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Daniel Cohn-Bendit : faire de la politique autrement

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Daniel Cohn-Bendit : faire de la politique autrement

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Daniel Cohn-Bendit préside le groupe des Verts aux Parlement européen. Celui à qui les écologistes français doivent leur meilleur score jamais réalisé dans un scrutin européen veut continuer à s’engager dans la politique en France. Mais Dany le Vert poursuit aussi son combat en Allemagne et surtout bien sur en Europe où il s’oppose à un deuxième mandat de José-Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne.

EuroNews : Comment expliquez-vous votre succès aux élections européennes? Est-ce que c’est surtout VOTRE succès, comme le dit votre frère? Daniel Cohn-Bendit : Non, non, c’est trop simple ça, on avait trois idées: de rassembler toute la famille de l‘écologie politique, donc de réussir un rassemblement, ce qui est très rare en France de rassembler au lieu de se diviser, deuxièmement, on avait un projet pour l’Europe et un projet la transformation écologique de l’Europe et ce sont c’est trois moments qui nous ont permis d’avancer dans cette campagne parce que nous avons fait une campagne européenne et nous avions les personnalités. EuroNews: N’y a-t-il pas une soudaine conscience écologique en France? Daniel Cohn-Bendit: Non, il y a toujours eu une conscience écologique en France, mais disons que le comportement des écologistes était tel qu’il y avait une perte de crédibilité de l‘écologie politique et on a redonné de la crédibilité à l‘écologie politique. Euronews: Et maintenant, il y a la perte de crédibilité des Socialistes? Daniel Cohn-Bendit: Il y a une crise des Socialistes pas seulement en France, la social-démocratie européenne est malade: prenez l’Allemagne, prenez la France, prenez l’Italie, prenez l’Angleterre, même Mr Zapatero est en mauvaise posture. Donc, je crois que c’est une crise du projet socialiste, social-démocrate européen et cette crise là est doublée par un manque de personnalités dans beaucoup de pays. Euronews : Un manque de personnalités? Daniel Cohn-Bendit: Oui, des socialistes aussi, oui. EuroNews: Mais Mr Zapatero… Daniel Cohn-Bendit: Mais Mr Zapatero est en train de s’user, je veux dire Zapatero a réussi à un certain moment, mais aujourd’hui, il est lui-même victime un peu de la manière de faire de la politique des socialistes qui est quand même très autoritaire, et on s’apercoit que Mr Zapatero est très autoritaire. Quand on voit la manière dont il traite ses députés, c’est quand même incompréhensible: Mr Zapatero, c’est lui qui fait les listes pour les Européennes, trois semaines avant les Européennes, c’est lui qui met tous les noms et si par exemple, Mr Zapatero a décidé de soutenir Mr Barroso, tous les députés socialistes doivent faire ce que dit Mr Zapatero. EuroNews: Vous luttez contre José-Manuel Barroso, qu’est-ce que vous lui reprochez? Daniel Cohn-Bendit: Mr Barroso a été incapable de mener une commission indépendante qui tienne tête au Conseil et c’est ça le problème, vous savez, l’Europe, c’est un triangle institutionnel : une Commission, le Conseil et le Parlement. Si le président de la Commission est simplement le Secrétaire Général du Conseil – c’est-à-dire des gouvernements – la démocracie européenne ne peut pas fonctionner, c’est cela que je reproche le plus à Mr Barroso. Mr Barroso quand il fallait prendre position – justement, le droit d’initiative de la Commission, ce n’est pas de demander la permission au Conseil, c’est de provoquer le Conseil par des initiatives pour lancer un débat pour permettre justement qu‘émerge une politique européenne, et ça, Mr Barroso ne l’a pas fait. EuroNews: Et qui sera un meilleur candidat? Daniel Cohn-Bendit : Il y en a beaucoup, il y en a beaucoup, vous savez , il n’y a pas un meilleur candidat, vous pouvez passer à gauche, vous pouvez partir de Mr Joschka Fischer, passant par le Danois social démocrate Mr Rasmussen, en passant par Mr Monti, Mr