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Olivier Blanchard Economiste en chef du FMI: "Ce n'est certainement pas le moment d'arrêter les plans de relance"

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Olivier Blanchard Economiste en chef du FMI: "Ce n'est certainement pas le moment d'arrêter les plans de relance"

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Personne n’est mieux placé que lui pour parler de la crise économique. Cet interlocuteur de choix, c’est Olivier Blanchard, économiste en chef au sein du Fonds Monétaire International. Ce français a fait ses armes aux Etats-Unis. Il a enseigné notamment à Harvard ou au MIT (Massachusetts Institute of Technology).

Euronews l’a rencontré à Paris. L’occasion pour lui de faire valoir un mot d’ordre : patience face à la crise. Stefan Grobe, reporter au service économie d’euronews: Nous avons observé des signes récemment qui démontrent que la crise a calé, la chute infernale est terminée. Pour autant, est-ce que la phase de guérison est vraiment amorcée, et si oui, à quel rythme va s’opérer cette reprise ? Olivier Blanchard, économiste en chef au sein du FMI : Je vais diviser ma réponse en trois parties : d’abord, je pense que nous avons évité le pire et ce sont vraiment de très très bonnes nouvelles. Deuxièmement, nous avons eu des chiffres extrêmement mauvais lors du dernier trimestre 2008 et lors du premier trimestre 2009. Nous n’allons pas revivre cela. Mais l‘économie sera probablement toujours en récession lors du deuxième trimestre, et peut-être aussi lors du 3e dans les pays développés. Ensuite la croissance redeviendra positive, avec un niveau proche de zéro, et elle sera plus élevée vraisemblablement l’an prochain. Troisièmement, nous devons construire là-dessus pour la reprise. Au jour d’aujourd’hui, on n’imagine pas une reprise très forte, nous pensons atteindre sans doute une phase de stabilisation dans les trois à cinq prochaines années. Cela va prendre beaucoup de temps. Stefan Grobe : Les marchés financiers restent inquiets quant aux énormes dépenses des gouvernements et aux injections de liquidités des banques centrales particulièrement aux Etats-Unis qui pourraient faire grimper l’inflation et couper l’herbe sous le pied d’un éventuel rebond de l‘économie. Olivier Blanchard : En ce qui concerne les banques centrales, elles ont considérablement augmenté leur bilan. Principalement parce qu’elles ont acheté des actifs que les investisseurs privés ne voulaient pas acheter. Mais comme la reprise s’amorce, les investisseurs privés ont envie de racheter ces actifs et les banques centrales vont leur revendre. Donc je ne suis pas très inquiet pour l’inflation. Je pense qu’on a plus de soucis à se faire du côté fiscal. Les gouvernements doivent relever un défi très difficile de ce point de vue. Ils ne doivent pas stopper les plans de relance maintenant. Comme la demande privée reste très faible, s’ils arrêtaient d’encourager la demande, nous ne verrions sans doute pas de reprise. Donc il faut des plans d’aides au niveau fiscal au moins cette année, probablement l’an prochain et peut-être même l’année d’après. Stefan Grobe : L’un des problèmes les plus criants en Europe, c’est le chômage. Généralement, les choses s’améliorent sur le marché du travail après que l‘économie a amorcé sa reprise. Comment analysez vous la situation actuelle ? Y a-t-il un risque pour l’Europe de faire face à un taux de chômage élevé et durable ? Olivier Blanchard : Vous avez tout-à-fait raison. A nouveau, il y a deux aspects à prendre en compte : il est vrai que lorsque la croissance devient positive, cela ne suffit pas à faire baisser le chômage. La croissance doit être supérieure à la normale. Cela va prendre du temps, sans doute pas avant la fin 2010 ou quelque chose comme ça. D’ici là, le chômage va augmenter et ensuite, il nous faudra une croissance supérieure à la normale pour faire chuter le chômage. Donc, dans le meilleur des scénarii, le chômage va augmenter pendant quelques temps en Europe, probablement pendant encore un an et demi. Ensuite, la question est : pourra-t-on inverser la