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Jean-Claude Trichet, Président de la Banque centrale européenne

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Jean-Claude Trichet, Président de la Banque centrale européenne

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“Jamais une banque centrale n’avait donné autant de liquidités aux banques avec lesquelles elle est en relation”

La Banque centrale européenne a baissé de façon importante ses taux d’intérêt depuis octobre dernier , mais reste toujours critiquée par certains de ne pas soutenir suffisamment l‘économie de la zone euro. De plus, cet assouplissement du crédit ne s’est pas répercuté sur les volumes de crédit accordés par les banques commerciales. Dans la zone euro les signes de reprise économique cotoient des taux de chômage en forte hausse. Sur ces situations paradoxales, Euronews a questionné le Président de la BCE Jean-Claude Trichet qui s’en est expliqué au micro de Valérie Gauriat. Euronews “Inflexible! C’est ainsi que certains commentateurs décrivent la position de la BCE, qui ce jeudi, sans surprise, a choisi le statu quo en maintenant son taux de base à un pour cent – malgré les appels de l’OCDE, notamment, à une baisse des taux. Alors, pourquoi cette décision, qu’est ce qu’on risquerait à abaisser davantage les taux de base? Jean-Claude Trichet : Président de la Banque centrale européenne “Comme vous le savez, nous avons pris une série de decisions très non conventionelles. Nous venons de procéder à une opération sur un an, qui nous a permis de donner plus de 440 milliards d’euros à l’ensemble des banques commerciales de la zone euro. Jamais aucune banque centrale n’avait donné autant de liquidité aux banques avec lesquelles elle est en relation. Donc, je vous dirais que ce que nous faisons est très audacieux, très audacieux. Au même moment, j’ai redit aujourd’hui comme je l’avais dit il y a deux mois et comme je l’avais dit il y a un mois, que nous n’avions pas decidé que ce taux était le plus bas que nous atteindrions jamais, compte tenu de l’ensemble des éléments nouveaux, des faits nouveaux et des analyses nouvelles que nous pourrions faire. Mais aujourd’hui les taux sont appropriés. Euronews Certains estiment que la BCE ne soutient pas encore assez l‘économie de la zone euro, que la BCE mésestime l’importance du risque de déflation. Pour la première fois, on a vu reculer les prix de la zone euro en juin. Vous avez dit vous-même que ce risque était limité. Vous êtes encore de cet avis aujourdhui? J-C Trichet Oui. Nous avons la capacité d’ancrer solidement les anticipations d’inflation future. Ceci nous protège contre le risque d’inflation et ceci nous protège aussi contre la matériallisation du risque de déflation, c’est à dire d’inflation persistante négative sur une longue periode avec les anticipations elles mêmes devenant negatives. En fait, nous avons un très bon ancrage des anticipations à 1,9 pour cent environ dans une perspective de moyen et à long terme. Ce qui est tout à fait en accord avec notre définition de la stabilité des prix, moins de deux pour cent, mais proche de deux pour cent. Encore une fois, je crois que ce serait une présentation erronée de présenter la politique du conseil des gouverneurs de la Banque Centrale Européenne comme étant une politique timide. En fait, nous avons été les premiers dans toute une serie de domaines. Aucune banque centrale du monde a refinancé ses banques avec 440 milliards d’euros! Euronews Et vous avez confiance dans les banques? En effet, 442 milliards d’euros de prêts à un taux de 1% – c’est énorme, c’est un festin pour les banques qui sont censées à leur tour prèter plus de credits et à des conditions plus favorables aux entreprises et aux particuliers. Mais, si on lit les propos de certains experts, rien ne garantit que ces banques se mettent à prèter effectivement mieux et plus… J-C Trichet Nous demandons aux banques précisément de répercuter sur l’ensemble de leurs clients les efforts que nous faisons nous-mêmes et qui, encore une fois, sont considérables. Nous leur demandons aussi de veiller à renforcer leur bilan, de veiller à profiter des options qui sont offertes par les gouvernements des differents pays de recapitalisation, par exemple, de ne pas hésiter à aller sur le marché pour renforcer leurs fonds propres, leurs capitaux propres. Parce que tout cela est essentiel pour permettre au secteur financier de fonctionner de la manière la plus efficace possible. Euronews Chacun y va de son pronostic sur les possibilités de reprise économique. Les plus optimistes parlent de 2009 pour les Etats-Unis, vous avez évoqué 2010, courant 2010. Vous êtes encore de cet avis? Est-ce que même 2010 n’est pas trop optimiste? J-C Trichet Le staff de la banque centrale européenne qui est sur ce point-là en accord avec la quasi-totalité des institutions internationales et des analystes publics et privés prévoient une baisse de l’activite, une baisse qui se ralentit sur le reste de l’année après une chute très, très importante au premier trimestre de cette année, donc un ralentissement de la baisse de l’activité jusqu‘à la fin de l’année, une stabilisation à la fin d’annee et la reprise de l’activité pour la seconde partie de l’année 2010. Autour de ce scénario de base il y a beaucoup d’incertitudes, négatives et positives. Mais je dirais au total l’avenir n’est pas encore écrit! Et l’avenir dépend de ce que chacun d’entre nous fera, et au premier chef les ménages dans l’ensemble des pays. Euronews Malgré les signes de reprise et malgré toute la confiance qui pourra réapparaitre, les entreprises ne vont pas réembaucher du jour au lendemain. Est-ce qu’il ne faut pas s’attendre, de toutes façons, a encore bien des années de chômage, ou en tous cas, a des taux de chômage importants pendant encore un bon moment? J-C Trichet Ceci est parfaitement vrai. Nous l’avons dit nous mêmes au conseil des gouverneurs. Nous avons une augmentation du chômage dans l’ensemble des pays industrialisés et dans la zone euro qui va continuer, parce que elle correspond, malheureusement, à la baisse de l’activité que nous avons déjà observée; il y a des effets retard. Les ménages eux-mêmes ont la capacité d’aider formidablement à la reprise! S’ils ont plus confiance, alors ils consomment plus, les entreprises peuvent décider de réinvestir. Encore une fois, la clef c’est la confiance! Euronews Si on parle de régulation des marchés: On voit le G8 un peu partagé entre une ligne plutôt, disons, plus dure, comme la France ou l’Allemagne, et une lige plus souple anglo-saxonne. Où se situe la BCE dans cette approche ? J-C Trichet Je ne suis pas sur que cette opposition entre deux lignes caractérise bien la situation actuelle. Ce que je vois plutôt, c’est un très large consensus pour aller aussi rapidement que possible dans la direction d’une reglementation qui soit de meilleure qualité, qui permette d’avoir beaucoup plus de transparence, d‘éviter le “court termisme” qui a été dévastateur sur l’ensemble des marchés et l’ensemble de l’économie. Il y a eu une période de boom et nous vivons maintenant, nous expérimentons maintenant une période très, très difficile qui est symétrique en quelque sorte de cette période anormale de boom. Nous devons faire en sorte que les fluctuations soient beaucoup plus cantonnées, et ceci fait l’objet d’un consensus international, et la BCE y participe très activement. On ne nous pardonnerait pas de recommencer comme avant. Nos concitoyens ne nous le pardonneraient pas, et ils auraient raison”.