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Siniora : "Nous voulons une relation d'égal à égal avec la Syrie"

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Siniora : "Nous voulons une relation d'égal à égal avec la Syrie"

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Dans quelques jours se tient le sommet annuel de la Ligue arabe, à Doha au Qatar. Beaucoup de dossiers sont à l’ordre du jour, notamment le dialogue interpalestinien. Autre préoccupation, les prochaines élections législatives au Liban, prévues le 7 juin. Pour évoquer de tous ces sujets, euronews est allé à Beyrouth, à la rencontre du chef du gouvernement libanais, Fouad Siniora.

euronews : M. le Premier ministre, bienvenue sur euronews. Dans quelques jours, le sommet arabe se tiendra à Doha au Qatar. Récemment, le Roi Abdallah d’Arabie Saoudite a appelé à une réconciliation inter-arabe. Pensez-vous qu’on puisse assister à une telle réconciliation à Doha ? Fouad Siniora : Toute action visant à renforcer les relations entre les Arabes et à mettre de côté leurs désaccords, est bénéfique pour la cause arabe. Il y a plusieurs défis auxquels nous devons faire face : la question palestinienne, le conflit israélo-arabe… Et nous ne pouvons pas faire face à ces défis en étant divisés. En plus, en face, il y a un nouveau gouvernement de “faucons”. Quand je pense que l’ancien gouvernement de “colombes” a déclenché deux guerres successives dévastatrices au Liban et à Gaza, je me demande ce que ça aurait été avec un gouvernement de “faucons” !!! euronews : Comment voyez-vous la position européenne vis à vis du Liban ? Fouad Siniora : L’Union européenne est soucieuse de sa relation avec le Liban de la même manière que le Liban tient à avoir une très bonne relation avec l’Europe. Cela découle de la place qu’occupe notre pays, et de ses relations avec les Européens à travers l’accord d’association. euronews : Nous assistons à une ouverture des Européens et des Américains à l‘égard de la Syrie. Est-ce que vous ne craignez pas que le Liban paye le prix de cette ouverture d’une manière ou d’une autre ? Fouad Siniora : Nous disons que cette ouverture à l‘égard de la Syrie est importante et nous la soutenons. Mais en même temps, nous voulons que notre relation avec Damas soit basée sur la confiance et le respect mutuel. Autrement dit, une relation d‘égal à égal. Il faudrait qu’il y ait une réelle volonté de régler les questions qui sont en suspens depuis déjà plusieurs années. Aussi ce changement de ton de l’Europe et des Etats-Unis envers la Syrie ne nous dérange pas, bien au contraire. euronews : Que pensez-vous des accusations de la majorité parlementaire, dont vous êtes issu, à l’encontre de la Syrie, en lui attribuant un rôle dans l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafik Hariri ? Fouad Siniora : On ne peut absolument pas proférer d’accusations gratuites. Nous devons attendre les conclusions du tribunal chargé de l’enquête. Nous accordons à ce tribunal toute notre confiance et nous serons satisfaits de ses conclusions et de ses décisions. euronews : Pensez-vous que ce tribunal parviendra à mettre la main sur les vrais coupables ? Fouad Siniora : Il y a deux objectifs principaux: le premier, c’est que nous puissions savoir la vérité, savoir qui a commis ce crime abominable qu’a été l’assassinat de l’ex-Premier ministre Hariri et ses compagnons. Deuxième objectif, tout aussi important : en adoptant cette démarche au travers du tribunal international, nous affirmons une position partagée par tous les Libanais qui ne veulent plus que leur pays soit le théâtre de crimes, et ce, dans une totale impunité. euronews : Certains vont jusqu‘à dire que le tribunal chargé de l’enquête sur l’assassinat de l’ex-Premier ministre Rafik Hariri est instrumentalisé. Qu’est-ce-que vous répondez à ces critiques ? Fouad Siniora : C’est une grosse erreur d’accuser le tribunal “d’instrumentalisation”. Je pense que ce tribunal va accomplir sa mission. Tout le monde va y veiller. Les séances sont publiques et nul ne peut l’instrumentaliser ou le dévier du chemin qu’il s’est tracé. euronews : Comment voyez-vous la relation entre Beyrouth et Damas, et jusqu‘à quel point la Révolution du Cèdre a-t-elle pu brider l’hégémonie syrienne sur le Liban ? Fouad Siniora : Le Liban est un pays arabe et la Syrie est un pays frère, et nous tenons à avoir une relation saine entre nous. Il s’est passé beaucoup de choses ces dernières années. Et le Liban n’a pas cessé d’affirmer son attachement à sa souveraineté sans pour autant sortir de son environnement arabe. euronews : On sait que le soutien de l’Iran au Liban passe par le Hezbollah, comment voyez-vous le rôle de Téhéran dans votre pays ? Fouad Siniora : Les Arabes doivent avoir une relation d‘égal à égal avec l’Iran. Nous ne voulons pas nous immiscer dans les affaires internes de l’Iran. Mais dans le même temps, nous ne voulons pas que l’Iran interfère dans nos affaires. Nous avons une responsabilité et l’Iran en a une plus grande pour faire en sorte que la relation soit entre Etats, et non une relation entre un Etat et une organisation quelconque. Je pense que ce ne serait pas utile. Imaginez qu’un pays arabe se mette à établir une relation avec une organisation iranienne, quelle serait l’attitude de l’Iran, accepterait-t-il ? Je ne pense pas… euronews : Le sommet arabe tenu à Beyrouth 2002 a vu la naissance de “l’Initiative Arabe” proposant la terre contre la paix. Que va t-il advenir de cette initiative après l’arrivée au pouvoir de la droite et de l’extrême-droite en Israël ? Fouad Siniora : Cette initiative constitue une approche avant-gardiste et civilisée pour mettre fin à la violence dans la région. Mais cela dépend d’Israël qui, de toute façon, ne pouvait pas imaginer une telle proposition. Jusqu‘à maintenant Israël n’a rien fait dans ce sens ni à travers les “colombes”, ni à travers les “faucons”. Il est pourtant nécessaire qu’ils saisissent l’occasion pour que cette initiative puisse revivre et avancer. euronews : Jusqu‘à quel point la Finul – la Force des nations unies au Liban – a contribué à la dissuasion à l‘égard d’Israël, et comment voyez-vous sa relation avec le Hezbollah ? Fouad Siniora : Les troupes de la Finul sont les bienvenues au Liban et nous considérons qu’elles jouent un rôle primordial dans le maintien de la paix et la protection du Liban. Et en collaboration avec l’armée libanaise, la Finul veille à la sécurité dans la zone qui se trouve au sud du fleuve Litani. De notre part, nous suivons de très près tous les développements et nous tenons à saluer cette collaboration sérieuse et constructive entre l’armée libanaise et les troupes de la Finul.