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Margaret Chan, directrice générale de l'OMS

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Margaret Chan, directrice générale de l'OMS

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L’Organisation mondiale de la santé (OMS) est le lauréat 2009 du prix Prince des Asturies pour la coopération internationale. Depuis six mois et l’apparition du virus de la grippe A H1N1, l’OMS a semblé prendre une nouvelle dimension, en tous cas son travail a été largement médiatisé. Sa directrice Margaret Chan s’est donc retrouvée en première ligne dans la gestion de la pandémie. Gestion parfois critiquée. A Oviedo pour recevoir le Prix Prince des Asturies au nom de l’OMS, Margaret Chan a pris le temps de répondre aux questions d’Anne Glemarec, pour euronews.

Anne Glemarec, euronews: “Vous êtes ici à Oviedo afin de recevoir le prix Prince des Asturies de la coopération internationale. Dites-moi, quels ont été jusqu’ici les plus grandes réalisations de l’OMS?” Margaret Chan, directrice de l’OMS: “Vous voyagez beaucoup, n’est-ce pas?” AG: “Oui”. MC: “Si par exemple un médecin vous fait une prescription, il vous sera possible d’obtenir les même médicaments en Espagne que dans un autre pays, en Afrique, en Asie. Cela est possible parce que l’OMS, en collaboration avec des experts, développe une norme, vous savez, un nom pour tous ces composants. Nous voulons nous assurer qu’il existe une harmonisation, une norme. Ce qui importe si l’on regarde devant nous. Je constate qu’il existe ce que nous appelons des maladies liées au mode de vie, qui vont être de très grands fardeaux pour tous les pays. La notion de prévention est extrêmement importante. Nous devons nous placer le plus en amont possible avec les différents ministères des différents gouvernements qui doivent travailler ensemble”. AG: “Quand une menace apparaît les recommandations de l’OMS ne sont que des recommandations. Et il incombe aux gouvernements de les appliquer ou pas. Quelle est votre position sur ce sujet ? Les recommandations de l’OMS devraient-elles être contraignante?” MC: “Vous posez une question extrêmement importante. Certaines choses devraient être plus contraignantes, comme les règles sanitaires internationales, et c’est pourquoi nous avons observé l‘émergence de ce nouveau virus H1N1 au mois d’avril. Le Mexique a été le premier pays à se manifester pour l’annoncer parce que cela fait partie des obligations de tout pays de partager ses informations dans les temps. Maintenant, je dois dire que six mois après tous les pays membres de l’OMS ont tenu leurs engagements, c’est un exemple qui illustre que dans certaines situations nous pouvons avoir des recommandations plus contraignantes, et même ce qu’on appelle des obligations. Pour les autres situations, nous respectons la souveraineté nationale des pays qui prennent leurs propres décisions”. AG: “A ce jour, combien de morts a fait le virus H1N1?” MC: “Jusqu‘à présent si l’on regarde le nombre de morts provoqués par ce virus, ce n’est pas énorme. Mais on ne doit pas mesurer l’impact du virus uniquement avec le nombre de morts”. AG: “C’est pour cette raison que vous avez modifié la définition d’une pandémie en mai dernier? Quand il a été décidé que le taux de mortalité ne devait plus être considéré comme un facteur déterminant? Pourquoi?” MC: “Une pandémie correspond à l’occurence d’un nouveau virus grippal et au fait que ce virus est capable de se propager à travers le monde. Le degré de gravité est un paramètre très important mais ce n’est pas le seul et unique critère qui va nous conduire à émettre une alerte. L’annonce est faite quand un nouveau virus est détecté et après avoir évalué sa capacité à se propager à travers le monde”. AG: “Je crois qu’une pandémie doit être de niveau 5 ou 6 pour donner l’autorisation aux entreprises pharmaceutiques de produire un vaccin. L’alerte a été portée à son niveau maximum au mois de juin juste après l’assouplissement de la définition d’une pandémie. Votre intégrité morale a alors été publiquement critiquée. Vos détracteurs vous ont accusée de jouer le jeu de l’industrie pharmaceutique. Que leur répondez-vous?” MC: “J‘écoute bien entendu différentes personnes, mais quand elle fait ses recommandations, l’OMS reste indépendante. Nous ne nous laissons influencer par aucun secteur. Il s’agit de la première pandémie de l’histoire de l’homme que nous sommes capables de détecter avant qu’elle fasse des ravages”. AG: “Recommandez-vous toujours aux gouvernements de faire des réserves de vaccins et de tamiflu?” MC: “Les gouvernements ont déjà fait des réserves de tamiflu et de vaccins, mais vous ne faites référence ici qu’aux gouvernements qui ont les moyens de le faire”. AG: “Alors qu’en est-il des pays pauvres?” MC: “Je peux vous dire qu’un grand nombre de pays dans ce monde n’ont pas les moyens d’acheter des antiviraux et des vaccins. C’est navrant vous ne trouvez-pas? Une centaine de pays dans ce monde n’ont pas accès au vaccin. Nous devons soulever cette question, dans quel monde vivons-nous?” AG: “Que diriez-vous aux gens des pays occidentaux qui s’inquiètent que ces vaccins ne soient pas assez sûrs, ayant été produits en urgence?” MC: “Et bien, je comprends que certaines personnes puissent avoir des appréhensions au sujet de la sûreté de ce vaccin. Jusqu’ici, avec l’expérience des différents pays qui ont organisé une campagne de vaccination, les premiers retours indiquent qu’il se comporte comme un vaccin contre la grippe saisonnière, mais il y a une différence cette fois par rapport au nombre de peronnes vaccinées. Elles sont beaucoup plus nombreuses que pour le vaccin de la grippe classique, il n’est donc pas anormal d’observer quelques effets secondaires très rares”. AG: “Quelle est la dangerosité du virus H1N1 comparé à celui de la grippe saisonnière?” MC: “Nous constatons qu’il est très virulent chez les patients les plus jeunes, alors que la grippe saisonnière est très virulente chez les personnes âgées fragiles, mais ce nouveau virus provoque de grave pneumonies et entraîne la mort chez de jeunes adultes qui étaient jusque là en bonne santé, chez les enfants de moins de 2 ans, et chez les femmes enceintes, voilà ce qui nous inquiète”. AG: “Ce nouveau virus marque-t-il en quelque sorte un moment charnière dans nos sociétés, en terme d’habitudes hygiéniques par exemple?” MC: “Cela fait maintenant 30 ans que je suis dans la santé publique, c’est une expérience qui permet de relativiser. Quand il y a une nouvelle maladie, les gens font attention à leur hygiène personelle, celle de l’environnement, et quand, comment dire… quand le degré d’attention s’estompe, alors les gens reprennent leurs vieilles habitudes”. AG: “Si les téléspectateurs d’euronews devaient retenir une chose de cette interview, que voudriez-vous que ce soit?” MC: “La santé est entre vos mains. Un grand nombre des maladies contre lesquelles nous luttons, contre lesquelles le monde lutte, sont évitables”.