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Pour Kadhafi, les immigrés africains ne font que revendiquer les richesses que l'Europe leur a volées

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Pour Kadhafi, les immigrés africains ne font que revendiquer les richesses que l'Europe leur a volées

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Début juillet s’est tenu à Syrte en Libye, le treizième sommet de l’Union africaine. La présidence de l’UA est actuellement occupée par la Libye et son leader, Mouammar Kadhafi. Le “guide” libyen milite depuis plusieurs années pour la mise en place des Etats-Unis d’Afrique. Fort de ses 40 ans de règne, Mouammar Kadhafi se veut un des leaders incontournables de l’Afrique et aussi du monde arabe.

Euronews l’a interrogé dans sa ville natale de Syrte. euronews : Colonel Mouammar Kadhafi, bienvenue sur euronews. Le sommet de l’Union Africaine a pris fin il y a deux jours. Et durant ce sommet, il a notamment été question de la lutte contre la pauvreté en Afrique. Ce sujet, il en sera sans doute question lors du sommet du G8 qui va se tenir en Italie. Vous-même, vous serez présent à ce rendez-vous. C’est d’ailleurs la première fois qu’un leader africain et arabe participe à un tel événement. Alors, quel message voudriez-vous transmettre aux grands dirigeants de la planète ? Mouammar Kadhafi : Premièrement, ce sommet n’est pas le premier, il y en a eu d’autres dans lesquels nous avons essayé de marquer la présence de l’Afrique. Plusieurs déclarations et des recommandations concernant le continent africain ont été formulées lors des précédents sommets du G8, mais il faut bien le reconnaître, il ne s’agissait, malheureusement, que de simples déclarations. Personnellement, je ne m’attends pas à ce que ce sommet soit différent des précédents. J’espère pourtant des changements, mais je ne le crois pas. euronews : Si vous permettez, en parlant de l’Italie : vous vous y êtes rendu récemment, et vous avez eu droit à un accueil solennel de la part des autorités italiennes, M. Berlusconi en tête. Peut-on dire que la page a été tournée et qu’une nouvelle ère a commencé entre la Libye et l’Italie ? Mouammar Kadhafi : Oui je le pense, et c’est dans l’intérêt de l’Italie, de la Libye ainsi que dans l’intérêt du bassin méditerranéen, de l’Europe, de l’Afrique, de la paix mondiale et de la coopération entre les Etats de tourner la page du passé douloureux pour ouvrir une nouvelle ère de coopération, d’amitié, pour pouvoir s’excuser de ce qui s’est passé et dédommager les personnes qui ont souffert de la colonisation. Et c’est ce qui s’est passé, il y a eu des excuses. Des dédommagements ont été décidés, et nous les avons acceptés. C’est ce qu’il pouvait y avoir de mieux. euronews : On a constaté, lors de votre visite en Italie, que vous aviez accroché à votre tenue la photo d’Omar al-Mokhtar, héros libyen qui avait tenu tête aux Italiens lors de la colonisation. Votre initiative a été perçue comme une provocation. Quel était le sens de cette démarche ? Mouammar Kadhafi : Chacun peut l’interpréter comme il veut. A Rome, les journalistes m’ont posé la question. Je leur ai répondu : “et pourquoi vous, vous portez une croix autour du cou ?” J’ai même répondu à leur place. Je leur ai dit : “vous portez une croix, et les chrétiens, en général, pensent que le Christ est mort d’une manière atroce en étant crucifié, alors même qu’il est le prophète de l’amour, de la paix et de la miséricorde et qu’il ne méritait pas cette mort affreuse. C’est pour cela que vous, en tant que chrétiens, vous commémorez cet événement et l’immortalisez en portant la croix”. Au journaliste qui m’a posé la question, je lui ai dit : “nous aussi, nous pensons que Omar al-Mokhtar a été tué d emanière atroce. Il a été exécuté par pendaison – et même pas fusillé, alors qu’il combattait pour la liberté, pour la dignité de son pays, pour son indépendance face à une invasion étrangère barbare. C’est pour cela qu’il mérite que nous portions sa photo, de la même manière que vous le faites avec une croix”. euronews : Il y a un problème qui inquiète non seulement l’Italie, mais aussi toute l’Europe, c’est la question de l’immigration clandestine. Il y a eu un accord selon lequel les immigrants clandestins doivent être rapatriés en Libye. Ces derniers jours d’ailleurs, la Libye s’est vue remettre environ 90 immigrants qui étaient arrivés au large de l’Italie. Que faites-vous de ces immigrants ? Leur accordez-vous le droit d’asile ou quel sera exactement leur sort ? Mouammar Kadhafi : Ce n’est absolument pas une question d’asile. L’asile concerne un nombre limité de personnes qui font cette démarche pour des raisons politiques ou suite à une guerre ou à une catastrophe naturelle. Là, nous sommes face à des vagues d‘émigration successives en direction de l’Europe. Les gens émigrent en raison de la pauvreté qui règne en Afrique. Les Africains pensent que leurs richesses ont été pillées, c’est pour cela qu’ils courent après ces richesses. Lorsqu’ils travaillent en Europe, ils pensent que c’est leur droit car l’Europe jouit des richesses de l’Afrique. euronews : Colonel Kadhafi, je me suis promené dans les rues de la capitale Tripoli, et j’ai pu lire un slogan qui a attiré mon attention et qui disait : “là où vous vous promenez, le bonheur règne”. Pensez-vous vraiment que, quarante ans après la révolution et votre arrivée au pouvoir, le peuple libyen vit dans le bonheur ? Mouammar Kadhafi : Premièrement, je n’ai pas vu ces slogans et je n’en suis pas responsable. Contrairement à vous, je ne peux pas circuler librement dans la rue pour prendre le temps de lire ces slogans. Si je passe dans la rue, c’est au milieu d’un convoi officiel. Donc je n’ai pas connaissance de ces slogans. Mais si tel est le cas, les gens qui sont à l’origine de ce slogan sont animés d’une bonne volonté. Ils pensent du bien de ce régime et je m’en réjouis. J’ai fait de mon mieux pour que mon peuple soit heureux et libre. euronews : Aujourd’hui vous portez le titre de “Roi des rois de l’Afrique”. Vous êtes également le doyen des leaders arabes. Vous avez écrit un ouvrage intitulé “le livre vert”, qui traite de la question de la démocracie, de la société et de l‘économie. Vous avez été à l’origine d’importants projets. Alors, qu’avez-vous encore l’intention de faire ? Quelles sont vos aspirations ? Mouammar Kadhafi : En vérité, j’ai l’espoir que l’unité arabe puisse voir le jour d’une manière ou d’une autre. Ceci est d’autant plus important que les Arabes ont connu la division alors même que le monde voit la constitution d’alliances. Les Arabes sont réduits à de simples bouts de papier, telle une plume emportée par le vent. Peut-être qu’ils sont maintenant prêts à une certaine unité arabe… Je dirai même mieux : j’espère voir naître un jour une union arabo-africaine.