DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Dick Roche : " L'Europe sera confrontée à une série de décisions très difficiles à prendre si l'Irlande vote non."

Vous lisez:

Dick Roche : " L'Europe sera confrontée à une série de décisions très difficiles à prendre si l'Irlande vote non."

Taille du texte Aa Aa

Dick Roche est ministre irlandais pour les Affaires européennes. En charge d’une mission de poids : encourager son pays à voter oui au second référendum sur le traité de Lisbonne, le 2 octobre.

Consultés une première fois en juin 2008, les Irlandais avaient rejeté le traité à 53,4%, provoquant une véritable onde de choc. Cette fois, l’Union européenne a donné à Dublin des garanties pour répondre aux inquiétudes des Irlandais, et les derniers sondages donnent le oui en tête. Mais le camp du non ne baisse pas la garde, et dans un contexte ou le chef du gouvernement est très impopulaire, les jours à venir vont être particulièrement intenses pour Dick Roche… EuroNews: Monsieur le ministre, bonjour. Je ne souhaite pas rajouter de la pression sur vous ou votre gouvernement, mais, dans moins de deux semaines, le 2 octobre, l’Union européenne toute entière aura les yeux rivés sur ce que va décider votre petit pays… Vous êtes nerveux? Dick Roche Je vous mentirais si je vous disais que je ne suis pas nerveux. L’issue d’un référendum est toujours difficile à prédire. J’ai mené campagne, rencontré des gens chez eux, je me suis rendu dans sept ou huit comtés à l’heure qu’il est, et je dois dire que l‘état d’esprit général est meilleur qu’il ne l‘était l’an dernier. Les gens se sentent plus concernés par la question. La récession, naturellement, a fait que les gens sont plus préoccupés par les réalités économiques, que l’Irlande – une petite île qui dépend à un niveau extraordinaire des exportations et des investisseurs étrangers – doit faire partie du courant européen. Nous n’avons pas les moyens de nous retrancher dans un camp euroseptique. Je crois que les concessions, les garanties qui ont été données sont raisonnables, elles sont bien adaptées et correspondent bien aux préoccupations exprimées lors du référendum de l’an dernier. EuroNews: Ce sont des garanties qui n’existaient pas dans le dernier, le premier référendum… Dick Roche: Effectivement il est très important de le préciser. Après le dernier référendum, nous avons fait une analyse très poussée pour comprendre ce vote des Irlandais, portant très positifs vis à vis de l’Europe, nous sommes presque les plus positifs des 27… Pourquoi les Irlandais, qui sont très positifs ont-ils dit non au traité de Lisbonne? Mais quand vous regardez attentivement point par point, une chose est apparue évidente, c’est que 80 pourcent des gens, qu’ils aient voté oui, ou non, ou qu’ils n’aient pas voté du tout, ces gens sentaient qu’une place au sein de la Commission était fondamentale. Ils n’avaient pas l’impression que la Commission représentait l’Irlande, ils sentaient qu’il est important pour un petit pays d’avoir une place à la table de la Commission. Et cela a été l’un des premiers pas positifs. EuroNews: Un point bien moins positif, c’est la popularité en ce moment de Brian Cowen, une popularité constamment faible… Ne craignez-vous pas que ce référendum ne se transforme en un vote protestataire contre lui et son gouvernement? Dick Roche: Vous avez raison, les sondages sont très très défavorables à notre parti en ce moment. Ils sont les plus bas de notre histoire, et notre histoire est longue. Mais je crois que les gens font la différence. Nous étions en campagne hier soir dans ma ville, la ville ou je vis, Bray, et c‘était très intéressant. Les gens disaient : “nous ne sommes pas d’accord avec certaines choses que vous faites au gouvernement, mais nous allons voter oui.” Les électeurs font ce choix. Et ils savent parfaitement bien que dans l’avenir, il va y avoir une élection générale, et qu’il sera temps alors de dire si le gouvernement a bien travaillé ou si quelqu’un d’autre peut mieux faire. Là, ce n’est pas le moment… EuroNews : L’une des attaques du camp du non a été de dire que votre gouvernement a autorisé la commission européenne à lancer et imposer un nouveau référendum?

