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Handicap et sida en Afrique : l'aide pour tous, y compris les plus vulnérables

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Handicap et sida en Afrique : l'aide pour tous, y compris les plus vulnérables

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Des exercices pratiques pas comme les autres. Dans ce quartier pauvre de Machakos dans le sud-est du Kenya, ce sont des aveugles et des malvoyants qui apprennent à se protéger du virus du SIDA. On est loin des propos très controversés du pape sur le préservatif. De nombreuses études le démontrent : les taux d’infection diminuent là où l’utilisation du préservatif augmente.

Paul Mugambi est l’un des formateurs de l’organisation Blink qui s’occupe essentiellement des personnes aveugles et malvoyantes. Blink fait partie des associations aidant les personnes handicapées dans la lutte contre le SIDA. Elles sont soutenues par Handicap International. “Comme vous le savez, l’information est un pouvoir, souligne Paul Mugambi. Et le manque de connaissances entraîne la mort d’une société. On sait que la pauvreté et le handicap sont liés. Seule 1% de la population des malvoyants a fait des études. Donc le reste vit caché ou se trouve dans des taudis. On ne leur donne pas une éducation sexuelle ni d’information sur le VIH. Cela provoque beaucoup de vulnérabilités, un risque très élevé d’infection, et les gens profitent d’eux”. Selon une étude récente de Handicap International, ces populations plus vulnérables sont particulièrement exposées au risque du VIH au Kenya, le taux d’accès des personnes handicapées au test de dépistage est inférieur à la moyenne, et les moyens de prévention restent mal compris. Catherine, institutrice, en a fait les frais. “Je suis d’abord un être humain, une femme. En tant que femme, j’avais le droit d’aimer et d‘être aimée, de me marier, d’avoir des enfants. Et durant tout ce parcours, j’ai attrapé le virus du SIDA. A part la vue, tout fonctionne dans mon corps, comme chez n’importe qui. Etre malvoyante m’a privée de beaucoup d’autres plaisirs. Et donc, j’ai eu des relations sexuelles, oui. Puis j’ai eu le virus. Les gens ne devraient pas penser que parce que nous souffrons d’un handicap nous n’avons pas le sida . Le sida n’a aucune compassion.” Année après année, l’Afrique détient la triste palme du continent le plus frappé par le Sida. Il abrite 70% des 33 millions de personnes infectées dans le monde. Même s’il n’est pas le pays le plus affecté, le Kenya fait partie des 10 premiers. Plus de 7% de la population kenyane vit aujourd’hui avec le VIH, qui tue en moyenne 400 personnes par jour. Ici, comme ailleurs disent les experts, l’usage encore trop rare du préservatif est en cause. Selon une étude nationale, en 2007, moins de 20% des adultes affirmaient utiliser cet outil de protection avec un partenaire dont ils ignoraient s’il était séropositif ou pas. Direction Kibera, un bidonville de Nairobi, la capitale kenyanne. L’association Kedan lutte pour l’intégration des jeunes handicapées. Elle s’efforce de les sensibiliser au problème du sida et aux comportements à risques. Mais parfois, ils n’en sont pas responsables. Handicap international évoque de nombreux cas de violences sexuelles à leur encontre. Ce que confirme Kedan. George Kasera dirige le programme VIH de l’association. “Avant d’avoir eu l’idée de créer Kedan, nous avons réalisé que la plupart d’entre nous avaient été violés. Et cela, parce que la communauté pense que si une personne est infectée par le VIH ou a le SIDA, elle peut être guérie en ayant une relation sexuelle avec une personne handicapée. D’un autre côté, les personnes handicapées, en particulier les jeunes ont ce sentiment qu’il faut prouver qu’ils savent bien faire l’amour.” Les associations comme Kedan se mobilisent pour que les personnes handicapées soient davantage prises en compte dans les programmes nationaux de prévention. Les femmes sont le groupe le plus affecté par le virus. Dans toute l’Afrique sub-saharienne, elles représentent 61% des personnes touchées . Selon une étude nationale, trois femmes sur 5 seraient affectées au Kenya. Les enfants ne sont pas épargnés. Le service de soutien aux familles de Nairobi apporte conseil et soutien aux parents d’enfants handicapés moteur. “La plupart des familles pauvres sont monoparentales, tout simplement parce qu’une fois que les mères ont donné naissance à un enfant handicapé, les pères s’enfuient, raconte Jemimah Bamai, une responsable de ce service. Parfois, l’un des parents ne fait pas confiance à ses proches et ne leur laisse pas son enfant parce qu’ils ont peur qu’il soit violé et qu’il attrape le virus. Ce qui ajoute d’autres problèmes à celui du handicap”. Laisser son enfant sans défense. C’est une crainte qui ronge Mary Wamyra. Sa fille, Helen, souffre d’un handicap mental “En ce moment, je ne travaille pas parce que je ne peux pas me permettre de la laisser seule avec mon garçon de 7 mois et une gouvernante. Car j’ai eu une gouvernante. Je lui faisais confiance, mais un jour, ça a été terrible. Je l’ai vue en train de frapper ma fille. Donc quand je ne suis pas là, je ne sais pas ce qui lui arrive. Ce qui se passe dans sa tête est terrible, et elle ne peut pas le dire à sa mère. Pour l’instant, c’est terrible pour elle. C’est terrible. Car elle n’est pas en sécurité. Elle a presque 9 ans, elle se développe. La laisser avec des garçons et des filles dehors, ce n’est pas la mettre en sécurité. C’est une fille!” Le chant, la danse, traditionnellement ancrés au Kenya, aident à porter les messages, à sensibiliser, à adoucir aussi le quotidien des plus vulnérables. Le théâtre est aussi un autre moyen d’information. Ces initiatives sont celles de l’association nationale des sourds du Kenya. “Dans le monde des sourds, le monde du handicap, nous sommes toujours les derniers à avoir l’information, déplore Maurice Okwach Kiwiya. Et nous voulons obtenir l’information sur le SIDA, même les gens dans les villages le veulent parce ce que c’est tellement difficile. Et avec nos marionnettes et nos idées, nous pouvons voyager jusque dans les régions reculées et en parler.” Au Kenya, les efforts de prévention portent leurs fruits, mais pas assez : pour deux personnes qui accèdent au traitement contre le sida, 5 autres sont nouvellement affectées par le virus. C’est une course pour la vie qui doit prendre en compte tout le monde, à commencer par les plus vulnérables.