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Abdullah Gül : "Le PKK, le Hamas n'ont absolument rien à voir"

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Abdullah Gül : "Le PKK, le Hamas n'ont absolument rien à voir"

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Président de la République de Turquie, Abdullah Gül est l’une des figures les plus importantes de la nouvelle vague d’hommes politiques turques de l’AKP. Son rôle de chef de l’Etat ne l’empêche pas de s’occuper de politique internationale, lui l’ex-ministre des Affaires étrangères. La politique internationale reste donc importante à ses yeux, surtout quand il s’agit de défendre les intérêts de son pays en Europe et au Proche-Orient.

Sergio Cantone, euronews : “Mr Abdullah Gül, président de la République de Turquie, bienvenue sur euronews. Merci de nous avoir accordé cet interview. Le rôle croissant de la Turquie au sein de l’OTAN pourrait amener la Turquie à jouer un rôle plus important, même quand il s’agira des décisions qui devront être adoptées au sein de l’Alliance atlantique. Qu’en pensez-vous?” Abdullah Gül : “Je voudrais commencer par dire que l’OTAN est une organisation de sécurité importante et la Turquie en est membre depuis le début, à savoir depuis les années 1950 [ndlr: 1952]. Mais dans le contexte d’un monde qui change, les questions de sécurité ont évolué vers de nouveaux concepts. Alors qu’auparavant la sécurité concernait seulement les Etats, aujourd’hui elle se rapporte également à de nombreuses organisations illégales. Le terrorisme est devenu une question centrale dans le monde. Dans ces conditions, évidemment, l’OTAN a reçu de nouvelles missions et l’OTAN est aujourd’hui devenu une institution importante dans la lutte contre le terrorisme”. Sergio Cantone, euronews : “Il y a du nouveau en ce qui concerne la question kurde, surtout lorsqu’il s’agit de l’Irak du Nord. Qu’est-ce que la Turquie est prête à concéder”? Abdullah Gül : “Pour pouvoir éradiquer les organisations terroristes, il convient d’appliquer des programmes et des plans complexes et multiples et c’est ce que fait la Turquie. Parfois c’est fait publiquement, clairement, et parfois pas. Mais pour ceux qui refusent d’abandonner les armes et veulent se battre jusqu’au bout, on doit les combattre militairement jusqu’au bout. Il faut que je le dise. Mais il y a aussi de nombreuses personnes qui se sont trompées et se retrouvent finalement mêlées, sans le savoir, à des affaires terroristes. Ces personnes-là il faut sans le moindre doute les récupérer. Jusqu‘à présent, le gouvernement régional kurde dans le Nord de l’Irak refusait malheureusement de faire le nécessaire, mais je suis content aujourd’hui de vous dire que suite à nos rencontres communes durant ces derniers mois, ils ont aussi compris que l’organisation terroriste leur nuit à eux aussi”. Sergio Cantone, euronews : “Vous êtes très proches d’un pays, disons d’un point de vue des relations internationales, des relations entre les Etats, qui s’appelle Israël. Celui-ci considère le Hamas comme une organisation terroriste. Est-ce que vous le considérez comme une organisation terroriste au même titre, par exemple, que le PKK ? Parce que vos relations avec le Hamas sont un peu différentes…” Abdullah Gül : “Le PKK, le Hamas et la question palestinienne n’ont absolument rien à voir. Parce que les Palestiniens, ou le Hamas… il existe bien sûr beaucoup d’organisations là-bas. Certaines commettent des attentats-suicides, des actes terroristes parmi les Palestiniens, nous ne les soutenons jamais, je tiens à le dire. Mais, l’un milite pour sauver ses propres terres et son propre pays au sein des terres palestiniennes et veut créer son propre pays, l’autre pratique le terrorisme depuis l’extérieur contre la Turquie. Il n’y a pas de discrimination