DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Ivo Sanader: "Le blocage de la Slovénie dans nos négociations d'adhésion à l'UE n'est pas correct"

Vous lisez:

Ivo Sanader: "Le blocage de la Slovénie dans nos négociations d'adhésion à l'UE n'est pas correct"

Taille du texte Aa Aa

Son pays est en passe d’acquérir un nouveau statut au plan international. La Croatie dont Ivo Sanader est le premier ministre rejoindra l’OTAN le mois prochain. Elle est aussi sur les rangs pour adhérer à l’Union européenne. Mais cette perspective n’est pas au goût de la Slovénie. Un différend frontalier l’oppose à Zagreb: il concerne une petite bande de territoire côtier et une zone en mer dans la baie de Piran. Les deux ex-républiques yougoslaves les revendiquent depuis leur indépendance en 91. En décembre, les autorités slovènes ont accusé la Croatie d’avoir présenté à l’UE, de manière unilatérale, des documents envisageant une solution. Elles ont bloqué plusieurs chapitres de négociations entre Bruxelles et les Croates. La semaine dernière, une rencontre entre Ivo Sanader et son homologue slovène Borut Pahor n’a pas permis de rapprocher les points de vue. Désormais, beaucoup s’interrogent sur la possibilité pour la Croatie de rejoindre l’Union avant 2011.

Le premier ministre Ivo Sanader a reçu euronews à Zagreb. Occasion d’aborder tous ces dossiers, prioritaires pour la Croatie. euronews : “Le différend frontalier entre votre pays et la Slovénie concerne un petit secteur sur la côte adriatique et désormais, c’est devenu un sujet de dispute important entre la Slovénie et vous. Et aujourd’hui, Ljubljana en tant que membre de l’Union européenne a menacé d’opposer son veto à l’adhésion de votre pays. Comment en est-on arrivé là?” Ivo Sanader: “Premièrement, je suis d’accord avec vous, il s’agit d’un problème relativement mineur, mais il est devenu important parce qu’il s’est transformé en un moyen de pression dans le cadre de nos négociations avec l’Union européenne. Ce qui d’ailleurs, ne devrait pas être le cas.” E.: “Mais c’est vraiment la première fois que dans les Balkans, nous avons une dispute entre un membre de l’Union européenne et un pays qui n’en fait pas partie. On craint qu‘à terme, la situation ne crée un précédent. Pour vous, quelle est la solution?” I.S.: “D’après moi, la solution consiste d’abord à bien séparer les pourparlers d’adhésion et le différend frontalier. Deuxièmement, il faut un arbitrage devant la Cour internationale de justice de La Haye qui dépend des Nations Unies. L’organisation a géré jusqu‘à présent, dans son histoire, plus de cinquante cas similaires. Le dernier différend qu’elle a résolu concernait la frontière maritime entre la Roumanie et l’Ukraine. Au final, c’est une grande réussite.” E.: “Si j’ai bien compris, la position de votre gouvernement est de dire qu’il s’agit d’un conflit de droit alors que la Slovénie y voit un problème politique pour lequel elle demande une médiation de l’Union européenne. Seriez-vous opposé à cette démarche?” I.S.: “Non, nous ne sommes pas contre le fait que la Commission européenne s’implique dans ce dossier.Mais dans ce cas, nous n’acceptons pas que ce différend ait été mis sur la table lors des négociations. En avoir fait un obstacle pour la Croatie dans nos pourparlers d’adhésion, et même comme vous le disiez dans votre première question, opposer son veto à l’entrée de la Croatie dans l’Union en raison d’un différend frontalier bilatéral, ce n’est pas une question européenne, ce n’est pas juste, ce n’est pas correct.” E.: “Vous parlez de veto… Un autre genre d’opposition concerne votre adhésion à l’OTAN. Le mois prochain à Strasbourg, lors du 60ème anniversaire de l’Alliance, votre pays en deviendra membre, mais des partis nationalistes slovènes tentent actuellement de réunir suffisamment de signatures pour obtenir la tenue d’un référendum en vue de retarder voire d’empêcher cette adhésion. Comment réagissez-vous à cette initiative?” I.S.: “Ce n’est pas une bonne façon d’agir. La Croatie participe déjà à de nombreuses missions de maintien de la paix, notamment en Afghanistan. J’en ai discuté la semaine dernière avec le premier ministre slovène Borut Pahor et il m’a dit s’opposer à ce référendum, il dénonce ces forces nationalistes réclamant un vote qui représenterait d’une certaine façon, un veto à l’adhésion de la Croatie.” E.: Et il n’a pas fait part d’inquiétudes à ce sujet? I.S.: “Il a fait part de sa désapprobation au sujet de ce référendum. Attendons de voir ce qui va se passer. J’espère que tout sera OK et que la Croatie célèbrera aux côtés des autres membres, le 60ème anniversaire de cette grande Alliance.” E.: “Autre sujet important dans le cadre de votre candidature à l’adhésion à l’Union européenne: la corruption et le crime organisé. A l’automne dernier, on a assisté à une série d’assassinats de journalistes et d’avocats. Vous avez dit que vous ne vouliez pas que votre pays devienne un autre Beyrouth….” I.S.: “C‘était ma première réaction après ces assassinats. Nous avons remanié le gouvernement après ces assassinats. J’ai nommé deux nouveaux ministres, le ministre de la justice et le ministre de l’intérieur, et ils ont résolu toutes ces affaires. Les meurtriers sont en prison et nous aimerions désormais poursuivre notre politique de lutte contre la corruption et le crime organisé.” E.: “D’après un récent sondage, à peine 25% des Croates sont enthousiastes à l’idée de rejoindre l’Union européenne. Comment l’expliquez-vous?” I.S.:“Je l’explique très facilement. C’est très simple: chaque fois que la Croatie fait face à des obstacles sur son parcours en vue de rejoindre l’Union, le soutien du public recule. Dans les derniers sondages, on dit que 35 ou 40% des Croates sont enthousiastes. Mais même si c’est 25%, cela s’explique par le blocage mené par la Slovénie en décembre. Vous savez que Ljubljana a bloqué 11 chapitres dans nos négociations avec l’Union en raison de notre différend bilatéral. Alors le soutien du public croate, vous savez, c’est psychologique. S’il y a des obstacles sur notre parcours, le soutien s’affaiblit, mais s’il y a une lumière au bout du tunnel, de la lumière à l’horizon, l’enthousiasme s’accroît. Attendons de voir comment la situation évoluera dans les prochaines semaines et les prochains mois.”