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Abou El Hassan Bani Sadr, ancien président iranien

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Abou El Hassan Bani Sadr, ancien président iranien

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L’ancien président iranien Abou El Hassan Bani Sadr a accordé une interview à Euronews. Il y évoque la crise qui secoue actuellement l’Iran suite aux résultats contestés de l‘élection présidentielle. Acteur de la révolution islamique de 1979, élu président en 1980, et destitué en 1981, il vit aujourd’hui en exil en France.

Euronews : Merci de nous avoir reçu pour Euronews. Est-ce que vous pensez que c’est une bonne chose pour l’Iran qu’il fasse de nouveau la Une de tous les médias ? Abou El Hassan Bani Sadr : Certainement parce que cette fois-ci c’est différent. Avant c’était toujours le 1er titre dans les médias à cause du dossier atomique, de la répression, ou d’autres crises dans la région. Mais cette fois-ci c’est un peuple en mouvement qui veut la démocratie, la liberté et maintenant on est sûr que ce peuple peut obtenir ce qu’il cherche. Euronews : Il y a toujours eu des mouvements de contestation dans la société iranienne, ça n’a jamais marché, cela a toujours été une grande déception, pourquoi aujourd’hui cet espoir de changement ? Abou El Hassan Bani Sadr : Cette fois-ci c’est vrai, c’est l’énigme. Est-ce que ces 2 candidats qui protestent resteront comme M. Khatami dans le cadre du régime ou vont-ils en sortir pour aller vers le peuple? S’ils agissent comme M. Khatami a agi à son époque alors provisoirement le régime peut mettre fin à ce mouvement mais étant donné cette rupture qui est différente du régime de l’époque de M. Khatami, c’est la fin du régime, le commencement de sa fin. Maintenant c’est clair pour le peuple; dans le cadre du régime il ne peut espérer ni réforme, ni autre chose, ni une autre politique pour résoudre les problèmes de ce pays. Euronews : Pensez-vous que Khamenei va enfin se résoudre à accepter les revendications ou va-t-il envoyer les Pasdaran les gardiens de la révolution pour calmer le jeu ? Abou El Hassan Bani Sadr : Jusqu’à maintenant les gardiens de la révolution sont toujours là, et ils ne sont pas absents; les hommes de répression sont toujours là tous les jours dans différentes villes de l’Iran, ils attaquent les réunions du peuple, donc peuvent-ils faire plus? C’est ça le problème. Avec la faiblesse intérieure, je ne le pense pas. Je ne crois pas que le régime puisse faire plus et que la seule voie qui reste ouverte pour lui c’est de persuader les deux candidats (perdants) d’abandonner. Euronews : Est-ce qu’il pourra le faire ? Abou El Hassan Bani Sadr : C’est possible, c’est possible parce qu’on ne peut pas en même temps rester dans le cadre du régime et s’opposer à un guide qui a le plein pouvoir, c’est très difficile. Euronews : Si on n’arrive pas à trouver une sortie politique, peut-on aller vers un bain de sang ? Abou El Hassan Bani Sadr : Un bain de sang , je ne crois pas. Si le mouvement garde sa caractéristique actuelle de mouvement généralisé, les forces de répression n’oseront pas tirer sur la population. Ils ont déjà tué beaucoup eux-mêmes. Ils disent 8 morts mais selon d’autres informations il y aurait 32 morts. Mais un bain de sang, c’est autre chose. Euronews : Personne, à part quelques voix comme M. Sarkozy en France, n’a critiqué la fraude, il y a un certain attentisme qui règne. Obama n’est pas très agressif, les autres pays européens ne montrent pas beaucoup les dents… Abou El Hassan Bani Sadr : D’abord il serait préférable qu’ils n’interviennent pas; M. Obama a bien fait de rester neutre parce que imaginez un jeune iranien qui sort de chez lui pour aller manifester sachant qu’il peut être abattu et il se demande : « est-ce pour mes droits que je sors ou est-ce que c’est pour l’intérêt des puissances étrangères ? ». S’il doute il ne sortira certainement pas. C’est pourquoi je demande aux chefs d’Etats étrangers de ne pas intervenir même pour protester contre la répression. Il y a beaucoup d’organisations humanitaires qui défendent les droits de l’Homme, c’est à eux de protester. Il faut que le peuple se rende compte qu’effectivement c’est lui qui décide et que c’est lui qui agit et qui agit pour ses droits. Euronews : Vous avez quitté l’Iran depuis 28 ans, pensez-vous que vous auriez encore un rôle dans un mouvement dont 50 % sont des jeunes nés après la révolution et qui ne connaissent pas les personnalités qui ont fait cette révolution ? Abou El Hassan Bani Sadr : D’abord le mouvement spontané est généralisé, c’est mon idée. Personne n’y croyait, tout le monde disait que les Iraniens n‘étaient pas prêts à refaire la révolution et que c’était fini, qu’il n’y avait plus de solution. Durant 28 ans je disais que seul ce mouvement peut permettre à ce peuple de retrouver sa liberté, alors aujourd’hui c’est le peuple qui est mouvement, et ça montre que j’avais raison. Alors est-ce que le peuple l’a fait parce que j’ai parlé de ce mouvement ? Non, mais j’ai dit quelque chose qui était vrai. Et quand le peuple est en mouvement, cela montre que j’avais raison et c’est tout. Euronews : Qu’est ce qui peut arrêter ce mouvement aujourd’hui ? Abou El Hassan Bani Sadr : Que d’abord le régime accepte d’annuler les élections, ça serait une grande joie pour le peuple et puis l’organisation de nouvelles élections qui serait une manière de mettre fin à ce mouvement. Ou deuxièmement par une répression sans précédent, je ne crois pas que le régime puisse le faire maintenant. Et troisièmement que par exemple, les 2 candidats, M. Karroubi et M. Moussaoui, renoncent à poursuivre leur protestation et que le peuple se rende compte qu’il avait agi pour des gens qui n’avaient pas les épaules nécessaires. Euronews: Je vous remercie d’avoir répondu aux questions d’Euronews, merci beaucoup de nous avoir reçu chez vous et bonne chance.