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Natalia Morari, militante moldave des droits de l'homme

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Natalia Morari, militante moldave des droits de l'homme

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Chisinau capitale de la Moldavie. Ce pays coincé entre la Roumanie et l’Ukraine va vivre des élections anticipées avant l’automne, après que le parti communiste au pouvoir ait échoué le 3 juin dernier à réunir une majorité au parlement.

La Moldavie assiste à un curieux retour du communisme. Ces dernières années pourtant, elle avait cherché à établir des liens plus étroits avec l’Union européenne. Le mois dernier, Bruxelles a lancé son programme de partenariat européen qui inclut la Moldavie. Il a été conçu pour promouvoir la démocratie dans six anciennes républiques soviétiques. C’est le manque de démocratie qui a poussé des milliers de jeunes moldaves à manifester après les élections législatives d’avril. Une manifestation spontanée organisée par quelques ONG contre une fraude supposée aux élections, s’est transformée en un rassemblement massif de protestation. Au deuxième jour, les choses ont échappé à tout contrôle et les rassemblements ont tourné à l’affrontement. Des centaines de manifestants seront arrêtés; certains se plaindront de violences policières. Une des instigatrices de ce mouvement de protestation – pacifique à l’origine – c’est Natalia Morari, jeune militante des droits de l’homme. euronews l’a rencontrée à Chisinau. Elle ne peut pas quitter le pays car elle doit répondre du chef d’accusation d’incitation au désordre. Sebastian Saam, foreign affairs reporter, euronews : “Natalia, tout d’abord merci pour ce temps que vous nous accordez. Le parti communiste en Moldavie n’a pas obtenu la majorité nécessaire au parlement . Pensez-vous que c’est un succès du mouvement de protestation dont vous et d’autres êtes les instigateurs ? Natalia Morari, militante moldave des droits civiques : Je ne pense pas que ce soit le succès de tout ce mouvement de protestation, mais plutôt de tout le pays. Le fait que l’opposition n’aie pas voté pour un candidat communiste était un vrai défi que le pays devait relever et il l’a bien fait. euronews : Pouvez-vous expliquer plus précisément pourquoi une grande partie de la jeunesse critique les communistes et leur gouvernement de façon si massive ? Natalia Morari Je connais vraiment beaucoup de gens qui attendaient ces résultats et qui pensaient : « bon si l’opposition l’emporte je resterai dans ce pays et j’essaierai de poursuivre mon travail ou mes études. Mais si les communistes gagnent encore, je quitterai le pays au moins pour les quatre prochaines années ». Nous n’avons pas d’élections correctes et honnêtes, justement parce que nous n’avons pas d’accès libre aux médias pour tous les candidats politiques. Si je vivais en dehors de Chisinau juste à 30 kms, je n’aurai pas la chance de voir l’opposition à la télévision. Je ne verrai que les communistes du lever au coucher du soleil. Et si j’avais vu l’opposition les commentaires seraient : « Oh, ces criminels, ils ont fait çi, ils ont fait ça, ils n’ont rien fait, ils ont juste bons qu’à dormir au parlement et rien d’autre ». euronews : Au début, les protestations étaient pacifiques, mais elles ont tourné à la violence, des personnes sont même mortes. Avez-vous des regrets ? Natalia Morari : Oui bien sur. Je regrette ; comme tout le monde dans ce pays qui se sent responsable de notre avenir. Même si je n’avais pas été là, j’aurai regretté ce qui s’est passé. Toute cette violence, c’est terrible et je m’en excuse. euronews : La Moldavie est largement inconnue des européens et souvent décrite comme étant le pays le plus pauvre d’Europe. La situation des jeunes dans le pays est-elle vraiment mauvaise ? Natalia Morari : Tous les jeunes veulent quitter le pays. C’est la chose la plus dure. Oui nous avons des entreprises, oui nous avons d’autres choses, mais , mais, mais ; il y a beaucoup de mais…. Si votre entreprise commence à être profitable, ne pensez pas que votre avenir soit brillant. Quelqu’un viendra vous voir pour vous dire que si vous voulez garder votre business, il faut lui donner une part du gâteau, si vous ne voulez pas finir en prison . Et ce “quelqu’un” est souvent lié à la grande famille au pouvoir. euronews : Vous avez aussi quitté la Moldavie en 2002, pourquoi ? Natalia Morari : Mon histoire est l’histoire banale de toute jeune fille moldave. Avec les communistes au pouvoir, je ne croyais vraiment pas pouvoir obtenir quelques chose ici ; atteindre un quelconque objectif. euronews : Entre 2002 et 2007, vous avez vécu et travaillé en Russie, mais ça s’est arrêté en 2007 de façon brutale. Que s’est-il passé ? Natalia Morari : Une fois je revenais d’un de mes voyages professionnels quand j’ai été arrêtée à l’aéroport et on m’a dit : « nous sommes désolés mais vous n’avez plus le droit de vivre en Russie et même d’y pénétrer ». Ils ne m’ont rien expliqué, ils se sont juste présentés comme appartenant à des services particuliers. Ils n’ont pas dit exactement qui ils étaient mais qu’ils possédaient un document de la division centrale du FSB”. Après avoir écrit plusieurs articles sur des procédés de blanchiment d’argent et des cas supposés de corruption concernant des dirigeants du FSB, Natalia devint persona non grata en Russie. La Moldavie est un pays bilingue où on parle le roumain et le russe. Le pays a des liens culturels et linguistiques étroits avec la Roumanie . Une preuve supplémentaire a même été apportée pendant les protestations du mois d’avril où plusieurs manifestants demandaient ouvertement le rattachement avec la Roumanie, membre de l’Union européenne. euronews : “Beaucoup de jeunes moldaves ont quitté le pays et d’autres le feront probablement dans le futur. Pourquoi vouloir rester ici ? Natalia Morari : Il y en a qui veulent vivre à Manhattan, il y en a qui veulent devenir des stars de cinéma, il y en a qui veulent devenir médecin. Et moi je veux changer les choses autour de moi. Des gars et des filles comme ça, ça existe et je me considère comme l’une d’entre elles. Peut-être que si des masses de gens veulent vivre dans un pays différent mais toujours en Moldavie quelque chose va changer. euronews : La Moldavie est souvent désignée comme le pays oublié bien qu’il soit frontalier avec l’Union européenne. Avez-vous un message pour l’Europe politique ? Natalia Morari : En fait, je comprends que ce ne soit pas à l’Union européenne de régler nos problèmes. Pourquoi le ferait-elle ? Je les comprends, c’est une chose commune à tous les pays. Mais nous essaierons toujours d’aller dans l’Union européenne pour trouver des emplois. Et c’est l’intérêt de l’Europe d’avoir un voisin normal. Les autorités européennes ne devraient pas seulement écouter les officiels moldaves mais devraient venir plus souvent parler aux ONG représentatives, aux médias représentatifs ; aux différentes catégories de personnes qui vivent ici et qui n’occupent pas de fonction officielle. euronews : Chisinau est-elle une ville attrayante pour y vivre ? Natalia Morari : Ça dépend de nous. On peut faire de Chisinau une vraie capitale européenne, je le pense vraiment. Donnez-nous 30 ans de plus et vous verrez une autre ville sur le globe. Je vous le promets…”