DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Ali Larijani: "Nous construisons, et nous développons des missiles pour avoir une force de dissuasion"

Vous lisez:

Ali Larijani: "Nous construisons, et nous développons des missiles pour avoir une force de dissuasion"

Taille du texte Aa Aa

Un nouveau chapitre des négociations sur le nucléaire iranien s’est tenue à Vienne, mais la partie d‘échecs est loin d‘être terminée et la question reste toujours aussi brûlante. Pour en parler, euronews a rencontré Ali Larijani à Genève en marge de l’assemblée de l’Union interparlementaire. Ancien négociateur sur le nucléaire, Ali Larijani est aujourd’hui le président du Parlement iranien. A Genève, il a fustigé Washington, qu’il a accusé de “terrorisme d’Etat”. Il a aussi réclamé, à nouveau, le droit pour son pays d’utiliser la technologie nucléaire civile.

euronews : nous avons l’impression que le monde est divisé concernant le dossier nucléaire iranien. Ali Larijani : notre travail est supervisé par l’AIEA. Que doit-on faire d’autre ? Certains pays, comme les Etats-Unis, disent qu’on ne devrait même pas avoir accès à la technologie nucléaire pacifique. Par conséquent, ils amplifient les choses, en parlant des armes nucléaires iraniennes, de manière à nous priver de cette technlogie. euronews : Obama essaie de changer la ligne politique menée face à l’Iran, on passe de “l’axe du mal” de l’administration Bush au dialogue. Comment voyez-vous l’avenir? Ali Larijani : oui, Mr Obama a dit qu’il allait tendre la main à l’Iran. Mais après les attaques terroristes qui ont eu lieu en Iran (ndlr : dimanche), maintenant il a les mains pleines de sang. euronews : il se dit, dans les pays occidentaux, que l’Iran ne serait pas loin de pouvoir construire une bombe atomique. Ali Larijani : que voulez-vous dire, nous ne sommes pas loin de construire une bombe? Vous voulez dire que nous nous dirigeons vers la construction d’une arme nucléaire? C’est un mensonge. Même le rapport des services secrets américains montre que nous n’allons pas dans cette direction. Mais nous ne cachons pas ceci : nous possédons le savoir-faire nucléaire. L’Iran est un pays gouverné dans le respect des valeurs religieuses. Le Guide suprême a établi une “fatwa”, un décrêt religieux, qui dit que le fait d’avoir accès à des armes de destruction massive est “haram”, c’est interdit. Pas seulement les armes nucléaires, mais aussi les armes chimiques et biologiques. Laissez-moi vous poser une question : est-ce que les Américains ont l’arme nucléaire, oui ou non ? euronews : oui, ils l’ont. Ali Larijani : Et Israël ? euronews : personne n’est en mesure de dire si Israël a des armes nucléaires. C’est l’ambiguïté de la doctrine israélienne sur le nucléaire. Pensez-vous qu’Israël va attaquer vos installations nucléaires ? Ali Larijani : ne faisons pas de conclusions hâtives. Mais la question c’est : est-ce que la France a des armes nucléaires ? et le Royaume-Uni ? On ne devrait pas être inquiet ? Pourquoi ne pas stopper ces pays ? Pourquoi la communauté internationale ne s’inquiète-t-elle pas de tout cela ? Et quand il est question de l’Iran, ils disent que l’Iran développera peut-être dans le futur des armes nucléaires. Est-ce que vous avez une boule de cristal pour lire l’avenir ? Comment pouvez-vous punir quelqu’un en vous basant sur ses éventuelles intentions ? euronews : mais vous êtes en train de tester des missiles, on parle de missiles russes. Pouvez-vous confirmer que vous avez des S-300 russes sur votre sol? Ali Larijani : bien sûr, il ne fait pas de doute que nous sommes en train de nous doter d‘’une forte puissance militaire. Mais ça n’a rien de secret, nous l’avions annoncé. Nous construisons, et nous développons des missiles pour avoir une force de dissuasion. S’ils nous menacent, alors il faudra que nous en produisions davantage. Israël fait des menaces. Nous devons être préparés. Nous devons nous défendre. Mais nous ne menaçons personne. euronews : vous avez fait référence au terrorisme après les explosions en Iran (ndlr : des Gardiens de la révolution ont été tués dimanche). L’Iran accuse l‘étranger. Pouvez-vous nous spécifiez quels sont ces pays étrangers ? Ali Larijani : l’un des leaders du groupe terroriste derrière ces attentats, a dit publiquement qu’il était en contact avec des personnes des Etats-Unis. Malheureusement, et en Irak, et en Afghanistan, les Etats-Unis entretiennent parfois des liens avec ce groupe. euronews : vous accusez clairement les Etats-Unis ? Ali Larijani : Oui, j’ai entendu qu’ils avaient nié cela. Je crois qu’ils ont fait une erreur. euronews : mais Washington vous accuse de soutenir les insurgés et les groupes terroristes en Irak… Ali Larijani : ils ont des preuves ? Mais les Américains savent très bien d’où vient le terrorisme en Irak. Il provient principalement de pays amis des Etats-Unis. Mais nous savons que Mr Khalil Zadeh, ancien ambassadeur américain en Irak, a mené des négociations et rencontré les terroristes. euronews : vous avez parlé dans votre discours du Hezbollah et du Hamas, est-ce que leurs actions sont légales ? Ali LArijani : bien sûr, ces deux groupes sont différents des autres groupes terroristes. C’est en fait les médias occidentaux qui veulent faire un amalgame entre le Hezbollah, le Hamas et le terrorisme. Mais c’est un mensonge. euronews : dans les pays occidentaux, beaucoup de personnes regrettent que l’Iran soutienne le Hezbollah et le Hamas. Ali Larijani : nous sommes fiers de les soutenir. Nous ne l’avons jamais caché. Nous défendons le Hezbollah et le Hamas. Nous ne sommes pas comme ces pays qui font quelque chose et pensent le contraire. Israël continue sa colonisation, continue à bombarder et à attaquer les Palestiniens. Gaza est toujours sous blocus. Un million et demi de personnes n’ont toujours pas accès à la santé et à la nourriture. Maintenant l’hiver approche, et les gens n’ont même pas de logements. C’est ça, défendre les droits de l’homme ? Les droits de l’Homme que les Américains n’arrêtent pas de promouvoir continuellement et même via des conférences ? euronews : mais Shirin Ebadi a demandé aux Etats-Unis d’intervenir pour protéger les réformateurs. Est-ce que vous avez quelque chose à dire sur les violations des droits de l’Homme en Iran? Ali Larijani : bien sûr, la question des droits de l’Homme est très importante et il faut continuer à en parler au niveau international, et nous sommes d’accord. Sérieusement, les pays doivent s’occuper de ces questions. Ce qui s’est passé à Abu Ghraib et à Guantanamo, personne ne peut l’ignorer. Dans tous les pays où il y a des violations des droits de l’Homme, il faut mener des investigations. Mais, s’il-vous-plait, je lance un appel à la presse : les droits de l’Homme ne doivent pas être utilisés comme moyens politiques pour faire pression sur d’autres pays.