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La pollution sonore des fonds marins perturbent les cétacés

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La pollution sonore des fonds marins perturbent les cétacés

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Le soleil se lève tout juste sur la mer Thyrrhénienne, au nord de la Sicile. Le voilier d’une association environnementale locale emmène Laura Abbriano et ses amis le long de l’archipel volcanique des îles Eoliennes.

Les eaux chaudes sont prisées par les dauphins et les baleines. Le tourisme grandissant et le développement industriel nuisent ces animaux – une préoccupation majeure pour Laura, qui voit les problèmes de ces mammifères marins comme le symptôme d’une menace plus grande.

“Nous étudions les cétacés principalement parce que ces animaux se trouvent tout en haut de la chaîne alimentaire, et leur comportement nous permet de déterminer l‘état général de notre environnement marin” raconte Laura Abbriano, fondatrice d’Aeolian Dolphin Research.

Comme tout milieu naturel, l‘écosystème marin est géré par fragile équilibre existant entre les différents organismes qui l’habitent. Toute rupture de la chaîne alimentaire peut avoir des conséquences drastiques pour de nombreuses espèces.

Et les menaces sont nombreuses, particulièrement un certain type de pollution humaine qui peut être aussi dangereux que mal perçu : la contamination des mers par les bruits artificiels.

Les espèces qui évoluent à l’Aquarium de Barcelone sont protégées par d‘épaisses vitres. Mais au grand air, les animaux ne peuvent pas toujours fuir les incessantes intervention humaine dans leur milieu naturel habituel. “Ce qu’il faut comprendre c’est que certains de ces organismes marins qui vivent dans ce milieu depuis des millions d’années se sont adaptés justement à ce milieu grâce à l’information qu’ils reçoivent de ces sons. En particulier, nous parlons des mammifères marins, des cétacés, des baleines, des dauphins qui utilisent le son pour toutes leurs activités. Si une source sonore vient contaminer, vient empêcher la bonne réception de cette information, cela met en péril, toute leur vie” explique Michel André coordinateur de la mission LIDO. Pour les cétacés, le son est le principal moyen pour maîtriser leur environnement, communiquer, naviguer, se nourrir. Ils ne peuvent pas s’appuyer sur leurs autres sens car leur efficacité dans l’eau est plus limitée. Les bruyants bruits humaines, comme les sonars industriels ou militaires, les engins d’expérimentation acoustique, et les transports marins, peuvent traumatiser et incapaciter les cétacés, en atténuant les sons qui essentiels à leur survie. “Je pense qu’on pourrait faire une comparaison avec la vision chez l‘être humain. Sans cette vision nous ne serions pas capable de vivre sans assistance. Chez ces animaux là sans la capacité de capter des sons et de produire des sons, leur vie est impossible” dit Michel André, coordinateur de la mission LIDO. Certains des sons émis par les mammifères marins peuvent être entendus sous l’eau à plusieurs kilomètres Retour aux îles Eoliennes. Les écologistes recherchent des cétacés en utilisant des appareils d‘écoutes. “Voici un hydrophone, c’est un microphone qui permet de capturer le son sous la surface de la mer, en particulier les sons émis par les baleines et les dauphins” montre Laura. Manque de chance, un bateau à moteur passe au même moment, perturbant la mer. Les cétacés qui ont l’ouïe délicate, tentent d‘éviter ces bruits parasites en plongeant beaucoup plus profondément. Les effet négatifs de la pollution sonore semblent clairs, même si les données scientifiques en la matière son encore peu abondantes. Pour améliorer ces études, les scientifiques utilisent des hydrophones dans des eaux très profondes, à des milliers de mètre sous la surface. De tels dispositifs peuvent collecter suffisamment de données pour localiser de manière précise toute source se trouvant à proximité. Déployés sur les fonds marins, ces observatoires acoustiques ne dérangent pas la vie marine. Ce qui rend cette méthode beaucoup plus écologique que d’utiliser des dispositifs d‘écoutes plus ordinaires qui sont à bord de navires, et a le grand avantage de permettre d’avoir accès aux données de manière continue. Avec les bonnes infrastructures, ces observatoires peuvent envoyer ces données sur le littoral sans aucun retard. Comme le montre ce laboratoire issu du projet européen LIDO et basé dans le port de Catane en Sicile. “Un hydrophone peut soit être envoyé au fond de la mer depuis un bateau pour un enregistrement local, ou comme dans le cas de LIDO, installé sous la mer et connecté par fibre optique aux ordinateurs dans un laboratoire terrestre, permettant d‘écouter en temps réel des sons émis par les cétacés à plusieurs kilomètres de là” dit Giogio Riccobene de l’IFNI.

Le projet LIDO qui signifie en abrégé Ecoute des profondeurs de l’environnement océanique, est coordonné par le Laboratoire de Bioacoustique Appliqué situé près de de Barcelone

Il s’agit du centre de référence où sont récupérées et étudiées toutes les données sonores reçues par le Réseau des Observatoires des Fonds Marins Européens, l’ESONET, qui regroupe 11 observatoires à travers l’Europe. “Tout d’abord nous filtrons les données pour voir s’il y a des des évènements acoustiques intéressants, comme des sifflements, ou des signaux sonores de cétacés ou d’origine humaine. Après cette première phase, nous les classons et puis nous rendons les données publiques. Tout le monde pour télécharger les analyses effectuées qui sont aussi affichées en ligne” explique Mike Van Der Schaar, chercheur-assistant au Laboratoire de Bioacoustique Appliquée. Les scientifiques cherchent à programmer les ordinateurs pour qu’ils soient capables d’identifier automatiquement les différents sons et les classer selon leur origine biologique ou artificielle et analyser les catégories distinctives de sons et de bruits. “Les barres verticales qu’on voit ici, ce sont des clic de cachalots pour par exemple détecter par exemple les calamars qui sont l’une de leur proie. Un exemple de son que l’on peut enregistrer sous la mer, ici on voit des sons impulsifs produits par un bateau. Séparer des clic de bateau et des clics de cachalots est facile à faire pour un être humain, mais pour une machine c’est une tâche assez difficile, et donc le défi c’est d’avoir une méthode automatique qui fait cette séparation” indique Serge Zaugg, chercheur-assistant au Laboratoire de Bioacoustique Appliquée. Ce système est conçu pour surveiller constamment la population marine européenne, permettant d’améliorer les connaissances sur les tendances migratoires et les comportements adoptés face à la pollution sonore. Toute ces données sont destinées à devenir publiques et disponibles sur Internet. “Nous avons développé un site web qui va permettre aux utilisateurs de rentrer sur ces sites en temps réel, de se connecter, de visualiser des sons qui sont produits en temps réel au niveau de ces sites et de voir le sonogramme c’est à dire l’image de ces sons qui transcourt en temps réel et de se rendre compte de la présence d’un cachalot, ou d’un dauphin ou de bateaux et comment ces bruits vont interagir entre eux”, explique Michel André, Coordinateur de la mission LIDO. La menace que représente les activités humaines pour les cétacés pourrait être atténuée par une meilleure compréhension du rôle du son dans la vie des baleines et des dauphins. Et pour cela il faut continuer d‘être à l‘écoute des profondeurs marines.

http://www.sonsdemar.eu/
http://www.lab.upc.es/