Verhofstadt, vous avez Mme Mary Robinson, vous avez Chris Patten. Vous avez des tas de possibilités de personnalités qui seront des personnalités capables de mener une commission indépendante. Moi, je sais que cela sera une majorité du centre droit, mais au moins des personnalités capables justement d‘être au même niveau que les chefs de gouvernements. EuroNews: Votre préféré, ce sera Joschka Fischer? Daniel Cohn-Bendit: Mon préféré… Moi, je trouve que Mr Joschka Fischer c’est un très bon président de la commission, mais je sais qu’il n’a pas la majorité. Ce n’est pas ça, je veux dire : on nous fait croire qu’il n’y a qu’un homme en Europe aujourd’hui capable d‘être président de la Commission, c’est Mr Barroso, et ça, c’est absurde… Question: Et vous, cela ne vous tente pas? Daniel Cohn-Bendit: Moi, personnellement, non, ce n’est pas ma tasse de thé. EuroNews: Si Angela Merkel gagne les élections législatives en septembre, croyez-vous qu’une coalition entre les chrétiens-démocrates et les Verts sera possible? Sera-t-elle souhaitable? Daniel Cohn-Bendit: Non, cela ne sera pas le cas. Il y aura très probablement une coalition noir-jaune (entre chrétiens-démocrates et libéraux) et si cette coalition noir-jaune ne se fait pas, nous devons tous réfléchir. Mais noir-vert (chrétiens-démocrates avec les Verts), c’est d’après moi l’une des solutions les plus improbables. EuroNews: Pouvez-vous expliquer le GREEN DEAL que vous présentez dans votre livre? Daniel Cohn-Bendit: La grande question, ce sont les crises: la crise financière et économique et la crise écologique. En regardant ces crises, nous avons besoin d’une transformation écologique de notre mode d‘économie, c’est à dire nous devont répondre A LA FOIS à la crise écologique et à la crise économique. La transformation écologique de notre économie, c’est cela la réponse intégrée. EuroNews: Croyez-vous vraiment qu’on puisse obtenir des succès rapidement? Daniel Cohn-Bendit: Qu’est-ce que ca veut dire: rapidement, il y a déjà des succès. Depuis que l’Allemagne a décidé la sortie de l‘énergie nucléaire, les énergies renouvelables ont monté de 2 pour cent à 20 pour cent. C’est un succès fou. Le développement des énergies renouvelables, toute la modernisation écologique, cela a créé 500 000 emplois en Allemagne. Ce sont de vrais succès. EuroNews: Mais au niveau de toute l’Europe, l’Europe de l’Est par exemple est très loin? Daniel Cohn-Bendit: Qu’est-ce que cela veut dire: loin ? l’Allemagne était très en arrière à un moment donné… Le problème, c’est qu’en Europe de l’Est il faut investir dans des énergies renouvelables. Nous devons lancer un programme gigantesque par exemple pour construire des tramways dans l’Est afin d’utiliser moins d‘énergie. Beaucoup de programmes doivent être développés. Il faut décider d’aller dans cette direction au lieu de se lamenter en disant que c’est difficile. Nous n’avons pas le temps d’attendre, nous devons commencer maintenant. EuroNews : Lors de votre dernière rencontre avec le président français on a eu l’impression, d’après les images de télévision, que vous vous entendez très bien avec Nicolas Sarkozy. Ne craignez-vous d’effrayer vos électeurs ainsi? Daniel Cohn-Bendit: Quand on rit avec quelqu’un, quand on est aimable, on dit qu’on s’entend bien avec quelqu’un. C’est simple, il a fait des blagues, nous avons fait des blagues, et on peut faire cela. Et je n’effraie pas les électeurs, il y a des sujets où nous sommes opposés, c’est ce que j’ai dit clairement. Je trouve cette façon crispée de faire de la politique ennuyeuse. Si je regarde le résultat des élections, nous n’avons pas effrayé beaucoup d‘électeurs… au contraire, nous avons attiré des électeurs parce que nous avons une autre façon de faire de la politique. Pas cette façon crispée, ça c’est mon ennemi… Nous sommes concurrents, nous avons des positions différentes, je critique de façon radicale la politique d’immigration de Sarkozy et sa politique de justice. Et dans d’autre domaines comme pour la question écologique, il a bougé – et s’il bouge, on peut reconnaître qu’il bouge.