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Rencontre avec le théologien Hans Küng


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Rencontre avec le théologien Hans Küng

Tübingen, une petite ville du sud de l’Allemagne, c’est ici que les vies de deux grandes figures de l’Eglise catholique se sont croisées dans les années soixante. Le théologien Hans Küng invitait alors son collègue Josef Ratzinger à enseigner à la faculté catholique. Ce dernier deviendra 40 ans plus tard le Pape Benoît XVI. Aujourd’hui, les deux hommes ne sont plus vraiment des amis. Leurs idées et leurs chemins se sont séparés. Depuis des années, Hans Küng n’a eu de cesse de critiquer la hiérarchie de l’Eglise catholique, de dénoncer l’attitude de Rome sur la contraception, sur le célibat ou sur l’ordination des femmes.

euronews : La tentative du Pape Benoît XVI de ramener dans l‘église les intégristes de la “Fraternité Sacerdotale Saint Pie X” a déclenché une vague d’indignation dans le monde catholique. Quelqu’un qui met en doute l’existence de l’holocauste, peut-il être membre de l’Eglise catholique? Hans Küng : Je crois que quelqu’un qui nie l’holocauste ne peut pas rester dans l’Eglise catholique. L’assassinat, le meurtre de six millions d‘êtres humains, des juifs, est le plus grand crime dans l’histoire de l’humanité. Lors du concile “Vatican deux” j’avançais la thèse que l’antisémitisme des nazis avait ses racines dans l’anti-judaïsme pluriséculaire des églises chrétiennes. Cela vaut par ailleurs aussi pour le protestantisme: Luther était tout sauf un ami des juifs. Ainsi, les églises chrétiennes et nous, en tant que chrétiens portons une grande culpabilité historique par rapport aux juifs. Pourtant, et je rajoute cela dans un souci de justice: le principe de tolérance doit être mis en oeuvre également par les juifs: L’Etat d’Israël qui se définit comme un Etat juif, doit faire preuve de tolérance vis-à-vis des arabes et doit accepter que les Palestiniens puissent obtenir leur propre Etat. euronews : Les évêques arrivent à l‘âge de la retraite à 75 ans. Chez les cardinaux la limite d‘âge est de 80. Le Pape aura 82 ans, dans quelques jours. Devrait-il se retirer? Est ce possible? Hans Küng : Je ne lui recommanderais pas de démissionner. C’est plutôt tout le système de la hiérarchie catholique qui ne fonctionne plus. Le Pape n’a même pas de cabinet, de gouvernement pour tenir conseil. Le Pape fait et décide tout lui-même, tout seul. Ce n’est plus une forme de gouvernance adapté au 21è siècle! Toute décision à l’intérieur de l’Eglise catholique dépend de lui malheureusement. Nous sommes encore dans un système absolutiste comparable à l‘époque de Louis XIV. euronews : Peut-on parler de dommages irréparables en ce qui concerne la relation entre le catholicisme et le judaïsme ? Hans Küng : Je ne parlerais pas de dommages irréparables, mais plutôt de dégât durable. Je suis en contact étroit avec un rabbin à Berlin qui me disait: “On ne peut pas réparer une chose pareille du jour au lendemain.” Les gens ne font plus confiance au Pape. Et c’est d’ailleurs la même chose du côté des musulmans. Je constate que des leaders de la communauté musulmane commencent à se méfier du Pape. Ils disent: “Nous ne pouvons plus avoir confiance en lui, en tant qu’interlocuteur dans le dialogue inter-religieux.” euronews : Vous êtes l’un des architectes du Concile Vatican II vous y avez participé vous même. Est-ce que vous craignez qu’aujourd’hui, en 2009, l’Eglise fasse marche arrière, direction le Moyen-âge, et qu’on mette en question les reformes de Vatican II ? Hans Küng : Oui, tout à fait. L’Eglise catholique se dirige encore une fois en direction du Moyen-âge, de la contre-reforme et de l’antimodernisme. euronews : Selon vous, pourquoi ce Concile Vatican II est si important encore aujourd’hui en 2009? Que doit-on en conserver? Hans Küng : Au fond, avant le Concile Vatican II, l’Eglise catholique s‘était arrêtée au Moyen-âge romain catholique. Nous avons lutté contre la réforme, nous avons organisé une contre-réforme. Nous avons lutté contre les temps modernes. Dans ce contexte, le Concile Vatican II est très important: c‘était un véritable combat pour y ancrer la liberté de réligion, la liberté de conscience. C‘était passionnant. Et à l‘époque Josef Ratzinger et moi-même, nous avons partagé les mêmes idées et pensées. Les conséquences du Concile étaient immenses, historiques ! Très concrètement, l’Eglise catholique s’ouvrait au dialogue avec le judaïsme. Avant nos relations étaient empoisonnées. Il y avait la même ouverture en direction de l’islam et d’autres grandes religions. Le Concile c‘était aussi une appréciation positive des sciences modernes, de la culture moderne, de la démocratie, des droits de l’homme, vous voyez, pas mal des choses. Si on effaçait tout cela, l‘église se transformerait en château fortifié, et cela entrainerait l’exode de tous ceux qui ne veulent pas ce retour en arrière. euronews : Le Pape vient de visiter l’Afrique. Si on regarde les grands titres de la presse internationale, notamment allemande et française, on y trouve des remarques très critiques en ce qui concerne ses déclarations par rapport à la lutte contre le SIDA et la contraception. Quel est votre bilan de ce voyage papal en Afrique? Hans Küng : Le Pape est sans doute un personnage qui incarne l’espoir dans la lutte contre les régimes corrompus et contre les dictateurs. C’est pour cela que je suis triste: Il n’a pas saisi cette chance pour dire aux gens qu’une planification familiale ainsi qu’une contraception raisonnée sont justifiables. euronews : Comment faut-il gérer la relation entre la chrétienté et l’islam? Hans Küng : Tout au début, le Pape Benoît XVI a fait une faute. Dans son discours de Ratisbonne, il a accusé l’Islam d‘être une religion de violence. Pourtant, il a corrigé ses propos, il a accepté une invitation pour un voyage en Turquie, il a donné un avis favorable à la rédaction d’un document commun entre chrétiens et musulmans. Tout cela est allé dans la bonne direction. euronews : Depuis le Concile Vatican II l’Eglise catholique accepte, pour simplifier un peu, le principe de la séparation entre l’Etat et l‘église. Ce n’est pas forcement toujours le cas dans la religion musulmane. Est-ce que cela pose problème? Hans Küng : L’Eglise catholique n’a accepté l’idée des droits de l’homme et de la tolérance, d’une façon positive, qu‘à partir de l‘époque du Pape Jean XXIII et du Concile Vatican II. L’Eglise catholique avait besoin d‘énormémement de temps pour y arriver. Ainsi, nous devrions comprendre que les musulmans eux aussi, ont besoin de beaucoup de temps. Aujourd’hui il y a des signes positifs, par exemple en Turquie. Il est très important que l’Islam trouve un modèle nouveau pour redéfinir la relation entre la religion d’une part et l’Etat d’autre part.
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