tendance ? Et pour cela vous avez besoin de deux choses : que la demande soit assez forte, mais aussi que le marché du travail soit suffisamment réactif. Stefan Grobe : Un taux de chômage élevé perturbe les perspectives en termes de consommation et de croissance. Donc, beaucoup de gouvernements ont mis au point des plans de relance majeurs. Quelle est votre expertise de la situation actuelle ? Est-ce le moment de renforcer les politiques monétaires et fiscales ou doit-on en faire un peu moins ? Olivier Blanchard : Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas le moment d’arrêter les plans de relance ou de commencer à augmenter les taux d’intérêts. L‘économie est très faible, la demande privée est très faible. Si vous regardez les entreprises, elles ne sont pas d’humeur à investir. Donc, si l’on arrêtait les plans d’aide, cela stopperait la reprise. Il est absolument essentiel pour le moment de continuer à mener les politiques monétaires et fiscales élaborées cette année. Stefan Grobe : L’un des risques pour la reprise, c’est d’avoir des prix du pétrole élevés, qui pourraient augmenter le risque de stagflation, une combinaison d’inflation élevée et de croissance faible. Y a-t-il un réel danger que les prix du pétrole repartent à la hausse ? Olivier Blanchard : Cela complique un peu la reprise, mais je ne pense pas que ça la tue complètement. Nous avons sans doute connu une hausse des prix du pétrole qui n‘était pas justifiée par des fondamentaux économiques. Lorsque vous voyez cela, on s’attend à ce que les choses s’ajustent d’elles-mêmes. Donc je ne pense pas que l’on voit les prix du pétrole s’envoler au-delà de 70 dollars. S’ils restent proches de ce niveau, ça semble être un bon prix et un prix compatible avec la reprise. Stefan Grobe : La régulation des marchés financiers. Les appétits des spéculateurs qui tirent tantôt le marché à la hausse, tantôt à la baisse, ne seront pas totalement maîtrisés, mais on verra certainement davantage de transparence, de responsabilité et de stabilité. Mais il semble qu’il y ait eu des dissensions lors du G8 et du G20 sur le degré de régulation. A quoi peut-on vraiment s’attendre quand les choses se seront tassées? Olivier Blanchard : On ne sait pas trop à quoi s’attendre. Pas seulement parce que nous ne savons pas exactement de quel type de régulation nous avons besoin, mais aussi parce qu’on ne sait pas quel genre de système financier nous allons avoir. Et en retour, le système financier que nous aurons dépendra un peu du type de régulation mise en place. On ne peut pas réguler seulement une partie du système financier. Il faut le regarder dans son ensemble, regarder les risques systémiques, ce qui implique de regarder si ce n’est de réguler un grand nombre d’acteurs. Je pense que c’est le principe de base. Je ne me fais pas d’illusion. Quelle que soit la régulation, nous allons forcément passer à côté de quelque chose et quelque chose d’autre arrivera. Espérons que ça ne sera pas de la même magnitude que la crise que nous venons de connaître. Stefan Grobe : Dernière question : beaucoup de choses ont changé pour le FMI durant la crise économique. Le sommet du G20 a promis de tripler la capacité de prêts du Fonds, le FMI s’apprête à délivrer des obligations pour la toute première fois, donc le FMI est en train d’obtenir des ressources sans précédent. A la lumière de ces nouvelles “armes” financières, comment évaluez-vous le rôle et l’influence du FMI à l’avenir? Olivier Blanchard : Je pense que le Fonds va jouer un rôle important, s’il peut réguler les risques systémiques, pas seulement financiers ce qui était le cas dans cette crise mais aussi de nature différente. Il doit être à l’affût. C’est la seule façon d’observer ce qui se passe dans le monde, et d’accumuler une énorme quantité d’informations dont personne d’autre ne dispose. Je pense que nous devons jouer ce rôle, être capable de prêter si besoin. Si nous réussissons cela, nous aurons de l’importance, pas seulement dans la crise comme nous l’avons fait mais aussi dans les dix, vingt, trente ans à venir. C’est ce que nous avons l’intention de faire.