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La France tourne le dos à l'héritage gaulliste

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La France tourne le dos à l'héritage gaulliste

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Mars 1966, la France prend ses distances avec l’Otan. Le général de Gaulle claque avec fracas la porte du commandement militaire de l’Alliance, au nom de la souveraineté d’une France qui développe alors son programme nucléaire. La décision du général, prise en pleine guerre froide, est le fruit d’années de rivalités franco-américaines. La France d’alors choisit la voie singulière de l’indépendance. Mais en 40 ans, le monde a changé, le jeu international n’est plus dominé par la confrontation entre Moscou et Washington.

Pour Nicolas Sarkozy il est temps de réintégrer pleinement l’Otan, de mettre fin à ce qu’il considère comme une situation hypocrite. Car la France n’a jamais quitté l’Otan, elle en est aujourd’hui le quatrième contributeur budgétaire et le cinquième en troupes. Kosovo, Afghanistan, Bosnie, depuis 1995, les soldats français sont sur tous les fronts.

Depuis la fin de la guerre froide, les présidents français ont tenté le rapprochement, parfois dans la discrétion, à l’instar de Jacques Chirac, mais sans succès. Nicolas Sarkozy a choisi une autre stratégie. Le président souvent taxé d’atlantiste clôt la parenthèse gaulliste.

Certains dans la majorité y voient un bradage de cet héritage gaulliste, tandis que l’opposition dénonce une initiative susceptible de ruiner l’image d’indépendance de la France. Mais la stratégie du président français, exprimée dès l‘été 2007, est de redevenir un allié privilégié des Etats-Unis et de gagner au sein de l’Alliance de nouvelles positions de pouvoir. “Je pense qu’il est complètement illusoire de considérer que nous pouvons influencer le cours de l’Otan même si nous sommes réintégrés dans le commandement intégré, explique cependant Didier Billon, de l’Institut des relations internationales et stratégiques, parce que seuls les naïfs croient, pensent, considèrent que l’Otan est une organisation où il y a de réelles discussions. Il n’y a pas de discussions, les Américains décident.” Certains craignent que ce retour dans l’Otan ne se fasse aussi au détriment de l’Europe de la défense, encore balbutiante. Nicolas Sarkozy jure que Paris sera mieux placé pour travailler à l‘émergence d’une défense européenne en étant totalement dans l’Alliance. Reste à savoir si la voix de Paris sera plus puissante une fois rentrée dans le rang, qu’elle ne l‘était, en électron libre.