un excellent chiffre pour l’Union européenne. Le chiffre se monte à 35 milliards avec la Russie. C’est très important mais il y a quelque chose d’encore plus important. Il y a aujourd’hui à travers le monde tout un ensemble de défis. Et pour l’Europe beaucoup de ces défis ne peuvent être résolus sans le Bélarus. Drogue, passage d’immigrés illégaux, d’autres choses de ce genre. Et le transit de l‘énergie a aussi beaucoup à voir avec le Bélarus. Et l’Europe est extrêmement intéressée. Ce qui veut bien dire qu’il y a un intérêt mutuel qui nous pousse vers une relation normale. Quant à Prague, je ne pense pas qu’il est essentiel de savoir qui ira à Prague, moi ou quelqu’un d’autre. En fait nous n’y avons pas encore pensé, ni reçu d’invitation d’ailleurs. Le fait est que nous aurons certainement quelqu’un à Prague et nous débattrons du contenu du Partenariat Oriental. C’est un pas pragmatique et raisonnable et au bon moment pour l’Union européenne. euronews: Les domaines où les différences entre le Bélarus et l’Union européenne semblent les moins facile à réconcilier sont ceux de la liberté de la presse, du caractère démocratique des élections, et du statut de l’opposition politique. Êtes-vous prêt à discuter de ces sujets avec les européens? Alexander Loukachenko: Vous savez nous avons aussi réfléchi à ces questions. Comme pour les médias. Je crois que l’interdiction n’est pas possible. Laissons les gens lire. Ils connaissent le président. Ils se sont forgés une opinion sur le président pendant 13 ans. Nous avons élaboré des lois transparentes et précises pour nous conformer aux normes de l’Europe : la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne. Cela n’existait pas auparavant. Et quand ils nous ont critiqués nous leur avons montré la Constitution. Alors à quoi servent vos critiques? De plus, l’Europe semble avoir très peu d’intérêt pour nos opposants. A quoi sert cette opposition si depuis 20 ans elle continue de se battre dans le centre de l’Europe et n’arrive même pas à faire élire une seule personne au Parlement, même quand les autorités leur donnent un coup de pouce? Quant aux élections… nous avons mené ces élections au Bélarus conformément aux indications de l’Europe. L’Union européenne et l’OSCE sont venus et nous ont dit, vous savez il y a quelque chose qui ne va pas dans votre manière de faire, faites plutôt ainsi. D’accord faisons ainsi alors. Quel pays peut-il se permettre de tenir des élections en violation de ses propres lois? Aucun. Or nous avons violé nos lois pour respecter les concepts de l’Union européenne. euronews: Monsieur le président, la crise économique et financière a aussi affecté le Bélarus. L’a-t-elle touché durement? Alexander Loukachenko: Pas encore. Notre pays est orienté vers l’exportation. Pour l‘économie, bien entendu la demande déclinante mondiale de la production alimentaire à la grande industrie nous a bien affecté parce que nous exportons à hauteur de 65% de notre PIB. Nous faisons partie de la dizaine de pays européens dont l‘économie est orientée vers l’exportation. Voilà pourquoi la baisse de la demande nous a affecté. Mais nos prix restent trois fois inférieurs à ceux pratiqués en Europe ou dans le monde. Quant à la crise financière, elle n’aurait pas du nous atteindre du tout. Car nous n’avons pas jeté notre économie dans Wall Street ou n’importe quelle autre bourse. Mais elle nous a un peu touché via la Russie, quand les russes ont fait la queue devant leurs banques pour échanger leur roubles en dollars et en euros. Alors nous avons utilisé une partie de notre réserve d’or pour soutenir notre monnaie. Nous avons dû dévaluer notre monnaie de 20% pour obtenir entre autre les crédits du FMI. euronews: On dit que l’intérêt occidental nouveau pour le Bélarus serait lié au rôle grandissant du pays dans le transit du gaz. Ne craignez vous pas que ce rôle s’affaiblisse avec le lancement du Nord Stream entre la Russie et l’Allemagne par la mer Baltique? Alexander Loukachenko: Aujourd’hui aucun flux au nord ou au sud ne peut supplanter le flot d‘énergie à destination de l’Europe via le Bélarus – soit 30% du gaz naturel et environ 75/80% du pétrole non raffiné. Pour l’Europe l’essentiel du pétrole passe par le Bélarus. L’Europe pourrait avoir 30 milliards de m3 par an supplémentaires grâce au Nord Stream, mais dans le même temps la consommation de gaz en Europe ne cesse de croître. Concernant le transit. Le plus simple et le plus court chemin passe par le Bélarus. Même à travers l’Ukraine, le transit est bien plus coûteux. Et si on parle du Nord Stream c’est encore plus cher. Mais cela dépend de la Russie. D’autre part je pense qu’il faut achever le gazoduc Yamal-Europe. Un seul pipeline a été construit. Un second devrait déjà l‘être. D’ailleurs l’infrastructure a été créée pour cela. Mais ce n’est pas le transit gazier ou pétrolier qui rend notre pays attractif aux yeux des européens. Absolument pas. Dernièrement, des représentants des plus grandes multinationales européennes sont venus au Bélarus. Et malgré la crise, toutes sont prêtes à investir ici”. euronews: “Monsieur le président, il y a environ deux semaines, les agences de presse, citant des sources officielles russes, rapportaient que le Bélarus demandait à la Russie un prêt de 100 milliards de roubles. Selon ces informations, la Russie pourrait conditionner ce prêt à une reconnaissance de l’Abkhasie et de l’Ossétie du Sud”. Alexander Loukachenko: C’est tout à fait faux. Tout en respectant l’Abkhasie et l’Ossétie du Sud, j’ai déjà dit que nous avions notre propre position sur cette question. Nous refusons toute pression, de la part de l’Europe ou de la Russie. Nous avons un parlement élu, il débattra de cette question, une proposition sera rédigée selon notre législation. Mais rien n’a jamais été conditionné à ce prêt. Au cours de nos dernières négociations nous avons proposé aux Russes qu’ils prennent les mesures nécessaires afin que leur rouble devienne une véritable monnaie régionale. Faites nous un prêt pour que nous puissions commencer à régler notre approvisionnement énergétique avec cet argent. Donc nous avons de bonnes relations et nous sommes fiers d’avoir de bonnes relations avec les Russes et que nos relations avec l’Europe se développent. Et nous continuerons à remplir notre rôle de lien, de pont entre l’est de l’Europe et l’Occident. euronews: Monsieur le président, merci beaucoup pour cette interview.