entre les Turcs et les Kurdes en Turquie. En Turquie, l’identité ethnique, de qui que ce soit, n’a pas d’importance pour nous”. Sergio Cantone, euronews : “Monsieur le président, d’accord, mais la question n‘était pas un jugement implicite de la valeur morale du PKK ou du Hamas, la question était simplement : est-ce que la Turquie, qui a un mauvais rapport avec le PKK, le considère comme un groupe terroriste et Israël, qui de son côté, a le même rapport avec Hamas, il le considère un groupe terroriste ? Je ne voudrais pas les mettre sur le même plan, mais quand même, c’est un peu contradictoire, c’est à dire que ce sont deux mouvements qui luttent pour une terre”. Abdullah Gül : “La Palestine est un Etat sous occupation et elle milite pour se sauver de cette occupation. Même d’après les Nations unies, la Palestine est sous occupation. D’après les Nations unies, donc…” Sergio Cantone, euronews : “Non, non. Excusez-moi, parce que peut-être…” Abdullah Gül : “Un instant. Je dois expliquer car c’est un sujet important. C’est pourquoi lorsque le Hamas accomplit une activité terroriste, nous la condamnons. Mais n’oubliez pas ce qu’Israël a fait à Gaza, le fait qu’il ait tué 1.300 à 1.800 personnes, c’est inacceptable. Donc si vous faites un lien entre le PKK et le Hamas, vous commettez une grosse erreur”. Sergio Cantone, euronews : “A propos des relations, en revanche, avec l’UE, où en sont les négociations?” Abdullah Gül : “Pour le moment le processus de négociation se poursuit mais de temps en temps certaines petites choses de politique intérieure nous causent quelques petits problèmes inutiles, je dois l’avouer”. Sergio Cantone, euronews : “Quelles sont ces petites choses?” Abdullah Gül : “Oui, la question chypriote par exemple. Malheureusement, la question chypriote est un sujet important comme vous le savez. De temps en temps, pendant ces négociations, ce sujet provoque des problèmes politiques et parfois cela cause des situations contraires aux intérêts du peuple européen”. Sergio Cantone, euronews : “Le pays membre dont vous parlez c’est Chypre, mais apparemment il n’est pas reconnu par la Turquie et les Chypriotes voudraient bien emmener leurs bateaux dans les ports turcs, mais ils n’y ont pas accès. Ça c’est un problème commercial pour un Etat membre de l’UE tel que Chypre, vous ne pensez pas?” Abdullah Gül : “Je dois dire une chose par rapport aux Chypriotes grecs : nous ne leur demandons pas de visa. Beaucoup de gens ne le savent pas. Mais personne ne peut nier ce problème. Il existe un problème à Chypre : il y a deux parties, un Chypre grec et un Chypre turc. Pourquoi les Nations unies ont-elles proposé un accord de paix ? Pourquoi l’Europe a-t-elle fait sienne cette proposition de paix des Nations unies ? Pourquoi ce plan de paix a-t-il été soumis à référendum en 2004 aux deux parties ? Lors de ce referendum, les Turcs ont accepté le plan de paix et les Chypriotes grecs l’ont refusé”. Sergio Cantone, euronews : “Monsieur le président, vous ne pensez pas que de toute façon pour faciliter l’acceptation de la part des Chypriotes grecs du plan de paix Annan, du plan de paix des Nations unies, comme vous dîtes justement appuyé par l’UE, peut-être que la Turquie devrait donner des signes, comme retirer une bonne partie des soldats turcs présents à Chypre, il y en a selon une estimation 40.000, et en plus réduire le flux d’immigration de l’Anatolie vers Chypre?” Abdullah Gül : “Je vais tout de suite vous dire qu’il n’y a aucune émigration d’Anatolie vers Chypre. Si ce plan avait été accepté lors du référendum de 2004, si les Chypriotes grecs n’avaient pas rejeté le plan de paix, aujourd’hui les soldats turcs stationnés sur l‘île auraient été retirés. Tout le monde le sait, y-compris l’Union européenne. Nous ne sommes pas opposés à une solution”.