Dick Roche: Mais c’est entièrement faux. Totalement faux. Je sais, plus le mensonge est gros et plus on le répète et plus les gens vont le croire. Mais en rien cela ne le rend vrai. Il n’y a aucune question à se poser sur l’attitude adoptée par les chefs d’Etat et de gouvernement et par les institutions de l’Union européenne, qui ont été incroyablement respectueux. Ils ont admis que les Irlandais avaient parlé. Au vu de notre constitution, ce sont les Irlandais et eux seuls qui sont souverains, ce sont eux qui peuvent amender la constitution. Ils représentent l’autorité souveraine, et ils doivent être écoutés.

EuroNews : Mais quand vous dites que les Irlandais sont souverains, et que c’est la démocratie, encore une fois, l’an dernier, c’est le non qui l’a emporté, les gens ont voté non, et on peut le dire, aujourd’hui vous appelez les Irlandais à voter sur le même traité…. Dick Roche: Je voudrais vous raconter une petite histoire. J’ai été très heureux d‘être marié à la même femme pendant plus de 30 ans. J’ai du lui demander plusieurs fois de m‘épouser avant qu’elle ne se décide à me dire oui, et je suis vraiment très très content d’avoir insisté. Aujourd’hui, il y a des propositions différentes, le contexte est différent cette fois. ll y a cette nouvelle donne selon laquelle nous aurons un Commissaire si nous votons oui. Sur les questions de l’avortement, de la fiscalité, et de la neutralité, des réponses ont été apportées. Ces questions figuraient sur toutes les affiches, dans tous les spots de campagne du camp du non la dernière fois. On a trouvé un accord. Et cette fois nous revenons devant les Irlandais avec le même traité, c’est vrai, mais c’est un même traité dans un contexte différent. Et naturellement, le changement le plus important, c’est qu’il y aura un Commissaire par état membre. EuroNews : Si vous votez non, alors, il n’y aura aucune garantie… Dick Roche : Bien, si le non l’emporte, alors la situation est très simple. Les dispositions du traité actuel sont celles du traité de Nice. Et le traité de Nice stipule que si les Etats membres atteignent le nombre que nous sommes aujourd’hui, il y aura un nombre moins important de commissaires que d’Etats membres. C’est la loi. Nous avons ratifié ce traité, tout comme l’ont fait les autres Etats membres partenaires. Les Irlandais ont voté, et le traité a été ratifié. C’est la position légale, et aucun pourparler de plus n’amènera autre chose que la position légale. L’Europe sera confrontée à une série de décisions très difficiles à prendre, si l’Irlande venait à voter non. Une chose est sûre. Si nous votons non, nous nous plaçons dans une position ou nous perdons tout. EuroNews : Votre ministre des Affaires étrangères a insisté en disant que le gouvernement ne démissionnera pas si le référendum échoue le 2 octobre. C’est une étrange manière de mener campagne pour le oui. Une manière de dire, si vous votez oui, alors il y a une chance qu’on démissionne… Dick Roche : Non, ce n’est pas le cas. Il répondait alors à une question très précise. Et cette question très précise n’avait rien à voir avec le référendum. “Si le non l’emporte, démissionnerez-vous?”, naturellement, si tel est cas et si vous répondez oui, cela transforme le référendum en une élection générale. On ne parle pas de cela. On parle d’un référendum qui doit se prononcer sur le traité de Lisbonne, point final. Le Président De Gaulle voyait juste il y a des années de cela, quand il disait : “le problème avec un référendum, c’est que vous obtenez des réponses à d’autres questions que celles que vous avez posées…” Nous voulons être sûrs que cela n’arrivera pas. Sur certaines affiches dehors, l’une des grosses firmes d’Irlande dit que le redressement de l’Irlande commencera avec le oui. Et c’est vrai. Notre redressement commencera avec le oui. Et c’est pareil pour le redressement de l’Europe. C’est très important. Pas seulement pour l’Irlande. Pour les 26 autres états membres de l’UE et pour les 490 millions de personnes à travers toute l’Europe. Il est dans l’intérêt de chacun que l’Europe devienne un espace plus démocratique. Il est dans l’intérêt de chacun que nous ayons une structure institutionnelle plus performante. Et il est dans l’intérêt de chacun que notre voix soit plus forte à travers le monde. Ce sont trois choses que le traité de Lisbonne veut développer : plus de démocratie, plus de compétence, et plus d’efficacité. Qui s’oppose vraiment à tout cela???